Voir le texte intégral de ce traité à l'Appendice
Chargé par M. Poincaré, M. Blondel, ministre de France à Bucarest, fut reçu en audience spéciale et présenta au roi Charles les félicitations du Président de la République française. Le roi remercia télégraphiquement en ces termes :
J'ai reçu avec une vive joie les félicitations que M. Blondel m'a transmises de votre part à l'occasion de la conclusion de la paix. Je m'empresse de vous remercier cordialement de ce témoignage de sympathie.
Il m'a été particulièrement agréable de voir combien, en France, on apprécie nos efforts pour ramener le calme dans la péninsule dont la situation était l'objet de l'inquiétude de l'Europe.
(S.) Charles.
Immédiatement après la signature de la paix, le roi Charles de Roumanie a télégraphié aux quatre souverains balkaniques.
Voici le texte du télégramme adressé au roi des Bulgares :
La paix vient d'être signée ; avant tout, je tiens à reconnaître l'esprit de conciliation des délégués du gouvernement de Votre Majesté, qui a permis d'atteindre ce but désiré de tous.
Malgré les sacrifices que la Bulgarie dut s'imposer, son peuple, j'en suis certain, bénira Votre Majesté d'avoir pu mettre un terme à cette guerre sanglante.
Une ère nouvelle de recueillement va s'ouvrir, cicatrisant les plaies. Elle ne tardera pas à ramener la prospérité dans votre royaume.
Votre Majesté ne doutera pas combien j'ai à cœur de voir établir et consolider des relations d'amitié et de bon voisinage entre les deux pays, ainsi que de la sincérité de mes sentiments affectueux pour sa personne.
(S,) Charles.
Le roi Charles télégraphia aux rois de Grèce, de Serbie et du Monténégro :
Je me félicite que l'œuvre de paix si ardemment désirée, ait pu s'accomplir dans macapitaleoù VotreMajesté s'est empressée d'envoyer des délégués.
Puisse cet acte important, qui a établi un ordre de choses nouveau dans la péninsule et a étendu les frontières du royaume de Votre Majesté, être le point de départ d'une époque de calme et de prospérité, permettant à votre peuple de recueillir les fruits de tant de sacrifices.
En félicitant de tout cœur Votre Majesté des grands succès qu'elle a obtenus, je lui renouvelle l'assurance de mes sentiments les plus affectueux, avec mon vif désir de voir se resserrer encore davantage les bons rapports existant heureusement entre nos
deux pays.
(S.) Charles.
Le roi Ferdinand a répondu télégraphiquement au roi Charles :
Je tiens à remercier Votre Majesté en terminant cette période tragique de l'histoire de mon peuple pendant laquelle, après des victoires éclatantes, la Bulgarie connut les épreuves les plus cruelles et l'accumulation de tous les malheurs.
C'est désormais dans la paix reconstituante et dans un labeur acharné que nous chercherons l'oubli de nos maux et la préparation d'un meilleur avenir.
Je dois reconnaître que c'est aux incessants efforts de Votre Majesté et à la collaboration de son gouvernement que le monde doit la fin de cette guerre sanglante et dévastatrice et je lui exprime ma gratitude en mon nom et en celui de mon peuple.
Je me réjouis que cette œuvre sage et humanitaire constitue le point de départ du rétablissement des relations d'amitié et de bon voisinage entre nos deux pays, relations que moi et mon gouvernement désirons et que nous nous efforcerons de rendre plus intimes que par le passé.
J'espère que Votre Majesté, qui me donna des preuves de sa sympathie et de son affecteux intérêt dans l'adversité et qui est inspirée des mêmes sentiments que moi, m'aidera à effacer rapidement les traces douloureuses des événements les plus récents et à développer, sur la base de relations d'étroite amitié entre la Roumanie et la Bulgarie, la prospérité de nos peuples.
(S.) Ferdinand.
Le roi de Grèce a télégraphié au roi de Roumanie :
Je remercie de tout cœur Votre Majesté de son télégramme m'annonçant la signature de la paix. Je n'oublierai jamais la
manière dont Votre Majesté se comporta envers moi pendant cette période glorieuse et difficile, et je la remercie particulièrement de ses vœux pour le développement pacifique de mon pays.
