‹ Cent ans de république aux États-UnisChapitre 74 sur 166 · LE SYSTÈME FÊDÊRATIF. IVI · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME FÊDÊRATIF. IVI

et les capitaux, attirés par le mouvement commercial et industriel ^

Les États méridionaux, qui comptaient à Torigine presque autant de représentants que ceux du Nord, étaient ainsi condamnés à voir la majorité de la Chambre fédérale passer définitivement à leurs adversaires '. Ils se rejetèreni donc sur le Sénat, où chaque État n'envoie que deux sénateurs, et s'ingénièrent à y gagner des voix, en faisant entrer dans l'Union des États nouveaux, liés avec eux d'intérêts. Naturellement le parti républicain du Nord adopta la même tactique, afin de ne pas laisser entamer sa situation.

t Un État à esclaves demandait-il à être admis, un État libre se présentait aussitôt, réclamant la

1. A l'origioe, certains États du Sad figuraient même parmi les plus peuplés. C'est ainsi que la Virginie venait au premier rang, et la Caroline du Sud au troisième. Cette situation se maintint à peu près jusqu^en 1810. Déjà en 1820, sur une population totale de 10,000,000 d'habitants, le Nord en compUit 600,000 de plus que le Sud. Quarante ans plus tard, en 1860, la Virginie était tombée au cinquième rang et la Caroline au douzième , tandis que, dans rÊtat de New- York, qui marchait alors en tôte, la population avait décuplé. Voir the North American Review, mai-juin 1878, p. 492; et Von Holst, YerfauunçigeichiehU der Vereinigten Siaaten, 1. 1, p. 16.

2. En 1790, le Nord compte 57 représentants à la Chambre, et le Sud 53. En 1820, le Sud n*en a plus que 90, sur un chiffre total de 223. \o\rIbid., t. 1, p. 17.

Itfi CENT ANS DE RÉPUBLIQUE.

même faveur. C'est ainsi que radmissiom du Kentucky fut équilibrée par celle du Yermont ; Tadmissiondu Tennessee, par celle de TOhio; Tadmission de la Louisiane, du Mississipi et de FAlabama, par celle de Tlndiana, de FlUinois et du Maine'. iMais, en 1819, le parti du Sud propose d'admettre à la fois deux États à esclaves, le Missouri et TArkansas. Pour parer le coup, le Nord riposte en exigeant la restriction immédiate et l'abolition progressive de l'esclavage dans le Missouri. La discussion se prolongea deux ans, passionnée, violente, et l'Union parut sérieusement menacée ^ Le Missouri finit par être admis avec l'esclavage ; on stipula, en revanche, que la région située au nord du nouvel État serait libre à jamais.

Tel fut le fameux compromis du Missouri, qui ferma moins qu'il ne rouvrit la période des difficultés et des discordes entre les deux moitiés du

1. Bigelow, Us Étati'Unit d* Amérique en 1863, Introduction» p. 14-15.

2. A propos de cette affaire du Missouri, Jofferson disait: « Je crains que la coïncidence d'un principe moral et politique avec une ligne géographique aussi marquée ne demeure tellement enfoncée dans notre esprit et n'éveille de part et d*autre tant d'animosité, qu'en présence detentatives et de difUcultés sans cesse renaissantes, nous n'ayons la pensée que la séparation est préférable à un éternel désaccord. » Cité par Von Uolst, Verfassung»* geschichte der Vereinigten Staalen, t. I, p. 18.

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pays, désormais irrévocablement divisé. Les intérêts politiques se confondaient encore une fois avec les intérêts des possesseurs d'esclaves, comme au moment de Tadoption du pacte constitutionnel. Ces deux questions s'envenimant l'une l'autre, toute solution pacifique ne pouvait être qu'éphémère. Entre le travail servile et le travail libre allait bientôt se ranimer le € conflit irréconciliable >, que la force seule devait trancher. « Un incendie vient d'être allumé que les flots de l'Océan ne pourraient éteindre, s'écriait à ce propos l'un des représentants du Sud; il faudra pour cela des torrents de sang*. »

A l'agitation générale succéda pourtant une sorte d'accalmie. Mais la deuxième présidence de Monroe (1821-1825) vit commencer et finir l'ère du bon vouloir, 7fte era of good feeling. A vrai dire, cette courte efl*usion de concorde ne fut que le baiser Lamourette des partis, plutôt lassés momentanément de la lutte que réunis dans une entente sincère. L'antagonisme persistait si bien, que le moindre incident prenait aussitôt des proportions inquiétantes pour la paix publique.

1. Voir Bigelow, les États-Unis d'Amérique en 1863, Introduction, p. 15 et 19; et Von Holsl, Verfassung und Demokratie, V* partie, p. 321.

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