Napoléon et Alexandre 1*T, I, p
Djuvaka. 22
Mais avant que ces idées prennent corps, le principal conseiller de Napoléon pour la politique extérieure, Talleyrand, a eu ses propres projets dans la question d'Orient; ils n'étaient pas approuvés par l'immortel capitaine, mais justement, à ce point de vue encore, ils sont intéressants à connaître .
Les intentions de Talleyrand, révélées par sa correspondance, étaient d'affermir l'Autriche contre la Russie1, redoutant pour l'Europe le danger panslaviste. Il émet cette idée, pour la première fois, dans sa lettre au comte d'Hauterive, du 19 vendémiaire an XIV (1805), datée de Strasbourg où Talleyrand s'était arrêté à la suite de Napoléon ; c'était après la bataille d'Ulm et à la veille de la bataille d'Austerlitz :
Je voudrais que l'Empereur, le lendemain d'une grande victoire, qui ne me paraît plus douteuse, dit au prince Charles : ... Je vous aiderai pour vous emparer de la Valachie et de la Moldavie. A ces conditions, je ferais avec vous un traité offensif et défensif et toute idée d'alliance avec la Prusse ira au diable... Voilà mon rêve de ce soir.
Il }' a dans cette lettre, la genèse du fameux rapport (N° CXI) que Talleyrand présenta à l'Empereur six jours après, c'est-à-dire le 25 vendémiaire an XIV (17 octobre 1805), daté toujours de Strasbourg2. Ce mémoire propose une entente avec l'empire d'Autriche, à l'exclusion de la Prusse. Talleyrand y garantissait l'intégrité de l'empire ottoman, en séparant les intérêts de l'Autriche de ceux de
1. De 1804 à 1807, dit A. Vandal, Napoléon veut s'entendre avec l'Autriche au sujet de l'Orient. En 1805, il fit écrire à l'Empereur d'Autriche, presque en guerre avec la France, « qu'on ne peut plus se battre raisonnablement que pour l'empire de Constantinople » {Corresp. 9038).
2. P. Bertrand, Lettres inédites de Talleyrand à Napoléon, p. 156-174 ; Cf. La Revue historique, janv.-mars 1889 ; Mignet, Notices hist., I, 199 ; Thiers, Hist. du Cons. et de l'Empire, VI, p. 342 ; Rambaud, Hist. de Russie, p. 567 ; G. Pallain, Corr. de Talleyrand et de Louis XV1U, p. xx-
F Angleterre et en les opposant à ceux de la Russie. L'idée maîtresse du plan de l'illustre diplomate français se trouve dans cette phrase : « Aujourd'hui les Turcs ne sont plus à craindre, ils ont tout à craindre eux-mêmes. Mais les Russes les ont remplacés : l'Autriche est encore le principal boulevard que l'Europe ait à leur opposer et c'est contre eux qu'il faut la fortifier aujourd'hui. »
Mais tout en fortifiant, l'Autriche, Talleyrand lui enlevait quelques provinces et formulait ainsi les compensations à lui accorder :
Qu'en échange des états vénitiens, du Tyrol, de ses possessions en Souabe et de ses prétentions sur les États voisins, lesquelles demeureront à jamais éteintes, on lui donne la Valachie et la Moldavie, la Bessarabie et la partie la plus septentrionale de la Bulgarie ; maîtresse alors de deux fertiles provinces, acquérant pour ses anciens États un débouché par le Danube, qui coulera presque entier sous ses lois, et une portion des côtes delà mer Noire, elle n'aura point à regretter des pertes si richement compensées... Les Turcs ont perdu de leur puissance relative, parce que tout a fait autour d'eux des progrès, sans qu'ils en aient fait aucun. Ils ont perdu de leur puissance absolue, parce que le ressort de leur gouvernement s'est affaibli '. L'étendue de leurs possessions ajoute à leur faiblesse, parce que leur population, qui décroit sans cesse, étant disséminée sur un vaste territoire, le peuple conquérant se trouve comme absorbé au milieu du peuple conquis. Leur ôter quelques provinces, ce n'est pas les affaiblir, c'est les fortifier... En entrant dans de nouveaux rapports, la maison d'Autriche prendra une politique nouvelle. Du moment qu'elle sera en possession de la Valachie et de la Moldavie, les. Russes, aujourd'hui ses alliés, deviendront ses rivaux et ses ennemis naturels... Maintenant je suppose qu'après le gain d'unegrande bataille, V. M. dise à la Maison d'Autriche : « Etendez.vous le long du Danube; occupez la Valachie, la Moldavie, Ta Bessarabie ; j'interviendrai pour vous faire céder ces provinces
1. Le 25 janvier 1807, Talleyrand persiste dans ces vues, car il écrit à d'Hauterive : a Je ne crois pas que quelque chose puisse relever la puissance ottomane ; elle est, à mon avis, perdue et la question est de savoir quelle portion en aura la France dans le partage qui nécessairement doit être fait de nos jours » (Vandal, p. 27).
