‹ Cent ans de république aux États-UnisChapitre 73 sur 166 · i\Tthe Atlantic Afonthly, révrier 1880, p · texte numérisé non relu

i\Tthe Atlantic Afonthly, révrier 1880, p

"2. Von HoUt, Verfassung und Demokratie, V* partie, p. 72.

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suprême^ notamment sur la question de la Banque des États-Unis, s*empresse de l'admettre dès que l'arrêt rendu dans la célèbre affaire Dred Scott* semble servir les intérêts des esclavagistes. Les présidents démocrates, Pierce et Buchanan, n'hésitent même pas à employer la force pour imposer le respect de la suprématie fédérale. Viennent la déchéance du parti et Tavènement des républicains, les rôles changeront de nouveau. C'est au nom de la souveraineté locale que les démocrates du Sud, reprenant leur vieux drapeau, feront la guerre de la Sécession*.

1- Ce jugement, qui rendait la liberté à une famille tenue pour esclave, fournit à la Cour l'occasion d*aborder la question de l'esclavage et de déclarer que cette institution avait autant de droit à être protégée que toute autre forme de propriété. Voir James 0. Blaiae, Twenty Years of Congrens, from Lincoln to Garfield. Norwich ; 1884. T. I, p. 131.

2. À ce moment même, les Américains séparatistes donnèrent une nouvelle entorse à la logique. L'article V de la Constitution fédérale, aux termes duquel l'assentiment des trois quarts des Ëlats suffit pour faire adopter un amendement, avait été violemment attaqué par les antifédéralistes, comme portant atteinte aux droits des États particuliers, dont le quart pouvait être ainsi contraint de subir un amendement qu'il avait repoussé par ses votes. Les États du Sud se révoltent au nom de la souveraineté locale, et se donnent une Constitution particulière. La théorie du principe pour lequel ils combattaient, aurait exigé que l'unanimité des Étals fût requise pour valider tout changement constitutionnel. Or l'article relatif i cette question prescrivait au contraire

Le parti adverse jouait le même jeu. Tombés du pouvoir après l'avoir exercé douze ans S les fédéralistes semblaient prêts à déchirer de leurs propres mains Tœuvre de centralisation gouvernementale qu'ils avaient eu tant de peine à faire accepter. Leur illustre chef Hamilton, dont le patriotisme se révoltait contre cette sorte de suicide, les accusait lui-même de comploter le démembrement de l'Union '. S'agit-il de livrer des esclaves fugitifs, réclamés en vertu des lois fédérales, les whigs des États libres du Nord et de l'Est se cantonnent, pour résister aux sommations, dans la vieille forteresse des droits des États, désertée par les démocrates\

que la majorité, non plus môme des trois quarts, mais des deux tiers seulement des États, suffirait pour qu*un amendement eût force de loi. Le tiers des États pouvait donc se trouver lié malgré lui.

1. Pendant les deux présidences successives de Washington et la présidence de John Adams, de i7S9 à 1801.

3. Discours prononcé i Âlbany, le 10 février 1S04, cité par Von Holst, Verfassung und Demokratief V* partie, p. 168.

3. Lors d*une contestation soulevée entre TÉtat de la Virginie et l'État du New- York, au sujet d'esclaves ftigitifs, Seward, de New- York, refusant de livrer les noirs, disait : c J*ai cru que la résistance à la sommation qui m'était faite serait regardée comme ayant pour objet de maintenir la souveraineté et l'indépendance de cet État, et, par suite, de tous les autres. » Sewards'i Writings, du 24 octobre 1839; cité par Von Holst, Verfauungigeschichte 4er Vereinigten Staaten, t. I, p. 467, note 1.

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En 1856, les républicains débutent dans la carrière politique par Tadoption d'une platform si alTirmalive des immunités locales qu'un élève de Jefferson ne Teût pas désavouée. Quatre ans plus tard, ayant le président Lincoln à leur tète, ils font volte-face, et, durant la guerre de la Sécession, ils deviennent les ennemis acharnés de cette même souveraineté des États, en face des confédérés du Sud, qui la défendent.