Nos sacrifices furent énormes, mais la gloire et les résultats obtenus en sont dignes.
Je suis particulièrement sensible à l'expression des sentiments affectueux de Votre Majesté et je l'assure de mon plus vif et plus intense désir de voir se resserrer les rapports de nos pays, ce à quoi je travaillerai de toutes mes forces.
(S.) Constantin.
Le roi Pierre de Serbie a télégraphié au roi Charles :
En apprenant par mon président du conseil la signature du traité de paix dans votre capitale, je crois de mon devoir d'exprimer à Votre Majesté toute ma gratitude pour l'accueil si gracieux qu'elle a bien voulu faire à mes plénipotentiaires et pour le concours éclairé de Votre Majesté et de son gouvernement en vue du prompt rétablissement de la paix et de l'équilibre balkanique.
Le traité de Bucarest, il y a cent ans, donna des garanties d'existence internationale à la Serbie, affranchie du joug ottoman, par mon grand-père. Le présent traité inaugurera, je l'espère, une période de travail, et en conséquence, assurera la prospérité de nos peuples.
En ce moment, je me plais à rappeler que les rapports entre la Roumanie et la Serbie furent, dans le passé, toujours empreints du sentiment du voisinage le plus cordial. La solidarité de nos intérêts communs nous fait espérerque dans l'avenir ces relations seront encore plus intimes.
(S.) Pierre.
Le roi du Monténégro a télégraphié au roi de Roumanie :
Mon président du conseil, délégué à la conférence de Bucarest, m'informe que la paix entre les États balkaniques vient d'être signée dans la belle capitale de la Roumanie sous les bienveillants auspices de Votre Majesté.
Cette paix est un événement considérable dans la vie des États balkaniques, auquel le nom de Votre Majesté restera attaché pour toujours. Elle marquera l'ouverture d'une ère nouvelle pour le bonheur ultérieur et le développement intellectuel et économique des peuples des Balkans, qui doivent à jamais se trouver unis.
Je félicite de tout mon cœur Votre Majesté de ce succès pour lequel je lui exprime ma reconnaissance. (S.) Nicolas.
Le 13 août, Tempereur-roi d'Autriche-Hongrie félicita également le roi de Roumanie par ce télégramme :
Je te prie d'agréer mes plus cordiales félicitations à l'occasion de l'œuvre de pacification accomplie sous ta conduite, qui a mis un terme à l'effusion du sang dans les Balkans et a assuré la paix à ton pays. Gomme par le passé, je continuerai à prendre le plus vif intérêt à tout ce qui contribuera au bien de ton pays et au tien propre. (S.) François-Joseph.
Le roi Charles a répondu à l'empereur François-Joseph par le télégramme suivant :
Tes félicitations si cordiales m'ont beaucoup réjoui, et c'est de tout cœur que je te remercie pour cette nouvelle preuve de la fidèle amitié que tu m'as toujours témoignée, spécialement dans les moments difficiles. Puisse la paix obtenue être durable et ramener enfin, pour le bonheur de nos États, la tranquillité dans cette péninsule, si durement éprouvée durant ces dernières années. (S.) Charles.
Au milieu de ces réjouissances et de ces congratulations, résonna comme un clairon guerrier Tordre du jour que le roi Ferdinand adressa à l'armée bulgare :
Soldats, au moment où vous deviez retourner dans vos foyers, un nouveau fléau s'abattit sur nous. Nos alliés, avec qui nous avions des traités déterminés, nous trahirent et voulurent nous ravir ce qui avait été acheté par le sang de dizaines de milliers de héros.
