‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 191 sur 280 · lb., p · texte numérisé non relu

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pas la force de le soutenir seuls. » Après avoir reçu de Stadion les instructions demandées, Metternich alla voir Talleyrand et le 26 février il résume comme suit sa conversation avec le diplomate français. Il lui avait dit : « Rien ne peinerait plus l'Empereur, ne serait plus contraire à ses principes, à la conviction intime des véritables intérêts de son Empire que la destruction de la Porte. ;> Après ces protestations, il déclara : « On sera du partage quand il sera impossible de l'arrêter, à la condition expresse cependant du plus parfait accord entre les trois puissances co-partageantes. » Talleyrand, à son tour, se déclara personnellement contre le projet de Napoléon : « Je déteste l'idée du partage de la Porte ; je vous dirai même plus explicitement qu'elle est en désaccord avec mes principes politiques ; mais rien ne peut en faire revenir l'Empereur. » Metternich interrogea : « Mais croyezvous que la Russie partage les vues de Napoléon ?» — « Avec passion, répondit Talleyrand ; la conquête de la Turquie est une des idées favorites de l'Empereur Alexandre. » Après avoir rapporté cet entretien, Metternich exprime le soupçon que : « la France pourrait vouloir se servir de notre assentiment pour faire entrer la Russie dans les projets de partage que nous redoutons » et le Chancelier autrichien ajoute que ce serait ainsi « une supercherie assez conforme au caractère de la politique française ; on pouvait, en supposant que le cabinet de Saint-Pétersbourg répugnât au partage, nous y représenter comme ayant les premiers agité cette question et en ayant même seuls le désir. » Pour en avoir le cœur net, il sonda son collègue l'Ambassadeur de Russie à Paris ; le comte Tolstoï ne lui dissimula point le projet négocié entre Napoléon et Alexandre 1er : « Il faudrait bien partager le gâteau, d'un commun accord, si on ne pouvait le sauver l. »

Deux ans plus tard, en 1810, le Chancelier autrichien prédisait : « Nous sommes appelés à jouer un grand rôle ; nous sommes, j'ose l'affirmer, malgré tant d'apparences contraires, les plus forts ; c'est qu'on nous recherchera de part et d'autre. »

En somme, Metternich était contre le partage de la Turquie ; s'il l'admettait, à son corps défendant, il préférait la constitution d'un état chrétien, voisin et allié de l'Autriche, conception vaguement élastique. Ce chapitre, consacré à ses vues, -se rattache plutôt aux discussions entre Paris et Saint-Pétersbourg, que nous avons analysées dans le chapitre précédent.

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