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également de répéter qu^une trop longue possession de la puissance favorise les abus et les corruptions de toute sorte. Le renouvellement du personnel gouvernemental est considéré comme indispensable, ne fût-ce que pour opérer les nettoyages nécessaires, d'après la doctrine américaine et anglaise, familièrement exprimée : qu'un pays doit changer de linge pour rester propre.
Ce sacrifice mutuel des vieilles rancunes est un heureux symptôme et une preuve d'habileté. Si € les deux meilleures facultés humaines, la plus utile qui est le sens commun, et la plus haute qui est le sens moral ^ > ne manquent nullement aux Américains, ils possèdent surtout le sens pratique. Faute d'une république idéale à la Montesquieu, fondée sur la vertu, ils sont capables de faire nxarcher un système où la justice et la loi se résument dans la réciprocité des égolsmes.
Le bien et le mal se font plus judicieusement aux États-Unis qu'ailleurs. Les honnêtes gens, exempts de timidité moutonnière, y montrent, presque autant que les autres, Tiniliative personnelle ^t l'énergique entrain. Les riches ont l'œil ouvert.
1. H. Taine, les Origines de la France contemporaine, Paris ; 1885. T. IH, p. 238.
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le dollar intelligent et généreux. La loi de Lynch elle-même et les comités de vigilance, malgré leur sauvagerie inacceptable, dénotent . pourtant un instinct judiciaire profond, quoique dévoyé. C'est souvent l'émeute des bonnes intentions contre la scandaleuse impunité du crime, dans un état social déplorable, laissant à côté des trois vertus théologales s'épanouir librement aussi les sept péchés capitaux; ce qui peut paraître inquiétant dans un milieu où le nombre fait loi.
Les qualités et les aptitudes des hommes parviendront-elles à corriger le vice des institutions? Les Américains réussiront-ils à s'arrêter sur les déclivités républicaines? Faire le prophète au sujet d*un grand pays que l'on n'a jamais habité ni visité serait une témérité sans excuse. L'entreprise est déjà suffisamment hardie de chercher à dégager, parmi les contradictions de tout genre, >le trait essentiel de la méthode américaine. Celle-ci représente-t-elle un effort constant de résistance judicieuse aux entraînements du peuple « qu'il faut respecter sanslQ^ craindre > *? Les concessions perpétuelles, et les capitulations incessantes, plus
1. Lettre de madame de Maintenon au duc de Noailles, du 13iuin 1710.
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OU moins déguisées, seraient-elles, au contraire, le secret de celte démocratie, pacifique tant qu'on ne lui résiste pas? Ou bien tout se réduirait-il à la fantasmagorie monotone des luttes entre les partis, toujours les mêmes, s'agitant sur place, paraissant et reparaissant à tour de rôle, comme dans une parade foraine, avec des intermèdes bruyants pour frapper l'imagination des masses, sans même arriver à maintenir un équilibre fragile entre les principes qui servent à sauver la société et ceux qui servent à la détruire?
Quoi qu'il en soit, nous ne saurions rester indifférents aux destinées d'une grande nation à laquelle nous unissent des liens glorieux. Naguère encore, à l'occasion solennelle du centenaire de la victoire de Yorktown, les souvenirs d'autrefois étaient rajeunis par l'accueil empressé fait aux descendanfs de ceux dont les noms figurent dans les récits des brillants combats de l'Indépendance américaine. M. Windthrop s'est plu à célébrer leur courage et leurs mérites avec une éloquence chaleureuse, dont les accents ont retenti à travers ^AtIantique^ Nous aussi, nous aimons à nous rap-
1. Centennial oration at Yorkloiun, Virginiay 19 octobre 1881. Robert C. Windthrop, Adressa and Speeches on varions occasions. Boston ; 1852-1879. T. Il, p. 13 et suivantes. M. Robert
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peler que nous avons été les frères d*armes des Américains.
En même temps, un intérêt tout français nous préoccupe. L'évolution de la démocratie, plus souveraine aux États-Unis qu'ailleurs, a dénaturé les conditions du parlementarisme libéral. M. Herbert Spencer afjBrme que la querelle continuera aussi vive, sinon plus vive que par le passé, entre l'individu et l'État parlementaire, devenu omnipotent et despotique, c L'accroissement de la liberté apparente, dit-il, sera suivi d'une diminution de la liberté réelle » ; et c la fonction du vrai libéralisme dans l'avenir sera de limiter le pouvoir des parlements*. >
Ce déclin des institutions auxquelles nous sommes traditionnellement attachés, attriste à bon droit les meilleurs esprits et trouble les plus fermes caractères. Faut-il pousser le découragement jusqu'à regarderies peuples comme irrémédiablement tombés € en état d'ivresse politique, au point qu'il
Windthrop, ancien représentant et sénateur pour TÉlat de Massachusetts est un descendant de Windthrop, gouverneur duConneclicut, qui obtint et rapporta d'Angleterre, en 1661, la Charte signée du roi Charles II, sous laquelle FÉtat de Connecticut a ' vécu et prospéré jusqu'en 1818.