Après le triomphe définitif de T Un ion, non seulement le Sud pacifié se voit esclu de la vie politique nationale, et privé de toute représentation au Sénat ainsi qu'à la Chambre du Congrès ; les républicains s'emparent de son administration intérieure, contrairement aux prescriptions constitutionnelles, et disposent en maîtres des droits électoraux, dont les blancs sont dépouillés au profit des noirs. Ces lois d'exception n'ont qu*un but hautement proclamé : on veut en finir une fois pour toutes avec la doctrine subversive de la souveraineté des États. Certes, jamais principe ne parut plus irrémédiablement condamné. Qui se serait alors attendu à le voir renaître sous les auspices mêmes du parti qui ne reculait devant aucune mesure extrême pour l'anéantir?

L'élection présidentielle de 4876 réservait au

pays celte surprise. Tant de fraudes étaient déiu)ncées de toutes parts, que Tentente ne parvenait pas à s'établir sur la supputation des suffrages. Le candidat républicain, M. Hayes, et le candidat démocrate, M. Tilden, prétendaient chacun être élu. Si la Commission de quinze membres, investie de pleins pouvoirs pour trancher le différend, vérifie les élections en détail , les démocrates semblent assurés de la victoire. Si elle s'en tient simplement à Texamen des procès-verbaux officiels, certifiés par les États particuliers, M. Hayes l'emporte d'une voix sur son concurrent. La majorité de la Commission des Quinze est républicaine. Elle s'avise que, d'après la Constitution, les États sont souverains en matière électorale; ses scrupules lui interdisent de commettre un empiétement, et de s'immiscer dans le contrôle des scrutins locaux. La question des fraudes est donc écartée, le résultat des procès-verbaux reste acquis, et M. Hayes se trouve président. Les républicains estimèrent, ce jour-là, que la doctrine des droits des États avait son mérite ; et plus d'un légiste retors, comme il n'en manque pas, dit-on, de l'autre côté de l'Atlantique, dut sourire à la pensée <iue les démocrates étaient battus avec leurs propres armes.

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Au milieu de ces fluctuations de principes^ se dégage la cause permanente et profonde des discordes : la distinction des partis correspondait à une ligne de démarcation géographique nettement tracée. C'est dans ce caractère sectionnel, selon le terme consacré, que résidait le danger spécial des luttes politiques aux Etals-Unis. 11 y avait im véritable antagonisme économique entre le Nord, avec sa population libre, industrielle, commerçante, et le Sud, producteur agricole, vivant du travail de ses esclaves ^ Aussi, dès 1798, la proposition de Hamilton, secrétaire du Trésor (ministre des fioance»), d'inscrire les dettes locales au compte de la nation fut-elle le premier signal du conflit entre les États, plutôt juxtaposés que fondus ensemble. € Ces dettes, ne s'élevant qu'à la somme de S5 millions de dollars, avaient èié contractées pourtant dans l'intérêt de la •

1. Les plus éminenis hommes d'État du Sud paraissent avoir toujours considéré resclavage comme indispensable à Texistence même de leur pays. Pinckney disait, dès les premiers temps, devant la législature de la Caroline du Sud : « Je ne me suis point départi des vues que j'exposais il y a deux ans. Tant qu'il restera dans la Caroline un pouce de terrain marécageux à dérricher, je ne consentirai jamais à la suppression ni à la restriction du commerce des esclaves. » Discours du 17 janvier 1788, cité par Rudolph Doehn, Die polUiichen Parteien in den Vereinigten

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cause commune de Tlndépendance. Leur adoption n'en fut pas moins accompagnée de tant d'intrigues, de corruptions, et de discussions violentes au Congrès, que les affaires restèrent en suspens dans les deux Chambres. Plusieurs États furent poussés au bord de l'abîme de la séparation, et rUnion entière se vit en péril de dissolution immédiate ^ > Pour faire accepter paisiblement la solidarité des devoirs et des charges, il aurait fallu pouvoir décréter du même coup la solidarité des intérêts. Déjà, surtout parmi les planteurs du Sud, on caressait des espérances de rupture, t Nous sommes trop faibles actuellement pour nous maintenir seuls en dehors de la Confédération, écrivait le Virginien R. B. Lee, en 1790... Mais, lorsque notre population atteindra son chiffre normal, je me flatte que noUs saurons briser le lien qui nous rattache aux autres États, afin d'être les

