‹ Cent fleurs de mon herbierChapitre 9 sur 62 · LES TRILLES · texte numérisé non relu

LES TRILLES

Famille des trilliacées. Trille dressée. Trillium erectiim, Trille penchée, Trillium cernuum, Trille à fruit rouge, Trillium eriihrocarpum. Bois humides. Mai.

(Provancher.)

Trille penchée.

Nous faisons parfois ce rêve, d'un jardin où nous aurions planté toutes nos plus belles espèces de plantes canadiennes. En conservant, autant que possible, les conditions de lieu, chaque mois notre jardin prendrait une physionomie nouvelle. Les floraisons se succéderaient comme dans les paysages que nous admirons. Tour à tour, certaines fleurs apparaîtraient, d'autres disparaîtraient et le spectacle en serait tant joli que l'exemple ne manquerait pas d'être suivi et l'amour de nos plantes se répandrait rapidement.

Et parmi les fleurs qui réjouiraient la vue, nous n'aurions garde d'oubUer les trilles.

Mais nous n'avons pas de jardin et n'en aurons probablement jamais, parce que nous aimons trop les fleurs. En ce monde il ne nous arrive que ce que nous désirons peu. Il nous reste alors le jardin de tout le monde : le bord des routes, les champs et les bois.

Nous en profitons. C'est au cours d'une de nos excursions que nous avons trouvé, côte à côte, les trilles penchée et à fruit rouge. La première aux trois pétales blancs, la seconde aux pétales rosés, striés de rouge foncé.

Elles étaient agréables à voir et nous paraissaient toutes mélancoliques d'être condamnées à vivre et mourir parmi les géants de la forêt : ormes, mélèzes, érables et bouleaux, loin des regards admirateurs des êtres qui leur sont supérieurs... en quelque sorte.

Oh ! disions-nous, comme elles seraient bien à leur place dans un jardin ! Mais voilà, il aurait fallu les surveiller, attendre patiemment la fructification, recueillir la graine, toutes choses qui demandent

La trille dressée.

du temps, de l'action, de la volonté, et l'on est si paresseux 1 Alphonse Karr s'écriait un jour : « Beaucoup de gens aiment les fleurs, mais ne pensent à elles que lorsqu'ils admirent la splendeur de leurs corolles, ou respirent leurs suaves odeurs. Le parfum s'évapore, les pétales se flétrissent et tombent, et il n'en est plus question jusqu'à la même époque de l'année suivante ». Comme il a raison I

Les trilles tirent leur nom d'un mot latin, Irilix, qui veut dire triple, parce que le nombre trois semble les avoir prises sous sa haute et bénigne protection. En voulez-vous la preuve ?

Une tige haute d'un pied environ, ne portant que trois feuilles verticillées ; un peu plus haut, un caUce à trois sépales d'un vert sombre et une corolle pourpre foncé à trois pétales, voilà la trille dressée.

PLANTES AQUATIQUES

Elle ne manque pas de grâce quoique moins chatoyante que ses sœurs. Mais bien qu'elle naisse dans le mois parfumé des poètes, ne la sentez pas, car si vous vous imaginez qu'une fleur aussi coquette doit répandre un délicieux parfum, vous vous trompez complètement. Son odeur est tout à fait insupportable. Contentez-vous de l'admirer sans l'approcher.

HEDYOTIS BLEUE.

Famille des rubiacées. — Hedyotis bleue, Hedyotis cœrulea. Corolle d'un bleu pâle, à gorge jaunâtre. Bords des rivières. Terrains humides. Mai-septembre.

(Provangher.) Voici venir les temps où vibrant sur sa tige Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir.

Charles Beaudelaire.

Après le ciel d'avril,

tantôt limpide et radieux.

Tantôt brouillé de pluie et d'azur tout ensemble,

nous viennent, à la file, les tièdes soleils du mois de mai.

L'heure du réveil est sonnée et le printemps va se hâter de fleurir les prés et les bois.

C'est l'époque attendue par les herboriseurs pour commencer leurs excursions champêtres. Jour par jour, ils suivent le lent et mystérieux travail de la germination et de la croissance des végétaux. Ils se mettent en communion intime avec la nature reverdie pour surprendre ses secrets et découvrir ses merveilles. Et la nature qui reconnaît ses amants, leur fait un bon accueil et leur hvre ses trésors.

Et quels trésors ! Nous ne saurions en exprimer les beautés.

Examinez, par exemple, ces hedyotis. Comment décrire ces « petites étoiles d'azur, au cœur d'or, qui tremblent et scintillent » au bout de leur pédoncule filiforme ? Le mieux est de les voir.

C'est d'ailleurs un spectacle qui en vaut la peine. L'hédyotis est une toute petite herbe de 2, 3 et 5 pouces de hauteur, qui se répand rapidement où elle s'implante et qui couvre de grandes étendues de terrains humides. A l'époque de la floraison, ses milliers de petites corolles bleues pâles gamopétales, à quatre lobes et à gorge dorée, sont d'un efl'et magnifique.

Les savants ne semblent pas d'accord sur le nom qu'il faut lui donner.

Les botanistes américains la nomment « Houstonia Cœrulea », l'abbé Moyen, acceptant l'opinion de Asa Gray, lui donne le nom de

« Oldenlandia cœrulea », l'abbé Provancher a préféré celui de « Hédyotis cœrulea » ou hédyotis bleue, et, modestement, nous nous rangeons de son avis, car c'est le moins barbare des trois.

Il est même doux, sans jouer sur les mots, puisque « Hédyotis » vient de « Hédys », doux, et « otis » oreille, c'est-à-dire doux pour les oreilles. Il rime aussi avec myosotis, et les fleurs des deux plantes se ressemblent, tout est donc pour le mieux.

L'hédyotis bleue.

Cependant, nous différons d'avec Provancher lorsqu'il dit que l'hédyotis bleue fleurit en août et septembre. Celles que nous avons ont été cueillies à Drummondville, en plein mois de mai, et, à moins que nous nous trompions, ce n'est pas l'hédyotis ciliée, la seule espèce qu'il dit fleurir en mai.

Les noms populaires anglais de cette plante sont bien trouvés : « Innocence » et « Bluets ».

PLANTES AQUATIQUES

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