Indignée de cette félonie, la nation bulgare entière, du chef de l'État au dernier paysan et ouvrier, ne pouvait se décider à cette spoliation. Aucun patriote bulgare ne pouvait renoncer de bon gré et sans lutte à Monastir, Ochrida, Bibra, Perlepe, Salonique, Sérès et autres terres bulgares où vivent nos frères de race. Provoqués par nos anciens alliés, nous devions malgré nous reprendre à nouveau une lutte difficile. Elle aurait été couronnée de succès si une série de circonstances politiques imprévues n'avaient paralysé nos forces. Pressés de toutes parts, nous fûmes obligés de signer la paix à Bucarest. Notre patrie n'était
pas en état de lutter avec ses cinq voisins sans risquer de tout perdre. Épuisés et fatigués, mais non vaincus, nous devons replier nos glorieux étendards pour de meilleurs jours.
Glorieux soldats, maintenant que je quitte les rangs de vos héroïques régiments, je considère comme un devoir sacré de vous exprimer, au nom de la Bulgarie, ma gratitude cordiale et profonde pour tous les sacrifices, toutes les peines, toutes les souffrances que vous avez supportés durant cette lutte gigantesque. Que Dieu vous récompense pour tout ce que vous avez fait. L'Histoire et la postérité jugeront, apprécieront et inscriront en lettres d'or, combien vous avez mérité de la patrie. Je souhaite que vous retourniez sains et saufs dans vos foyers et que vous vous adonniez avec une force et une énergie nouvelles à vos occupations paisibles, que la liberté et le bien-être national fleurissent autour de vous. Contez à vos enfants et à vos petits-enfants la vaillance des soldats bulgares et préparez-les à parachever un jour l'œuvre glorieuse que vous avez commencée.
On a vingt-quatre heures pour maudire ses juges.
Plus calme et plus rassurant pour l'avenir a été l'ordre du jour promulgué par le Prince Ferdinand, généralissime de l'armée roumaine, en quittant les troupes. Le voici :
Soldats, au moment de quitter le commandement en chef de l'armée d'opérations, c'est pour Moi un devoir de conscience que d'exprimer aux officiers, aux sous-officiers, aux troupes, Ma vive et profonde gratitude.
Vous vous en retournez chez vous, les uns dans leurs garnisons, les autres à leurs travaux paisibles, mais tous avec le sentiment d'avoir religieusement accompli votre devoir et d'avoir contribué à ce que votre pays sorte grandi aux yeux du monde entier.
Par votre vaillant élan à la mobilisation, par votre force de résistance et d'abnégation au cours des marches difficiles et longues, par l'esprit de discipline dont vous avez témoigné pendant toute la campagne, vous vous êtes montrés dignes de la confiance que votre grand Capitaine et Roi avait mise en vous.
Votre conduite, toute de camaraderie et de sacrifice en face de la grave et cruelle maladie qui s'est abattue sur beaucoup d'entre vous et a fauché tant de vies pleines d'espérances, vous donne un droit nouveau à l'affection et au respect de vos supérieurs.
La mémoire de ces victimes restera indélébile dans nos cœurs.
Soldats, je Me sépare de vous aujourd'hui et, ce faisant, J'em-
porte avec Moi une profonde satisfaction du temps que J'ai passé parmi vous, satisfaction fondée sur les liens étroits d'affection et de confiance qui nous unissent tous dans notre belle armée.
Le commandant en chef de V armée, Ferdinand, Prince de Roumanie.
Donné à Zimnicea le 22 août 1913.
On aime également s'arrêter sur les paroles prononcées, le 12 août 1913, au banquet offert par la municipalité de Bucarest. M. Venizelos, au nom des alliés, s'exprima ainsi :
Grâce à la Roumanie, nous sommes arrivés à une paix qui, parce qu'elle ne consacre ni excès, ni injustices, doit être tenue pour une paix durable. La grande loi des peuples qui veulent vivre libres et prospères, la loi d'équilibre a trouvé ici, pour l'Orient et pour l'Europe, sa formule et son application.
Mais la grande œuvre accomplie sous les auspices de la Roumanie a produit un autre effet, d'une importance plus large, peutêtre, pour l'avenir de nos peuples. Les États en bas âge ont grandi, ils ont profité des conseils reçus de leurs protecteurs et sont arrivés, non à un accident de jeunesse ou à une crise de croissance, mais à leur majorité.
