Livre-toi sans remords à tes chastes tendresses
Mais songe que pour toi le jour nouveau qui luit.
Ce jour si radieux d'enivrantes promesses,
L’ère des grands devoirs va s’ouvrir avec lui.
Fonder une famille est un rôle sublime;
Il est beau d’être reine et vestale au foyer;
Mais tout sentier fleuri peut masquer un abîme,
Et la route est parfois bien sombre à côtoyer.
Pourtant, comme un oiseau qui monte dans l’espace Pour la première fois vers le firmament bleu,
Sans craindre les hasards de la brise qui passe,
Tu t’en vas, confiante, à la grâce de Dieu.
Que l’haleine des vents te soit propice et douce ! Que nul destin, jaloux de l’azur de ton ciel,
Ne te fasse jamais trop regretter la mousse Que tu trouvais si tendre au vieux nid paternel !
Mais non, embrasse-moi, ma Jeannette adorée !
Tout te présage un bel et riant avenir;
La route s’ouvre à toi lumineuse et dorée :
J’en puis attester l’homme à qui tu vas t’unir.
Il hérite d’un nom brillant dans nos annales;
Et, devoir qui s’impose à tous les coeurs bien nés.
Le sien, récompensant tes vertus virginales,
Te rendra les bonheurs que tu nous a donnés.
Et plus tard, mon enfant, si le bon Dieu t’envoie Un de ce s anges dont il fait les tout petits.
Ta mère, dont tu fus et l’orgueil et la joie,
Bénira comme moi le jour où tu partis.