‹ Cent fleurs de mon herbier [microforme]Chapitre 65 sur 77 · LA VIGNE SAUVAGE · texte numérisé non relu

LA VIGNE SAUVAGE

Famille des ampelidées. — Vigne à feuilles cordiformes, Vitis cordifolia. — Vigne des rivages, Vitis riparia.

Vigne sauvage.

“ À Ja découverte du Canada, lorsque Jacques- Cartier monta le fleuve Saint-Laurent, en 1535, avec son équipage, à bord de la petite et de la grande Hermine, il aborda une île solitaire, sur laquelle on remarqua une si grande quantité de vignes sau-

vages qu’on lui donna le nom de L “Isle Bacchus ”, aujourd’hui appelée “Ile d'Orléans. ”

J’était au mois de septembre, l'un des plus beaux mois climatériques de l’année, au Canada, que cette île devait recevoir la visite inattendue d’Européens enchantés à la vue de ce vignoble de la nature, dont les vignes courbées sous le poids de leurs fruits déjà mûris par les premières gelées de l'automne, allaient être saisies par des mains étrangères pour la première fois.

“Entre autres choses, nous voyons là un fait qui affirme pour toujours que cette vigne n'a pas été importée et qu’elle est vraiment indigène. ”

Les lignes qui précèdent sont extraites d’une petite brochure qui porte pour titre: Traité sur la culture du raisin sauvage, par Arthur Desfossés et qui

a été publiée, en 1889. Dans ce traité, l’auteur a voulu démontrer que notre vigne canadienne est “ susceptible de devenir l’une des grandes ressources

du pays.” L'ouvrage nous paraît bien fait au point

de vue pratique et si nos compatriotes n'étaient pas si routiniers et si apathiques, il est certain qu'il aurait dû contribuer au développement de cette culture.

M. le docteur Eugène Dick. le romancier connu. a, de son côté, publié une série d'articles sur ce sujet, dans l’Electeur, de l’année 1889. sans réussir à réveiller nos paysans de leur torpeur. 11 faudrait semer cette idée dans les écoles et la faire germer parmi les jeunes générations. (Ce serait peut-être le seul moyen d'arriver à un résultat quelconque, mais il n’entre pas dans notre but de développer cette question, et nous nous bornons à la signaler.

Les abbés Provancher et Moyen, dans leurs flores, nomment et décrivent la vigne à feuilles cordiformes ou la vigne des rivages et la vigne à feuilles cotonneuses comme les deux seules espèces indigènes. Ce qui nous intrigue, c’est que ni l’un ni l’autre ne 8e donnent la peine de nous dire qu’on peut en faire du vin. Pourtant, il est bien certain que ces deux espèces ont une valeur marchande comme fruits de table et pour la fabrication du vin.

Longtemps après la découverte de Jacques-Cartier, Pierre Boucher écrivait (1664) : “ Il y a aussi abondance de vignes sauvages qui portent des raisins : le grain n’en est pas si gros que celuy de nos vignes de France, ny les grapes si fournies; mais je croy que si elles estoient cultivées, elles ne diffèreraient en rien: le raisin en est un peu âcre, et fait de gros vin, qui tache beaucoup, et qui d'ordinaire est meilleur un an après que l’année qu’il est fait. ”

Il avait prévu juste en partie. C’est de la vigne à feuilles cotonneuses qu’on est arrivé, par la culture, à produire les variétés Catawba, Isabella, etc., qui sont d’un grand rapport, au sud d’Ontario. Pourquoi, warriverait-on pas, avec le temps, à améliorer la vigne à feuilles cordiformes ?

Jusqu'ici, on a négligé la culture de la vigne, dars la province de Québec, parce qu’elle n’avait pas le temps de mûrir ses fruits avant les froids, mais voici qui est consolant : “ Notre vigne sauvage a l'avantage sur les autres vignes de ne pas redouter les gelées précoces de nos automnes ; au contraire, sa supériorité sur l’autre vigne consiste en ce que la maturité de son fruit n’est complétée que par ces

premières gelées que l'on craint tant pour les vignes étrangères dans les autres pays. ” (Desfossés).

Les Anglais ont bien saisi cette particularité, puisqu'ils lui ont donné le nom populaire de “ Frost grape. ”

Si Bernardin de St-Pierre avait connu ce fait, il n’eut pas manqué de le consigner dans ses “ Etudes de la nature ” où il a voulu faire voir les harmonies qui existent entre les plantes et les éléments.

Notre devoir est d'être reconnaissant envers la divine Providence qui nous a fait un si beau cadeau, et nous devrions le témoigner en cultivant la vigne qu’il nous a destinée. D'ailleurs, elle est si peu exigeante ! Donnez-lui vos terrains pierreux, vos ravins et vos côteaux, elle s’en contentera. Et bientôt, vous respirerez en juin, l'odeur suave de sa fleur verdâtre qui rappelle le parfum du réséda, vous cucillerez en octobre ses petites baies bleu foncé, rendues agréables par la rude caresse du froid, et vous aurez un fruit de vente facile, à bon prix, que nos ménagères convertiront en d’excellentes confitures où en un bon petit vin.

Que de terrains d’une culture difficile pourraient ainsi devenir aisément utiles ? Quelle richesse ne serait-ce pas pou: notre province ? Mais nous nous apercevons que nous allons plus loin que nous le voulons. Libre à vous, si votre curiosité est piquée, de faire un pas de plus et d’en essayer la culture.

SRE SRI | Hem tant conte chmmombeenpet qe

LES CONIFERES.

Les arbres résineux sont par excellence les grands végétaux des régions froides, car c'est durant l'hiver qu'ils nous apparaissent superbes et victorieux au Iuilieu des plaines enlinceuillées ou des forêts dénudées par la froidure.

Parfois, ils nous représentent les sentinelles d'un camp endormi; nous nous imaginons qu'ils annoncent que tout n’est pas mort dans le sein de la nature et qu'ils sont les signes d'espérance d’un prochain retour à la vie.

Cependant, ils n’en sont pas moins beaux l'été, car ils savent choisir les lieux qui leur permettront de déployer tous leurs moyens.

Dédaigneux des rases plaines, ils ont une prédilection pour s'échelonner sur le bord des ravins et des précipices, pour garnir les pentes abruptes et les caps hautains, pour franger la crête des montagnes. La forme élancée et pyramidale de la plupart des conifères, leur feuillage persistant et d’un vert sombre les rend propre à remplir ces rôles avee avantage.

Leur bois est généralement léger, résineux et flexible. Il est fort employé dans les constructions civiles et navales. (Ces arbres produisent aussi le brai, la poix, le goudron et la térébenthine. Leurs bourgeons ont des propriétés médicinales très appréciées.

De plus, ils sont nne source de richesse nouvelle pour le pays, car ce sont eux qui fournissent la pulpe à papier dont la fabrication fait surgir dans notre

province des villes importantes duns l’espace de quelques mois.

La famille des conifères tire son nom de la forme conique de ses fruits. Elle fait partie ou plutôt forme la classe des gymnospermes, c'est-à-dire des végétaux dont les organes reproducteurs n’ont pas d'enveloppes florales, et dont les ovules sont en communication directe avec le pollen.

Cette famille renferme un grand nombre de genres et d'espèces que l’on rencontre presque exclusivement dans la zone tempérée de l'hémisphère boréale. Toutefois, nous ne parlerons, dans les pages suivantes, que des espèces les plus remarquables de la province de Québec.

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