IV INTRODUCTION
Qui ne sait d'ailleurs combien de fois les nécessités de la guerre, les intrigues des ambitieux et les séditions plébéiennes ne laissèrent aux Romains que la ressource extrême de la dictature, ou de l'extension des pouvoirs consulaires, équivalant à la suspension légale du cours régulier des lois? Finalement, par l'évolution naturelle des choses, la République tomba dans des convulsions sanglantes : TEmpire était fait.
c Ce n'est pas César qui tua la liberté, disait l'Américain Benton au Sénat des États-Unis; elle avait succombé avant lui, détruite sans retour par la horde des politiciens corrupteurs et corrompus. César assassiné, la République pouvaitelle revivre? Dès le temps des Gracques, il ne se faisait plus d'élections dignes de ce nom*. » Lei^ discordes intérieures et les assauts du dehors ne permettaient pas le choix des sauveurs. L'asservissement de Rome au despotisme impérial devenait le prix de la domination du monde.
Rien de commun non plus entre les municipalités souveraines de Tllalie du moyen âge et nos grandes villes modernes qui sont, non des Étals, mais des capitales, où la province urbaine et rurale
1. Thomas H. Benlon, Thirty years* View. New-York; 187â. T. II, p. 615.
INTRODUCTION. v
vient verser sans cesse son contingent de forces vives et d'aclivité. New- York, Londres et Paris, ne subsistant que par l'apport toujours renouvelé du pays entier, ne sauraient se prévaloir de leur légitime influence pour s'arroger l'autorité absolue sur la nation. Dans les républiques italiennes, à Venise et à Milan, à Bologne comme à Florence, malgré la diversité des formes gouvernementales, le pouvoir est détenu par le petit nombre. La cité-patrie constitue seule tout l'État, qu'elle a seule créé, qu'elle seule soutient et défend. Ses citoyens sont les propriétaires de la liberté conquise par eux, suivant l'expression de Sismondi. Le gouvernement reste leur apanage exclusif.
Réduites à la plus stricte obéissance, les campagnes ne participent en den à la gestion des affaires publiques; le contadino attaché à la glèbe, loin d'avoir les droits du citoyen, ne possède même pas ceux de l'homme libre*. Quant aux villes voisines, autant de rivales et d'ennemies, qu'il faut soumettre, annuler, ou détruire.
Le bilan politique de l'Italie républicaine du moyen âge pendant cinq siècles se résume en c sept mille révolutions grandes ou petites* », entre-
1. F--T. P'errcns, Histoire de Florence. Paris ; t877. T. I, p. 207. â. Fbid.f Avant-propos, p. v.