Ils se sentent désormais capables de se conduire seuls dans la vie des nations.
Il apparaît clairement que notre premier devoir est de réaliser d'une manière pratique l'amitié dont nous venons de proclamer solennellement le principe.
Nous avons aperçu des intérêts qui nous sont communs ; la meilleure manière de les satisfaire, c'est de nous entendre à leur sujet dans un esprit de conciliation et d'impartialité et de multiplier entre nous les liens d'union et de solidarité.
Des efforts sincères et une bonne volonté mutuelle nous mettront à même de profiter de l'ère nouvelle de progrès, d'expansionéconomique et de confraternité.
Puisse la ville de Bucarest être le berceau d'une union de plus en plus intime entre nos Etats et nos peuples.
M. Tontcheff, au nom de la délégation bulgare, a déclaré à son tour :
Cet avenir, je le vois fait de rapprochement entre nos deux peuples, de collaboration dans les conquêtes pacifiques de la civi-
lisation et dans une affinité d'esprit toujours de plus en plus grande et étroite.
Les délégués bulgares se plaisent à croire que la gracieuse pensée qui nous a fait réunir ce soir est de bon augure pour cet avenir par nous si désiré.
La Roumanie, sous la sage conduite de son illustre Roi, qui a le plus contribué à la conclusion de la paix de Bucarest, ne faillira certainement pas à son devoir de maintenir à l'avenir la concorde parmi ses voisins balkaniques : son passé de labeur et de modération garantit de son attitude future.
Et l'on ne saurait mieux clore les fastes de cette période bouleversée de l'Orient européen, qu'en reproduisant l'ordre du jour que le roi Carol adressa, le 14 août, à l'armée roumaine :
L'élan enthousiaste avec lequel vous avez répondu à mon appel à une heure difficile, m'a prouvé de nouveau que vous êtes prêts à toute heure à sacrifier votre vie pour la patrie.
Vous êtes partis gais et avec confiance sur le champ d'honneur, abandonnant vos semailles et décidés à braver avec vigueur tous les dangers de la guerre.
Beaucoup parmi vos camarades sont tombés victimes de maladies impitoyables au delà du Danube. Leur perte douloureuse a ensanglanté mon cœur.
Je n'oublierai jamais les témoignages d'affection dont vous m'avez entouré sur les deux rives du Danube, le jour où l'armée, sous mes yeux, a passé pour la seconde fois ce fleuve grandiose. Vos cris enflammés ont trouvé un écho puissant des Carpathes aux Balkans, et ont rempli mon cœur d'une joie profonde. Vous êtes arrivés, contrairement à toute attente, jusqu'à la crête des montagnes de Bulgarie. Votre présence y a imposé la paix, sans effusion de sang, et a agrandi notre pays d'une importante contrée pour renforcer notre frontière, et elle a élevé le prestige de la Roumanie aux yeux de tous.
En mémoire de ces faits, vous pourrez porter avec honneur sur votre poitrine le signe témoignant de votre bravoure. Prochainement, vous pourrez regagner vos foyers avec la haute satisfaction d'avoir rempli votre devoir et d'avoir écrit une des plusfières pages de l'histoire de la patrie.
Inclinons-nous respectueusement et adressons des prières chaleureuses au Tout-Puissant, qui nous a permis de vivre d'aussi
beaux jours, et laissons à nos successeurs une Roumanie plus forte et plus confiante en la bravoure de ses fils.
Je remercie de tout mon cœur ma chère armée, que j'entourerai éternellement de mon affection paternelle.
Le 29 septembre 1913 fut signé à Gonstantinople le Traité de paix entre la Turquie et la Bulgarie ; on en trouvera le texte intégral à Y Appendice (N°VI.)
