L'Eur. et la Rév. fr., t. I, p
Hertzberg conçut un plan vague et démesuré1, à l'Alberoni. C'était d'allumer partout l'incendie, de l'attiser et se faire ensuite payer grassement par l'Europe le service qu'il rendrait en éteignant le feu. Les éléments ne manquaient pas, l'Europe était remplie de matières inflammables... La Prusse dicterait la paix et l'accommoderait de façon à se satisfaire elle-même en contentant tout le monde, sauf, peut-être, le Suédois, qui n'aurait rien que l'honneur, et le Turc, qui ferait les frais de la transaction.
A côté de Hertzberg, M. von Goltz était encore plus agressif; il lui écrivait au commencement de 1788 : « Je mets ma tête en gage que l'Empereur, surpris et frappé, fera tout ce que nous voudrons, ou bien, dans la situation actuelle de l'Europe, nous exécuterons contre lui de grandes choses... 200.000 prussiens, dans les circonstances actuelles, peuvent tout faire, s'ils sont bien conduits et d'après un plan mûrement calculé. 2 » M. de Dietz, représentant de la Prusse à Constantinople poussait également à la guerre : « Il nous en coûtera, il est vrai, écrivait-il, une couple d'années de vive guerre, mais ce sera un capital bien placé, qui nous procurera cent ans de tranquillité. 3 »
Philippson appelle ce système de Hertzberg factice1* ; le ministre prussien mit trop de temps à l'appliquer; les Polonais hésitèrent et la mort de Joseph II fit crouler le projet. En tout cas, venant après les menaces de la France, il aida à empêcher l'Empereur d'Autriche et Catherine II de partager l'empire ottoman.
D'ailleurs Hertzberg rencontra des difficultés même de la part du roi de Prusse 5 :
1. Le 28 juin 1788, Hertzberg écrivait à Dietz, envoyé de Prusse à Constantinople : « 11 est cruel que, dans cette situation, vous ne donnez aucun signe de vie et que ce grand moment passe sans que nous en profitions... Toute l'Europe a les yeux fixés sur la Prusse et nous attribue des plans et les devine » (Zinkeisen, VI, p. 691).