par la Porte ottomane et si les Russes vous attaquent, je serai votre allié ; dès aujourd'hui l'alliance peut être conclue, je viens d'en poser toutes les bases ». J'ose croire qu'après une victoire, de telles propositions seraient accueillies avec transport par la maison d'Autriche, et alors la plus belle paix terminerait la guerre la plus glorieuse.
Les probabilités étaient que l'Autriche, vaincue, aurait accepté de telles propositions, la Russie n'aurait pas pu empêcher une pareille alliance, la carte de l'Europe orientale serait toute autre et peut-être même que Napoléon n'aurait pas couru à un désastre. Mais grisé par ses succès, il n'approuva pas le projet de partage d'une partie de la Turquie.
Talleyrand annexa à son Mémoire un projet de Traité d'alliance en quatorze articles. Voici les articles relatifs aux acquisitions à réaliser par l'Autriche :
Art. 9. — S. M. l'Empereur des Français ne s'opposera point à ce que, immédiatement après les ratifications de ce traité, S. M. l'Empereur d'Allemagne et d'Autriche fasse occuper par ses troupes et possède en toute souveraineté, lui, ses héritiers et successeurs, à perpétuité, la Valachie, la Moldavie, la Bessarabie et la partie de la Bulgarie au nord d'une ligne tirée du confluent de la Sireth et du Danube à Mancalia, sur la mer Noire.
Art. 10. — S. M. l'Empereur des Français interviendra d'une manière efficace pour que la Porte ottomane cède et transporte à la maison d'Autriche ses droits de suzeraineté et de souveraineté sur ces provinces, parce qu'il est convenu qu'en retour de la cession faite par la S. P., S. M. l'Empereur d'Allemagne et d'Autriche garantira l'intégrité des autres possessions ottomanes en Europe.
Art. 11. — Dès à présent, S. M. l'Empereur des Français garantit à S. M. l'Empereur d'Allemagne et d'Autriche la possession des dites provinces contre toute prétention, entreprise et attaque de la part des Russes.
Ce projet de traité est suivi d'un compte détaillé de ce que gagnerait la France territorialement, comme aussi de ce que gagnerait et perdrait l'Autriche. Voici le résumé de ce bilan :
La maison d'Autriche, par les renonciations qu'elle fait, perd en Allemagne 1.672 lieues carrées, 909.696 sujets et 8.663.000 francs de revenus. Au nord de l'Italie, elle perd 2.394 lieues carrées, 2.200.000 sujets et 25.000.000 francs de revenus. En tout 4.000 lieues carrées, 2.900.000 sujets et près de 28 millions et demi de revenu1. La Valachie et la Moldave, au contraire, n'ont que 1.700.000 âmes de population. La Bessarabie et le nord de la Bulgarie sont déserts et les revenus de tous ces territoires montent à peine à 16.000.000. Mais leur étendue est double de ceux auxquels l'Autriche renonce. Leur sol est généralement admirable. Ils produiront de grands revenus dès qu'ils auront des hommes et ce sera même un avantage pour la maison d'Autriche d'y trouver les rangs clairsemés, puisqu'elle pourra y transporter des colonies d'Allemands laborieux. A la Moldavie et à la Valachie il a fallu joindre la Bessarabie et une portion de la Bulgarie, pour que les Autrichiens fussent véritablement interposés entre les Russes et les Ottomans, mais encore et surtout pour qu'ils eussent une portion du littoral de la mer Noire, car il. importe qu'ils soient sur cette mer, comme sur le continent, les rivaux des Russes.
