Paris, Levasseur, août 1829, in-8, iv-112 p
PROJET DE BRONIKOWSKI*
De même que le projet Dufau, analysé dans un des précédents chapitres, ce projet poursuivait le rétablissement du royaume de Pologne par le démembrement de la Turquie d'Europe2. C'était le rêve irréalisable de nombreux patriotes polonais ; ils le referons sous le second Empire. Bronikowski voulait faire de la Pologne une digue « aux débordemens de l'ambition du cabinet de Saint-Pétersbourg en Europe ». La pensée finale des conconquêtes russes est Constantinople ;
J. Al. Aug. Ferd. d'Opeln Bronikowski, romancier allemand, né à Dresde en 1783, mort en 1834. Servit dans l'armée prussienne, puis dans l'armée polonaise au service de la France. Cf. Œuvres complètes, 1825-35 ; Hist. de Pologne, 1827, 4 vol.
2. Projet de démembrement de la Turquie Européenne et du rétablissement de l'indépendance de la Pologne, Paris, lmpr. de Lachevardiôre, 1833, in-8 de 21 p. Cf. Chev. Ostrowski, La Pologne rétablie dans son intégrité comme solution positive de la question d'Orient, Paris, Dumineray, 1855. Voici trois extraits caractéristiques de cette dernière brochure qui marquait les frontières de la Pologne ressuscitée :
a Nous demandons au nord les embouchures de la Vistule, avec Dantzig ; celle du Niémen, avec Klaypeda (Memel) ; celle de la Dzwina, avec Riga, ainsi que la libre navigation de ses trois grandes artères, le Dnieper, le Bog et le Dniester, conditions indispensables de sa force et de son existence, savoir : de former une ligne non interrompue de la mer Noire a la Baltique » (p. 42).
« Les Etats du Danube, dans une Pologne reconstituée, ne sauraient trouver dans l'Autriche une garantie suffisante de durée et de stabilité : leur indépendance ne refleurira qu'à l'abri de la bannière polonaise » (p. 43).
« L'Autriche occuperait indéfiniment les Principautés du Danube, placées toutefois sous le protectorat des puissances occidentales, moyennant la restitution complète de la Gallicie polonaise, et la Turquie serait largement indemnisée de cette perte de territoire par la reprise de la possession de la Bessarabie, de la Krimée et de ses anciennes provinces tartares et kaukasiennes » (p. 44).
pour que la Russie devienne une puissance maritime redoutable les détroits du Bosphore et des Dardanelles lui sont indispensables : « les Serbiens, les Bosniens, les Bulgares, les Valaques favoriseraient avec enthousiasme chaque invasion de la Russie... Les provinces européennes de la Turquie ont la plus grande propension à se détacher d'elle ».
Les puissances doivent intervenir. L'intérêt de l'Europe et de la civilisation exige que la Turquie cesse d'exister; le sort de la Turquie d'Asie est indifférent. Toutes les puissances doivent participer au démembrement. Les Etats limitrophes doivent consentir, comme indemnité des nouvelles provinces acquises, auTétablissement du Royaume polonais. L'Autriche, en prenant Gonstantinople et l'Albanie, pourrait rétrocéder la Gallicie ; la Bulgarie, la Bosnie, la Macédoine, la Roumélie, la Valachie et la Serbie, dédommageraient la Russie de la perte de la Pologne Russe ; l'Autriche céderait la Silésie à la Prusse, qui rendrait à la Pologne les anciennes possessions, actuellement prussiennes.
PROJET DE L'EMPEREUR NICOLAS Ier DE RUSSIE »
Malgré les déclarations officielles, que nous avons enregistrées au chapitre du Projet de Gapodistrias, les Russes tendaient naturellement à la conquête de l'Empire ottoman. Dans la cession du Parlement anglais de 1854, le Forreign Office publia des documents prouvant que, dès le commencement de 1853, l'Empereur Nicolas Ier avait proposé un projet de partage de la Turquie. Le comte Derby, chef de l'opposition, avait parfaitement eu connaissance de ces pièces, mais il avait gardé le secret, tout comme le ministre des Affaires étrangères; la publication en fut faite seulement pour répondre à un défi du Journal de Saint-Pétersbourg* .
Yoici le résumé de cette proposition que la Russie fit à l'Angleterre.
Le 9 janvier 1853, à une soirée de la grande-duchesse Hélène de Russie, l'Empereur Nicolas s'approchant de Sir Hamilton Seymour, lui dit :
Tenez, nous avons sur les bras un homme malade, un homme très malade ; ce serait, je vous le dis franchement, un grand malheur, si, un de ces jours, il devait |nous échapper, surtout avant que toutes les dispositions nécessaires fussent prises.
1. Né en 1796, mort en 1855. Cf. A. Belloydier (1857) ; P. Lacroix (1764) ; L. Thouvenel, Nicolas 1er et Napoléon III, Paris, 1891 ; L. Guérin, Hisl. de la dernière guerre de Russie, Paris, 1858, 2 vol. ; De la Guéronnière, Et. et portr. politiques ; Gap. F. Crousse, Hist. de la guerre de Crimée, Bruxelles, Guyot, 1864 ; Wurm, p. 379-512.