BERNARDIN DE SAINT-PIERRE
Vous avez vu dans les plus beaux quartiers de Montréal, et dans les environs de la grande métropole, des maisons couvertes d'un manteau de feuillage sombre, ou bien des vérandas abritées sous un rideau de verdure d’un effet joli. Dans la plupart des cas, c'est l'ampélopside vigne vierge, ou plus simplement, la vierge qui le fournit.
Cette plante grimipante, proche parente de nos autres vignes et dont la tige peut atteindre 40 à 50 pieds de longueur, à la faculté de s’accrocher partout. Ses vrilles qu'elle lance de tout côté se transforment à volonté selon qu'elles doivent <enrouler autour d'un objet ou s'appliquer sur un mur. Dans ce dernier cas, leur extrémité s’aplatit et forme une rondelle qui se colle sur les surfaces et v adhère fortement.
Les feuiiles de l'ampélopside sont réunies par cinq autour d'un même pétiole et prennent une teinte cramoisie à l’automne. Les fleurs, qui apparaissent
en juin et juillet, sont verdâtres, peu apparentes, ce qui fait croire aux profanes que cette vigne ne fleurit jamais. Les fruits sont acides, d'un bleu foncé et encore plus petits que des pois.
Comme la vigne vierge est d’une culture facile, ceux qui ont à couvrir des tonnelles ou des murs n'ont qu’à le vouloir pour satisfaire leur désir.
Ampélopside vigne vierge.
En entreméêlant des liserons, des belles de jours ou certaines variétés de roses grimpantes on corrige la « sombreur ” de son apparence. Les feuilles de ces espèces étant d’une teinte plus claire, leurs fleurs étant plus considérables et de couleurs plus voyar ies, ressortent admirablement sur ce fond et jettent sur l'ensemble une note gaie que l'on apprécie davantage.
Ampélopside vient d’ “ampelos ” : vigne, et “opsis” apparence: c’est-à-dire plante ressemblant à la vigne.
Cette plante est une de celles que Philippe Cornut (1606-1651) décrit dans son ouvrage: Canadensium,
Plantarum, aliarumque nondum editarium, Historia. Paris, 1635, in-4to. Cornut ne semble pas être venu au Canada, et il a décrit nos plantes d'après les espèces qu’il a observé dans les jardins de Pierre Morin et de Jean et Vespasien Robin, lesquels cultivaient en France des végétaux qui leur avaient été apportés d'ici.