Plus tard, Talleyrand lui-même qualifia ce projet de roman politique2. L'avenir prouva que les divisions territoriales proposées par réminent homme d'Etat n'étaient pas indispensables pour faire éclater la rivalité, devenue ensuite permanente, entre la Russie et l'Autriche-Hongrie; cela devait résulter fatalement de leur situation géographique dans l'Orient européen. Mais, au point de vue de la politique générale, il est indiscutable que, si les propositions de Talleyrand avaient été adoptées, elles auraient révolutionné toute l'Europe.
M. Bertrand, l'éditeur de la correspondance de Talleyrand, appelle sages les conseils que Talleyrand donnait à Napoléon en 1805 et apprécie comme suit son projet:
La pensée de Talleyrand était de dédommager l'Autriche des pertes que Napoléon lui faisait subir à l'Ouest par de nouveaux
1. L'addition des revenus n'est pas exacte : le total devrait atteindre 33.663.000 de francs.
2. Baillen, Preussen und Frankreich von 1795 bis 1807. II, p. 360.
territoires enlevés à l'empire ottoman et de l'opposer ainsi à la Russie, afin d'arrêter cette dernière puissance dans sa marche vers Constantinople et la Méditerranée. Cette pensée, qui ne fut pas réalisée à Presbourg, malheureusement pour la France, a été reprise de nos jours par le prince de Bismarck. 11 n'y a qu'un facteur de changé. L'Autriche est toujours poussée vers l'Est et opposée à la Russie; mais ce n'est plus la France qui dirige Fé\énement à son profit. Bien au contraire, c'est pour lui enlever des alliés éventuels et ajouter à la puissance de son ennemie que l'on a fait passer la grande pensée de Talleyranddans le domaine des faits1.
Quinze jours après avoir soumis son projet à Napoléon, Talleyrand écrit à d'Hauterive que ses propositions ont été rejetées et que l'Empereur préférait un traité avec la Russie, après avoir affaibli l'Autriche : « ce n'est pas du tout mon avis » ajoute l'illustre ministre des Affaires Etrangères de France.
T. G. DJUVARA. — Cent projets de partage île la Turquie.
LXIV et LXV
PROJETS DE NAPOLÉON1 ET D'ALEXANDRE Ier2
Carte IX
On lit dans le Mémorial de Sainte-Hélène : « J'eusse pu partager l'Empire turc avec la Russie, il en a été plus d'une fois question entre nous : Constantinople Fa toujours sauvé. Cette capitale était le grand embarras, la vraie pierre d'achoppement. La Russie le voulait, je ne voulais pas l'accorder ;
1. Né à Ajaccio le 5 août 1769, mort à Sainte-Hélène le 3 mai 1821. Cf. Gén. Zurlinden, Nap. et ses Maréchaux. Paris, 1911, 2 vol. ; De Coston, Biogr. des premières an. de Nap ., Paris, 1840, 2 vol. ; Cf. Lavisse et Rambaud, Hist. ge'n., t. IX, Napoléon, 1897 ; A. Vandal, La France et la Russie pendant la campagne de 1809 (Ann. de VEc. des Se. PoZ.,1891) ; Ph. Gonnard, Les origines de la légende napoléonienne, Paris, 1907 ; F. Masson, Nap. et sa famille, 10 vol. ; Corr. inédite off. et conf. de Napoléon, publ. p. le gén. Beauvais, Paris, 1809-20, 7 vol., Corr. de Nap. 1er, pub. p. ordre de l'Emp. Nap. III, Paris, 1858-69, 33 vol., V. D. de Musset-Pathay, Suite au Mém. de Sainte-Hélène, Paris, 1824 ; Gén. H. de Jomini, Vie pol. et mil. de Nap., Paris, 1827-33, 5 vol. ; Thiers, Hist. du Cons. et de l'Emp., Paris, 1823-27; Gourgaud et Montholon, Mémoires de Nap., Paris, 1830, 9 