‹ Cent morceaux choisisChapitre 53 sur 89 · MA PETITE CHAISE · texte numérisé non relu

MA PETITE CHAISE

Dans l’ombre, autour de moi quand le soir est tombé, Je regarde souvent d’un oeil mélancolique Un pauvre petit meuble, une ancienne relique Qui retient longuement mon esprit absorbé.

Et quand le souvenir penche mon front courbé, Oubliant de l’objet la forme un peu rustique, Mon rêve ému revêt d’un nimbe poétique Cette épave qui fut ma chaise de bébé.

Ah ! c’est que j’y revois mon enfance éphémère, Le souris paternel, le baiser de ma mère . . .

Et je songe pensif au glorieux retour,

Quand dans ses bras ouverts — - innoubliable fête ! — D’autres bébés joufflus, anges à blonde tête.

Enfants de mes enfants s’assiéront à leur tour.

A MON FILLEUL, Louis BERGEVIN

1er janvier 1905.

Enfant ! — ô douce fleur qu’un printemps fit éclore !

De cette vie à peine eus-tu franchi le seuil,

Que jamais on ne vit plus triomphant accueil Saluer parmi nous plus ravissante aurore !

Tu ne connais encor ni tristesse ni deuil;

S’il est des jours amers ton âme les ignore . . . Et pourtant l’on a vu l’horizon que Dieu dore Sous de brillants reflets cacher plus d’un écueil.

Oui, mais, fixant pour toi le cours des destinées,

La fée aux ailes d’or des heures fortunées

Dès ton premier soleil te marqua de son sceau.

Puisses-tu, si jamais gronde au loin la tempête, Voir, toujours et partout, sourire sur ta tête L’astre dont le rayon caressa ton berceau !

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