Paris, Toussain et Du Bray, in-8, 274 p
2. C'est la théorie des précédents, dont tous les Etats devaient tant abuser dans la suite.
de pouvoir défendre autruy, il falloit s'asseurer soy-mesmes. Que ceux-là mesme qui désiroient telle chose de Sa Majesté avoient suscité le ciel et la terre contre luy et faisoient encore aujourd'hui tout ce qu'ils pouvoient pour empescher d'avoir le sien et pour le ruiner...
Il craint que la Maison d'Autriche ne fasse la paix avec la Porte et aussi le Roi d'Espagne « et il seroit cependant bien aise d'auoir faict déclarer le Roy contre le Turc et par ce moyen, faisant puis après la paix gaigner luy auprès de ce Seigneur le lien que Sa Majesté y a maintenant » (p. 97-102). Et plus loin, il précise encore sa pensée : « Mais tout infidelle et Payen que le Turc estoit, il avoit la paix avec les François et ne procuroit aucun mal à la France, comme faisoit ladite Maison d'Autriche, ains se rencontroit, qu'il faisoit la guerre à ceux qui la faisoient à la France » (p. 108).
Nous sommes bien loin, comme on le voit, de l'époque où le sentiment religieux inspirait le gouvernement et dictait les alliances à contracter pour délivrer la Terre Sainte ; les rivalités entre les Puissances chrétiennes en étaient au point que, désormais, seuls les intérêts supérieurs de l'Etat pouvaient encore échauffer les âmes des fidèles.
Dans le même ordre d'idées, je dois encore mentionner la brochure publiée un peu plus tard : Lettre de Monsieur S. L... Seigneur Polonais à Monsieur le Marquis CL... où l'on voit manifestement les pratiques et menées secrètes des François avec les Turcs et les Hongrois Rebelles k.
Après avoir signalé la croyance générale d'alors, du reste fondée : « La voix publique accuse les François d'avoir suscité la guerre du Turc et de s'estre servis de la Pologne pour
1. A Ratisbonne, chez J. Conrad Emmerich, 1683, in-32 de 82 pp.
faire jouer ses machines et pour exécuter ses desseins pernicieux » l'auteur en arrive à cette conclusion, qui est celle de Guay : « Les François ont soulevé les Turcs, vous devez en estre persuadés... On ne peut autrement s'opposer à la Maison d'Autriche, qui aspire à la domination de toute l'Europe, sinon que le Roy de France se ligue avec le Turc. »
Personne n'a mieux caractérisé, en deux phrases, cette évolution de la politique française, que M. A. Vandal : « Lorsque François Ier, vaincu à Pavie et prisonnier, avait vu son épée brisée et la fleur de la chevalerie tombée, il avait douté de toute assistance chrétienne et s'était donné au Turc ; cette inspiration du désespoir devint le point de départ d'un système *. »
1. Une Ambassade Française en Orient sous Louis XV, Paris, 1887, p. i.
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