LES PRÉLIMINAIRES LES CROISADES
Il faut rechercher l'origine de la haine séculaire du Turc, et par suite, l'origine des nombreux projets de les refouler en Asie, dans l'antagonisme irréductible entre la religion chrétienne et la religion musulmane1.
Les musulmans] terrorisaient l'Europe. L'orgueilleuse et puissante Espagne dut s'incliner devant le Croissant, dont l'éclat resplendissait sur tout le Nord de l'Afrique. A la fin du vue siècle l'Empire des Arabes partait des rives de l'Inde et de l'Oxe, pour aboutir à l'Océan Atlantique 2. La civilisation de Bassora et de Bagdad était plus avancée que celle d'Aix-la-Chapelle et de Paris.
Les Franks, sous Charles Martel, terrassèrent les musulmans à Poitiers et sauvèrent la chrétienté. Après cette défaite, l'Islam ne connut plus l'Europe que sous la dénomination de Frankistan*. Charlemagne prit ouvertement sous sa protection tous les chétiens de l'Europe.
1. Le 15 mai 1889, M. Godefroid Kurth écrivait encore : « L'Islam a donc fait ce qu'aucune religion n'a ni pu ni osé. La croix a triomphé de tout et
l'Islam a triomphé de la croix Dieu le veut ! disait-on au xi9 siècle.
On peut le dire aujourd'hui aussi. Nous faisons la même guerre qu'alors, nous la faisons au même ennemi. » {La Croix et le Croissant, dans Le Magasin littéraire et scientifique, Gand et Paris). M. de Varrick, Docteur en droit, soutient que, pour rendre aux peuples un idéal sublime, il faut « une guerre sainte pour délivrer le Saint-Sépulcre et mettre le pays de Jésus à la garde d'un Prince chrétien sous le protectorat collectif des grandes puissances ». La Révolution et la question d'Orient, La Haye, 1911).
2. A. Heeren. Essai sur l'influence des croisades, Paris, 1808, p. 48.
3. Th. Lavallée. Relations de la France avec l'Orient. 1, p. 451.
Le premier qui conçut l'idée des Croisades fut le pape Sylvestre II ; mais il essaya vainement, en 1002, de soulever tous les chrétiens d'Occident contre les Sarrasins. Les Turcs, devenus musulmans, prirent la défense des Khalifes de Bagdad, mirent en déroute les Khalifes du Caire et firent la conquête de l'Egypte., de l'Asie Mineure et de la Syrie.
Le Pape Grégoire VII écrivit, à son tour, aux Rois de l'Europe, en 1075 ; mais la guerre sainte se fit encore attendre une vingtaine d'années.
Les croisades, pendant trois cent cinquante ans, empêchèrent les Turcs de venir à Byzance. A la première croisade, les Grecs trahirent les Français et la campagne échoua (1109) ; il en fut de même de la deuxième et de la troisième croisades.
A la quatrième croisade, on s'empara de Constantinople (1204) et la couronne impériale échut au Comte de Flandre1 : la Méditerranée, pendant une cinquantaine d'années, fut un véritable lac français2. Mais les Grecs reprirent Constantinople en 1261.
Charles d'Anjou fut reconnu comme roi de l'Albanie (1272) mais les Grecs organisèrent les vêpres Siciliennes (1281) et pendant deux siècles, la domination française cessa en Orient.
D'habitude l'histoire des croisades prend fin en 1270 ou en 1291, à la chute de Saint-Jean d'Acre; toutefois, perduraient encore deux royaumes chrétiens : celui de Chypre et celui d'Arménie.
Le premier établissement des Turcs en Europe eut lieu en 1356 ; ils occupèrent la forteresse de Tzympe, au delà de
1. Sur le rôle des chevaliers flamands en Orient voir l'intéressant ouvrage de mon collègue le Baron Emile de Borchgrave, Ministre Plénipotentiaire, ancien Président de l'Académie de Belgique : Croquis d'Orient, Bruxelles, 1908, in-8°.