‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 146 sur 280 · Paganel, p · texte numérisé non relu

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L'Autriche fit entrer un corps d'armée en Pologne. L'Impératrice de Russie se fâcha tout rouge de voir d'autres troupes que les siennes intervenir en Pologne. Elle dit au Prince Henri que, si la Cour de Vienne médite le démembrement de la Pologne, les autres voisins étaient en droit d'en faire autant :

Cette ouverture se fit à propos : car, après avoir tout examiné, c'était Tunique moyen qui restât d'éviter de nouveaux troubles et de contenter tout le monde. La Russie pouvait s'indemniser de ce que lui avait coûté la guerre avec les Turcs et au lieu de la Valachie et de la Moldavie, qu'elle ne pouvait posséder qu'après avoir remporté autant de victoires sur les Autrichiens que sur les Musulmans, elle n'avait quà choisir une Pologne à sa bienséance, sans avoir de nouveaux risques à courir.

Ainsi les pays roumains pesaient plus, dans la balance de l'équilibre européen de cette époque, que le Royaume de Pologne, jadis si puissant et bi glorieux !

Pendant cet échange de vues entre Berlin et Saint-Pétersbourg, la cour autrichienne craignait de voir les Russes marcher sur Constantinople et poursuivait son idée fixe de reprendre une partie de la Valachie, qu'elle avait perdue par le Traité de Belgrade de 1139. Voici ce qu'écrivait Joseph à son frère Léopold, le 18 décembre 1770 :

Très cher frère ! Voilà que je vous joins ici un court extrait des propositions que fort au long le Prince de Kaunitz a mis sous les yeux de S. M. pour la déterminer au parti à prendre dans ces circonstances; il est difficile et délicat.

J'ai par ses ordres minuté la résolution que vous verrez ad marginem, que je croyais la meilleure et qui est tirée d'un long écrit que j'avais fait pour prouver le danger et l'inutilité des propositions réelles et d'opérations guerrières en Pologne et l'impossibilité de celles en Valachie. Aux premières, jamais le Roi de Prusse n'accédera, aux secondes, sans lui, cela est dangereux. Et quelle perspective de réussite! Notre parti est, je crois, pris; au moins S. M. me parait fermement résolue de n'en point changer. Il consiste à vouloir représenter au Roi de Prusse tous les

dangers de l'agrandissement de la Russie et à nous offrir, conjointement avec lui, de nous servir de tous les moyens pour l'empêcher ensemble; s'il ne propose rien, nous empêcherons au moins autant que possible une paix précipitée et honteuse que ferait la Porte. Une autre campagne affaiblira les deux parties et peut, ou diminuer les avantages des Russes, ou les augmenter de façon à nous mettre dans le cas de devoir agir. Ce cas peut être double: 1° si les Russes passent en face le Danube et marchent vers Andrinople, le temps est venu de nous porter avec un corps sur le Danube et leur couper les derrières et les obliger, par conséquent, à une retraite précipitée, dans laquelle leur armée pourrait être détruite et les Turcs, sauvés de leur destruction, se porteraient plus facilement à un dédommagement de nos dépenses réelles. Celui-ci serait la portion de la Valachie, qui a été cédée à la paix de Belgrade et qui est entre le Banat, la Transylvanie, le Danube et l'Altfluss (Aluta ou OU); 2° si, par mer, en forçant les Dardanelles, Constantinople, par une révolution ou autrement, pourrait menacer ruine et par conséquent tout l'Empire, alors il faudrait nécessairement occuper les provinces qui seraient à notre gré, avant de les laisser aux Russes1.

On peut juger delà sincérité de l'alliance austro-russe : le Cabinet de Vienne attendait le premier moment favorable pour tomber sur Farinée russe. Cette politique était sévèrement jugée par Marie-Thérèse elle-même, dans une lettre à son fils Joseph :

Tout cela et maintes autres raisons me font décider de ne pas faire marcher un corps contre les Russes. . . Jamais et encore moins aujourd'hui je serais capable de me mettre avec les Russes pour

chasser et détruire les Turcs Ma maxime, que je dois au prince

Kaunitz et dont je me suis toujours bien trouvée, est l'honnêteté

et candeur, rien de double ou d'induire les autres C'est ici

que mes larmes confirment ce que mon cœur et ma main signent la paix et aucun avenir ne saurait me faire changer 2.

Belles paroles ; mais les événements ultérieurs les démentirent : la candeur ne dura pas longtemps.

1. Arneth, Maria Theresa und Joseph II, t. I. n° 130, p. 316-317.

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