vol. ; Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, 1822-23, 8 vol. ; Hist. de Nap., p. Cousin dAvallon, 1801, 4 vol. : p. Ségur, 1824, 2 vol. ; p. Thibaudeau, 1827, 6 vol. ; p. de Norvins, 1827, 4 vol. ; p. Tissot, 1833, 2 vol. ; p. Elias Regnault, 1846, 4 vol. ; Ed. Driault, Nap. et VEur. : La pol. ext. du Premier Consul, Paris, Alcan, 1909 ; A. Vandal, Les instructions données à M. de Caulaincourt après la paix de Tilsitt (Rev. d'Hisl. dipl., 1890, p. 54-78) ; R. Bittard des Portes, Les préliminaires de l'entrevue d'Erfurth [lb., p. 95-144) ; Id. Doc. rel. au partage de l'Or. nég. entre Nap. et Al. /" {Rev. d'Hist. dipl., 1890, p. 421-470) ; Fournier, Nap. I«, Leipzig, 1888.
2. Né en 1777, mort en 1825. Cf. Adrien Egron, Vie d' Al. 1», Paris, 1826 ; Alph. Rabbe, Id.y 1826 ; J. Golowine ; Bogdanovitch, Fragments de la vie d'Al. J", tr. du russe par Al. Stcherbinin, Lausanne, 1872; Rambaud, Hist. de Russie, Paris, 1885 ; Bibliographie dans G. Créhangue, Hist. de la Russie depuis la mort de Paul Ier, Paris, 1882.
c'est une clef trop précieuse : elle vaut à elle seule un Empire ; celui qui la possédera peut gouverner le monde. » Cette idée, Napoléon la renouvela, lorsque les Russes exprimèrent le désir de prendre Constantinople, en s'écriant : « Gonstantinople ! Mais Constantinople est la clef du monde ! » *.
Le plus grand génie militaire des temps modernes et peutêtre le plus grand de tous les temps, en secouant dans leurs fondements tous les Etats de l'Europe, devait fatalement se préoccuper aussi du sort de l'Empire ottoman. Sur ce point, on ne saurait affirmer quelle était exactement son opinion, attendu qu'il en variait, selon les occasions : tantôt il se passionne pour le maintien de la Turquie2, tantôt il avive le désir des Russes de s'emparer des possessions ottomanes. Au fond, il se servait de ces terres orientales comme de simples compensations dans ses vastes combinaisons politiques. Cela explique ses hésitations et ses contradictions lorsqu'il s'agissait de la Turquie. Du reste, il subissait l'influence de son entourage ; dès le 10 juin 1802, le Premier Consurrecevait un Mémoire du tribun Félix Beaujour, où l'on lisait cette conclusion :
L'intérêt politique de la France, comme celui de toute l'Europe, est que les deux couronnes impériales de Constantinople et de Pétersbourg ne soient pas réunies sur la même tête... Mais on peut empêcher la réunion et la collision des deux Empires en leur donnant des intérêts divers; et on peut leur donner des
\. Dans l'ouvrage : P. Gyllii de Conslantinopoleos Topographie/, libri IV (Lugduni Batavorum, 1632) l'auteur dit : « Caetera igitur urbes, ut sint mortales, hsec sanë quamdui erunt homines, futura mini videtur immortalis » (p. 14).
2. Dans ses instructions à Sébastiani (1806), Napoléon écrit de sa propre main : « Je ne veux point partager l'empire de Constantinople, voulût-on m'en offrir les trois quarts ; je n'en veux point. Je veux raffermir et consolider ce grand Empire et m'en servir tel que, comme opposition à la Russie » (Rev. d'Hisl. dipl., 1904, p. 578). En 1707, Bonaparte écrivait au Directoire : « De ces différents postes (îles Ioniennes, Malte, etc.), nous veillerons sur l'Empire ottoman, qui croule de toute part, et nous serons en mesure de le soutenir ou d'en prendre notre part ».