Staaten von Amerika. Leipsig ; 1S68. P. 23. — Et. le 7 février 1837, Calhoun, sénateur de la Caroline du Sud, lançait en plein Sénat cette audacieuse affirmation : c L'esclavage est an bien, uu bien positif, et la base la plus sûre pour des institutions libres. » Cité par Von Holst, Vtrfazsung9getch%chte der Vereinigten Staaten^ t. f, p. 242.

1 . Discours de Benton au Sénat en 1840. Benton, Thirly years' VieWt t. II, p. 173. ^ Voir également Jared Sparks, Cwrre^n-dûfice et Écrits de Washinglont t. II, p. 274 et suivantes.

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maîtres chez nous'. » Plus tard, le petit-fiis de Lee commandait en chef les troupes des États dissidents pendant la guerre de la Sécession'.

En 1798, sous la présidence de John Adams, successeur de Washington, deux États» la Virginie et le Kentucky, revendiquen l leur indépendance. Ils adoptent des résolutions presque identiques, dans lesquelles est affirmé leur droit de décider eux-mêmes, en vertu de leur souveraineté, si les décrets du gouvernement central sont contraires aux stipulations constitutionnelles, et

1. The Federalist, Uiniorical Notice, p. 78, note. —En 1793, Jeflerion, engageant Washington à se laisser porter une deuxième fois à la Présidence, lui écrivait ces mots, qui dénotaient le peu de cohésion des États : « Le Nord et le Sud se tiendront ensemble, s*il8 peuvent se tenir à vous. » Jared Sparks , Correspondance et Écrite de Washington, t. 11, p. 296.

2. Le général Lee désapprouvait personnellement la Sécession, qu'il attribuait aux manœuvres des politiciens. « U pleura des larmes do sang, écrivait sa femme, lorsque commença cette terrible lutte dont il prévoyait les désastres. Mais, comme homme et comme Virginien, il se crut strictement obligé de combattre pour la Virginie, qui avait proclamé son indépendance. ■ Après la guerre, il travailla à la réconciliation du Sud et du Nord. Aussi avait-il conquis le respect même des populations restées fldèles à ITnion. Il mourut en 1870, entouré de Testime générale et de raffeclion profonde des habitants du Sud, dont il était devenu ridole. Jacob Harris Patton, Concise Hislory of the American People, from the diseoveries of the Continent to 1876. New- York ; 1876. P. 972-973.

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doivent en conséquence être tenus pour nuls et non avenus. Cette doctrine, connue sous le nom de nullification S réduisait à rien Tautorité fédérale , et menait à la dislocation inévitable de rUnion. Elle marqua d'une fagon précise le point de départ des États du Sud dans la voie d'opposi- 1iôn particulariste où ib se trouvaient fatalement engagés.

Tant que les forces respectives des deux grandes sections géographiques du pays se bala&çaient presque au Congrès, chacune d'elles était assurée de pouvoir s'y défendre contre l'autre. Mais cet équilibre risquait sans cesse d'être détruit à la Chambre, dont les membres sont élus proportionnellement au chiffre des habitants. La population^ ^ d'abord à peu près égale des deux côtés, se développait moins rapidement dans le Sud que dans les^ régions septentrionales, où affluaient les émigrants

1. Ce terme parait avoir été employé pour la première fois dans les Nouvelles Réiolutions du Kentucky, du U novembre 1799. A Les différents Étals, attendu qu'ils sont souverains et indépendants, ont le droit indiscutable de juger les violations de la Constitution, et une nullification est le moyen légal que les États souverains doivent opposer à l'exécution d'actes soi-disant constitutionnels. » Von Holst, Verfasiung und Demokratie, V* partie, p. 128. ~ Les Résolutions delà Virginie avaient été rédigées par Madison, et les Résolutions du Kentucky par Jefferson, qai n'avoua en être l'auteur que vingt ans après.

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