LA BRUNELLE
Famille des labiées. — Brunelle commune, Brunella vulgaris. — Vivace. Tige simple de 6 à 12 pouces. Bords des chemins. Juillet-août. (Provancher.)
La bruaeilc.
La brunelle aux petites fleurs violettes disposées en un gros épi, est une plante qui afl'ectionne les champs et les routes. Elle a ceci
de remarquable, que toutes ses feuilles sont pétiolées, sauf les deux supérieures, placées immédiatement au-dessous de l'épi. On la rencontre dans toute l'Amérique du Nord et généralement dans toutes les contrées de la zone tempérée. Elle fleurit de juillet à août. On l'emploie fréquemment pour la guérison des ulcères de la bouche et les inflammations des amygdales (esquinancie). Son nom est une allusion à cette dernière propriété, puisqu'il dérive du mot allemand brœune, qui veut dire esquinancie.
En Europe, quelques variétés de brunelles ont des fleurs blanches ou roses, d'autres de grandes fleurs d'un bleu violet, mais elles sont rares en ce pays, si elles existent.
Dernier détail : la brunelle est le symbole des plaisirs sylvestres.
LES RENOUEES.
Famille des polygonées. — Renouée persicaire, Polygonum persicaria. — Annuelle. Tige 1 à 2 pieds. Feuilles lancéolées presque sessiles, marquées d'une tache au milieu. Fleurs en épi. Bords des chemins. Près des habitations. Juillet-août. Renouée aviculaire. Polygonum aviculare. Tiges nombreuses de 10 à 12 pieds. Renouée sagittée, Polygonum sagittatum. — Fleurs blanches petites.
(Provancher.)
La renouée persicaire est connue de tous, au moins d'aspect. Elle pousse le long des routes, près des maisons, à la ville, à la campagne. Son long épi de fleurs rosées, quelquefois verdâtres, nous est familier.
Peu de personnes savent ici, cependant, qu'elle est considérée, en médecine, comme « astringente et vulnéraire ; propre à nettoyer les plaies et à arrêter la gangrène ».
Fulbert Dumonteil a écrit quelque part : « La pauvre renouée est la sœur ignorée du sarrasin, ce blé des contrées stériles ».
Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette plante, c'est que toutes ses feuilles sont marquées d'une tache de rouge sombre au centre, ce que vous pouvez vérifier à la prochaine occasion.
A ce sujet, on raconte la légende suivante, autant que nous nous souvenons.
Une renouée avait poussé par hasard sur le Golgotha, au pied de la croix, le jour du crucifiement du Sauveur, et lorsqu'un soldat lui perça le côté avec une lance, le sang divin qui s'échappa de la blessure tomba sur les petites feuilles de la plante, qui depuis en ont toujours gardé l'empreinte.
Vrai ou non, cette légende, dans son charme naïf, nous a toujours fait respecter la renouée.
PLANTES DES PRES ET DES BOIS. i.J
La renouée aviculaire, que tout le monde appelle Vlicrbe à cochon, est cette plante menue qui pousse autour des habitations et (jui s'obstine à couvrir le sol là où le chiendent a lâché pied. Sa devise pourrait être celle des Anglais : « What we hâve we hold », car une fois qu'elle s'est établie quelque part elle y reste. Ses petites fleurs blanches ou roses sont peu apparentes, et c'est pour cela sans doute, qu'elle est dédaignée, mais son plus grand tort c'est d'être trop commune.
« Quelle est la vertu de cette plante vulgaire et pour quelles maladies peut-on l'employer » ? Telle est la question que posa un
La renouée persicaire.
jour, au cours d'une conférence, Mgr Kneipp, le célèbre de Wœrishofen, et voici comment il répondit : « C'est le meilleur remède contre les calculs de la vessie et les maladies des reins. Pendant des années j'ai étudié et j'en ai fait des essais ; je puis affirmer que c'est une plante excellente et qu'elle agit à coup sûr même dans les cas les plus anciens et les pi s enracinés. Aussi, je l'ai toujours recommandée à tous les malades quand l'occasion s'en est présentée. Les louanges que j'en ai faites n'ont jamais été trop fortes : les résultats que j'ai obtenus par sa vertu curative ont toujours justifié ce que j'en avais dit ». Beaucoup plus rare, heureusement, est sa sœur, la renouée sagittée, dont les feuilles ont une certaine analogie avec les feuilles de la sa-
gittaire. A l'encontre des deux renouées plus haut mentionnées, « cette espèce se montre dans les lieux cultivés et humides, principalement dans les moissons qui ont eu à soulTrir d'un égouttage incomplet. Outre qu'elle envahit le terrain en faisant périr les grains, elle est encore très nuisible aux moissonneurs par ses tiges dentées en scie qui leur écorchent les mains ».
MONOTROPE.
Famille des monotropées. — Monotrope uniflore, Monotropa uniflira. — Tige de 3 à 5 pouces, blanche. Écailles remplaçant les feuilles, sessiles, lancéolées. Fleur blanche, solitaire, un peu courbée. Bois épais. Juin-août. (Provancher.)
La monotrope.
La plus étrange des plantes indigènes que vous puissiez voir. Les Anglais lui donnent les noms suivants : indian pipe ou corpse plant. La monotrope les mérite tous deux. L-rsqu'clle est détachée de sa racine et que vous la tenez tête en bas, vous avez une image exacte de l'ancien calumet des sauvages. Et, comme cette plante est entièrement blanche dans toutes ses parties : tige, feuilles en écailles, fleur, elle nous donne réellement l'impression d'un végétal
PLANTES DES PRES ET DES BOIS
maladif ou cadavérique. C'est un phénomène en son genre que vous ne devez manquer de placer dans votre herbier, mais il faut la presser avec soin, car elle noircit très vite.
Des botanistes prétendent que l'étymologie de monotrope est inconnue ; Provancher donne cependant celle-ci : « de monos, un et tropos, fig 're ; allusion à la fleur solitaire sur une même tige ».