PROJETS DE NAPOLÉON ET D'ALEXANDRE Ior 345
intérêts divers en coupant la ligne de continuité qui les unit, c'est-à-dire en affranchissant ou en donnant à l'Autriche la Valachie et la Moldavie qui forment le nœud de cette ligne. On peut donc garantir le repos des nations en Europe sans y garantir l'existence des Turcs1.
Nous allons analyser sommairement les projets de Napoléon, discutés avec l'empereur de Russie Alexandre Ier, en nous servant surtout de la correspondance diplomatique publiée dans les remarquables ouvrages de MM. A. Vandal et S. Tatistcheff2.
Les rapports entre Napoléon et Alexandre Ier furent, dès le début, très froids, tendus même. Lorsque le nouvel empereur de Russie monta sur le trône (24 mars 1801), Napoléon, Consul, envoya à Saint-Pétersbourg son premier aide-decamp le général Duroc. Alexandre lui dit : « J'ai toujours désiré voir la France et la Russie unies. » Mais le comte Panin, V. Kotchoubey, N. Nowossiltzof, Adam Gzartoryski et P. Strogonof, qui formaient le Comité de Salut public, étaient contre une entente avec la France et poursuivaient une alliance avec l'Angleterre . Toutefois Bonaparte faisait des avances à l'empereur de Russie ; il dit à son ministre Markof, le 8 août 1802 : « N'y a-t-il pas dans les Etats de l'empereur Alexandre, quelque héritier présomptif du trône de Constantinople ? »
Après que Bonaparte fut proclamé Empereur, sous le nom de Napoléon (18 mai 1804) se forma la troisième coalition contre la France entre la Russie, la Suède, l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse, la Turquie et le royaume de Naples.
Nous avons vu Talleyrand proposant à Napoléon une alliance avec l'Autriche. D'Hauterive, dont nous analyserons
\. Hurmuzaki, Suppl. I, t. II, p. 220.
2. A. Vandal, Napoléon et Alexandre 1"; Serge Tatistcheff, A lexandre l*r et Napoléon, d'après leur correspondance inédite (1801-1812), Paris, 1891.
dans le chapitre suivant le projet de partage de la Turquie, était du même avis. En dépit de ces conseils» Napoléon dit au prince Dolgorouki, sur les champs de la Moravie, le 29 novembre 1805 : « Pourquoi Fempereur Alexandre me fait-il la guerre ? Que lui faut-il ? Il n'a qu'à étendre les frontières de la Russie aux dépens de ses voisins, les Turcs surtout. La querelle avec la France tomberait alors d'ellemême ' . »
La coalition européenne fut écrasée à Austerlitz (2 décembre 1805). Napoléon s'allia à la Prusse et par la Convention de Bartenstein (26 avril 1807) garantit l'intégrité de l'empire ottoman. Poussée par la France, la Porte avait déclaré la guerre à la Russie le 27 décembre 1806. Après la défaite de Friedland (14 juin 1807) l'armée russe étant en fuite, Alexandre Ier admet l'intervention de la France dans la paix à conclure entre la Russie et la Turquie.
Napoléon avait exposé ses vues sur l'Orient dans le message envoyé de Varsovie au Sénat, le 17 février 1807 : « Qui pourrait calculer la durée des guerres, le nombre des campagnes qu'il faudrait faire un jour pour réparer les malheurs qui résulteraient de la perte de l'empire de Constantinople?... La tiare grecque presque relevée et triomphante depuis la Baltique jusqu'à la Méditerranée, on verrait, de nos jours, nos provinces attaquées par une mer de fanatiques et de barbares2. »
C'étaient de belles phrases que Napoléon était prêt à répudier, si un partage convenable de l'empire ottoman lui avait été proposé par les Puissances3. Dès le 27 janvier 1807, Talleyrand avait écrit à Andréossy, ambassadeur de France à Vienne :