II INTRODUCTION
OU florentine et celle des États-Unis, les dissemblances sont aussi frappantes qu'entre le précieux et rénorme. Seul, le bonhomme Démos vit en* core ; Aristophane ne manquerait pas d'en reconnaitre les traits éternels et cosmopolites. A part même la question capitale de Tesclavage et du servage, rien n'est moins conforme au mécanisme compliqué de nos grandes démocraties modernes que l'organisation des cités minuscules de la Grèce, ou des étroites municipalités de l'Italie. Ni l'antiquité ni le moyen âge ne nous montrent de nationalité puissante et durable, créée en dehors de la monarchie. Jamais alors il ne se fonda d'État républicain homogène, comprenant une vaste contrée, une population rurale nombreuse, et plusieurs villes importantes, participant toutes ensemble au gouvernement du pays entier.
La cité antique, commune urbaine se gouvernant elle-même, régnait en souveraine absolue sur le territoire environnant, sur des provinces conquises ou des colonies sujettes, dénuées de droits politiques. Ces droits ne s'exerçaient que dans les murs de la métropole, où ils étaient réservés d'ordinaire à un nombre restreint de privilégiés. L'Attique ne dépassait guère en superficie le département de la Seine, et sa population totale
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alteignait peut-être trois ou quatre cent mille habitants. Athènes complaît à peine trente mille citoyens, sorte d'aristocratie bourgeoise, tenant sous le joug une plèbe d'esclaves, d'étrangers domiciliés, et de colons.
Encore la république se transformait-elle souvent, selon le mot de Thucydide, en c gouvernement du premier citoyen ». La fraction du peuple discutant sur l'agora aimait à se choisir un maître, orateur éloquent, général heureux, homme d'État sans scrupule, à qui la démocratie obéissait aveuglément, jusqu'au jour prochain où elle l'exilait pour en prendre un autre. C'était la dictature de la persuasion, tempérée par l'ostracisme.
Rome même, au plus beau moment de son hisloire, ne fut qu'une gigantesque municipalité républicaine, dont la banlieue, successivement agrandie par la conquête, finit par embrasser le naonde connu. Peu à peu, les habitants de l'Italie et des provinces obtiennent le droit de cité. Mais ce privilège, purement civil, ne leur confère pas de pouvoir politique. Aucune élection ou délégation ne leur donne part au gouvernement, lequel se concentre dans le Sénat d'abord, puis dans le Champ de Mars et le Forum, où quelques milliers d'hommes seulement peuvent se réunir.