Corr., Lettre XXIII, p
3. Vie privée, potitique et militaire du Prince Henri de Prusse, frère de Frédéric II, Paris, 1809.
l'esprit qu'il a, il gagna bientôt de l'ascendant sur celui de l'Impératrice et lui persuada de s'ouvrir au Roi, son frère. La lettre de l'Impératrice était accompagnée d'un long mémoire, lequel contenait les conditions de paix, qui devaient servir de base à la négociation qu'on voulait entamer. Après un préambule qui annonçait la plus grande modération, l'Impératrice demandait aux Turcs la cession des deux Cabardies, Azof et son territoire, l'indépendance du,Khan de la Crimée, le séquestre pour vingt-cinq années de laValachie et de la Moldavie pour l'indemniser des frais de la guerre, la libre navigation sur la mer Noire, une île dans l'Archipel, pour servir d'entrepôt au commerce des deux nations, une amnistie générale pour les Grecs qui avaient embrassé le parti des Russes et, avant toutes choses que le sieur Obreskof L fut élargi des Sept Tours. Des conditions aussi énormes auraient achevé de cabrer la cour de Vienne, peut-être même l'auraient elles portées aux résolutions les plus violentes, si on les lui aurait communiquées. Cette raison empêcha le Roi de lui en donner la moindre connaissance. Ce prince préféra les voies de la douceur, les plus sûres pour ne choquer personne. Il s'expliqua amicalement avec l'Impératrice de Russie, sans la contredire. Mais, pour qu'elle sentît elle-même la difficulté qu'il y aurait à faire consentir e grand Seigneur à l'indépendance des Tartares, il lui représenta les obstacles presque invincibles que la cour de Vienne mettrait à ce que la Russie, en possédant la Valachie et la Moldavie, devînt sa voisine et que l'île dans l'Archipel donnerait de la jalousie et de l'envie à toutes les puissances maritimes 2.
L'antagonisme entre la Russie et l'Autriche, quant à la possession des pays roumains, éclata ouvertement. Frédéric de Prusse continue à raconter que, sur les instances de Catherine II, il fut obligé de communiquer ses demandes à Vienne, en 1771 . Bien loin de les agréer, le Cabinet autrichien espérait qu'« à la faveur d'une médiation armée, la Cour de Vienne pourrait forcer les Russes à restituer aux Turcs la Moldavie et la Valachie » et renoncer aussi à l'indépendance des Tartares.
1. Ambassadeur de Russie à Constantinople, enfermé par le Sultan.