Ann. des deux Mondes, 1853-54, p
quelque avantage de cette sorte. L'Angleterre ne pourrait pas s'associer à une combinaison qui devrait être tenue secrète vis-àvis des autres puissances... Le gouvernement de la Reine croit que [la Turquie n'a besoin que d'indulgence de la part de ses alliés, de leur détermination de ne pas montrer d'exigence humiliante pour la dignité et l'indépendance du Sultan et enfin de cet appui amical que, parmi les États comme parmi les individus, les laibles sont en droit d'attendre des forts1.
La dernière phrase respire une philosophie du droit international de plus en plus abandonnée dans les relations entre les Etats.
Le 5 avril, lord Glarendon adressa une nouvelle dépêche, par laquelle il déclarait qu'il était inutile de discuter encore à ce propos. Malgré cette extrême réserve, le comte de Nesselrode remit le 15 avril, un second mémoire, cette fois fois rédigé dans le sens du Cabinet anglais ; en voici la conclusion : « L'Empereur déclare qu'il est prêt à travailler, de concert avec l'Angleterre, à prolonger l'existence de l'Empire turc, en laissant de côté toute cause d'alarme au sujet de sa dissolution. »
Toute cette affaire, assurément très intéressante, serait restée secrètement enfouie dans les archives des chancelleries de Londres et de Saint-Pétersbourg, comme tant d'autres, sans un incident imprévu. En réponse à un discours de lord John Russel, prononcé à la séance des Communes du 17 février 1854, le gouvernement russe inséra, dans Le Journal de Saint-Pétersbourg du 2 mars, un article où il révélait les négociations secrètes de l'année précédente et où il prétendait que le Czar avait toujours été franc et loyal à l'égard de l'Angleterre : « Moins qu'aucun autre, le gouvernement britannique aurait dû acueillir de pareils soupçons ; il a dans les mains la preuve écrite qu'ils ne reposent sur aucun fon-