‹ Cent morceaux choisisChapitre 54 sur 89 · LE CRÊPE · texte numérisé non relu

LE CRÊPE

La feuille du printemps que le zéphir effleure Et qu’un soleil ami dore de ses rayons.

Est loin de se douter que bientôt viendra l'heure Où l’hiver l’étreindra dans ses froids tourbillons.

De même trop souvent l’âme humaine se leurre,

Sans voir le gouffre au bord duquel nous sommeillons, Jusqu’à ce qu’éveillé soudain, l’on saigne et pleure Sous la morsure, hélas ! de cuisants aiguillons.

L’oiseau des jours sereins avait plié son aile Sur ma tente, où, croyant sa chanson éternelle, Des autans envieux je narguais la rigueur.

Un jour on est venu mettre un crêpe à ma porte . Et depuis lors, Seigneur, ce crêpe je le porte Fixé par une épine au tréfond de mon coeur.

FIAT VOLÜNTAS

Vous me l’aviez donné, vous me l’avez ôté,

Mon cher petit trésor, mon amour blond et rose Lui qui, d’un seul sourire, en mes jours de névrose, Ramenait à mon front le calme et la gaîté.

Vous me l’avez ôté. Seigneur; et quand j’arrose De mes pleurs le berceau vide qu’il a quitté,

Je sens que le bonheur et la sérénité

Ont aussi déserté mon pauvre coeur morose.

Mon chérubin chéri, mon doux bébé mignon,

De mes vieux ans futur et dernier compagnon, Vous me l’aviez donné dans un beau jour de fête.

Un seul de ses regards était pour moi sans prix : Pourquoi donc en mes bras l’avoir si tôt repris ? . . . Et pourtant, ô mon Dieu, ta volonté soit faite !

Page 1