‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 100 sur 280 · PROJET DE BERTUCCI · texte numérisé non relu

PROJET DE BERTUCCI

mémoires, rédigés au péril de sa vie ; s'il l'avait écouté, S. M. Catholique aurait eu en sa possession le duché de Savoie, la Bosnie et l'Albanie. Il en conclut que la Providence a réservé la réalisation de ces hauts faits au vice-roi de Naples auquel il s'adresse ; jamais plus favorable occasion ne se présenta, comme le sait très bien le Très-Saint Père le Pape, qui a donné l'ordre au cardinal Borghèse, au comte di Castro et au Nonce de l'expliquer à Vienne.

Bertucci propose la prise des deux forteresses de Scutari et de Croia en Albanie, qui sont les deux clefs de toute la Macédoine. Plus tard il s'emparera de la forteresse de Clissa. Il a des rapports sûrs avec la forteresse de Canissa. Il s'est assuré du soulèvement de trente mille chrétiens en Albanie «t d'un nombre égal en Bosnie. Par la conquête de ces forteresses, on aura le secours des Hongrois, qui seconderont l'Empereur contre les Turcs. Alors on pourra se résoudre à désigner un roi de la Roumélie et mettre un frein à l'irruption de l'hérésie, qui se propage d'Allemagne. Le Roi Catholique pourra également s'attirer tous les Princes italiens, avec lesquels Bertucci a traité, principalement le grand-duc de Toscane qui a promis d'armer jusqu'à 20 galères et offrira beaucoup d'argent. Les Vénitiens rompront avec les Turcs. Mais il faut tout préparer en grand secret, jusqu'à ce qu'on ait conquis les forteresses d'Albanie ; après, l'armée de S. M. pourra entrer, comme chez elle, à Corfou, à Valona, à Durazzo, àDulcigno,à Antivari et Castelnuovo. Raguse donnera huit cent mille écus ; le Pape a promis aussi son aide, comme le désirait le duc de Lerma, lorsque Bertucci fut en Espagne. On peut être également persuadé qu'alors la Pologne attaquera elle-même les Turcs ; leur cavalerie ira sur les rivages de la Mer Noire et, s'unissant aux Cosaques, elle attaquera les forteresses des Turcs : ceux-ci seront obligés d'y appeler toute leur flotte, de sorte que l'armée chrétienne

aura un champ ouvert en Orient ; la Grèce toute entière s'insurgera.

Bertucci signale que le roi de France, d'accord avec le duc de Savoie a chargé des Français de faire la reconnaissance des rivières de l'Albanie et de s'entendre avec les peuples de cette province par l'entremise d'un nommé Alexandre Cieco di Pastrovich ; il faut donc s'occuper d'urgence de cette affaire. L'évêque de Croia, qui se trouve à Rome, sera d'un excellent appui ; Bertucci peut l'appeler à Naples. D'accord avec le comte di Castro, il faut donc agir sans retard. Que l'Empereur fasse la paix avec le roi de Hongrie et le désigne comme Roi de Romanie (Roumélie). La ligue chrétienne s'ensuivra. L'Empereur est lent à mouvoir, mais il faut qu'il fasse attention : le trône impérial peut tomber entre les mains des hérétiques.

Bertucci déclare qu'il possède un plein-pouvoir du Grand Maréchal de Pologne, offrant 4.000 cavaliers pour une aussi belle action ; il y a encore d'autres propositions, qu'il se réserve de communiquer verbalement. Mais avant tout, il faut garder le secret, car nombreux sont les espions, qui rapporteront tout aux princes désireux d'empêcher la réalisation d'un si grand bienfait.

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La mort du roi Henri IV ayant empêché la réalisation dur projet de Sully, Zinkeisen 2 nous dit qu'on méditait en France de porter sur le trône de Byzance le duc de Ne vers. Celui-ci, par sa mère, descendait des Paléologues et à ce titre aspirait à la couronne de l'Empire d'Orient.

« En prenant la place du roi Henri IV, dit M. Fagniez, Charles de Gonzague, duc de Nevers, répondait à l'appel des Grecs... Petit -fils de Marguerite Paléologue de Montferrat, il était destiné à devenir, par la fusion de la branche aînée avec la branche cadette des Gonzague en 1627, le chef de la maison des Paléologues et il pouvait, en attendant, faire valoir les droits de cette maison au trône de Constantinople3. » Il était italien par son père, allemand par sa mère, grand seigneur en France et membre d'une maison souveraine en Italie. 11 écouta Fappel de la population de la presqu'île du

1. Mort en 1637, fils de Louis de Gonzague et d'Henriette de Glèves, duchesse de Nevers, nièce du Cardinal de Bourbon. Cf. Brantôme, Les Grands capit. fr. Louis de Nevers, éd. Lalanne, IV, 387-388 ; Anquez, Bist. des assemblées pol. des protestants, p. 383 ; Duchesne, Panégyrique funèbre de Ch. de Gonzague, 1638 ; Berger de Xivry, Mémoire pour une tentative d'insurrection organisée dans le Magne, de 1612 à 1619, au nom du duc de Nevers ; Siri, V,' 408 ; Villermont. Ernest de Mansfeld. II, 82-95 ; Poirson, Hist. de Henri IV, IV, 279 ; Mémoires de M. le duc de Nevers, Prince de Mantoue. Paris, Th. Iolly, 4665. 2 vol. in fol.

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