A l'occasion de la ratification de ce Traité, le Roi de Bulgarie adressa au Sultan le télégramme suivant :
Je m'empresse d'informer Votre Majesté que je viens de ratifier le traité de Constantinople signé le 29 septembre entre la Turquie et la Bulgarie. Cet acte mettra un terme à tous les différends anciens et récents et ouvre pour les deux pays une nouvelle ère de paix féconde, de confiance et d'amitié. Je suis, ainsi que mon gouvernement, animé du plus vif désir de faire tout ce qui dépendra de nous afin d'établir à l'avenir entre nos pays des relations de bon voisinage ainsi que de sincère et durable courtoisie. Je ne doute pas que, partageant mon désir, Votre Majesté et la Sublime Porte ne secondent cette réalisation, laquelle, après l'oubli des maux de nos peuples, sera une base de prospérité et de progrès futurs. (S.) Ferdinand.
Le Sultan a répondu :
J'ai reçu avec un vif plaisir le télégramme que Votre Majesté m'a adressé pour m'informer qu'elle a ratifié le traité de Constantinople. Ayant de mon côté ratifié le traité, je ne doute pas qu'il sera pour les deux pays le prélude d'un avenir de bonheur et de prospérité et qu'il servira de base à l'établissement de relations cordiales et d'amitié entre les deux nations. Votre Majesté peut être persuadée que moi et mon gouvernement nous travaillerons à la réalisation de ce but. (S.) Mehmed.
Souhaitons que le Roi Ferdinand puisse bientôt échanger de pareils télégrammes avec tous les autres Souverains, ses voisins.
On trouvera également à Y Appendice les traités entre la Turquie et la Grèce, entre la Turquie et la Serbie et entre la Serbie et le Monténégro.
f. G. DJUVARA. — Cent projets do partage (le iu Turquie.
np.CkDelagrave-Pa
Pendant six siècles, les peuples chrétiens donnèrent l'assaut à la Puissance ottomane ; simultanément dans le silence des cabinets, les diplomates et les publicistes préparaient des projets de partage de la Turquie, dont nous avons passé une centaine en revue1. Mais la foi religieuse s'était ralentie; les Etats chrétiens ne se sentaient plus unis dans un élan commun contre les infidèles : les intérêts économiques qui divisaient les Etats chrétiens, l'esprit de domination qui poussait les Rois et les Princes les uns contre les autres, jetèrent le désarroi dans le camp des anciens croisés. Plus tard, lorsqu'on déclara que la situation de l'Homme malade nécessitait des soins urgents des grandes Puissances, il devint évident que la rivalité entre les compétiteurs ajournerait longtemps encore le règlement de la succession. « Les cabinets chercheraient vainement à se mettre d'accord sur un pareil sujet ; il est au contraire permis de présumer que l'occupation militaire de la Turquie serait le prélude d'une guerre générale2. »
Cependant les gouvernements européens recommençaient ce travail de Sisyphe et les publicistes, leurs porte-paroles, s'ingéniaient à trouver des combinaisons, permettant aux grandes Puissances de tomber d'accord sur la répartition des dépouilles ottomanes. Gomme nous l'avons vu, aussitôt après la conquête de Constantinople, on annonçait périodiquement la
1. J'ai élaboré des cartes pour une quinzaine de ces projets, les plus typiques ; les autres ne sont que des variantes de ceux-ci.
2. Comte Benedetti. La question d'Orient {La Revue des Deux Mondes. 1" janvier 1897).
chute imminente de l'Empire Ottoman ; le grand Napoléon lui-même se trompa dans sa prophétie et, en 1784, l'envoyé prussien Diez écrivait de Gonstantinople que la Turquie sera la proie de la Russie dans dix ans1.
Les puissants du jour se refusaient à l'idée que les peuples d'Orient pourraient bien s'administrer eux-mêmes, sans voir leurs pays annexés à tel ou tel Empire, ce qui les aurait simplement fait changer de maître. De temps à autre, quelques écrivains osaient émettre cette opinion subversive. TelEdm. About : « Le temps n'est plus où les nations devaient appartenir à quelqu'un sous peine d'être arrêtées pour délit de vagabondage. Ce n'est plus pêcher contre le droit des gens que de s'appartenir à soi-même. Ainsi raisonnent le peuple français et la nation anglaise et la plus noble moitié de l'Italie et le joli petit peuple moldo-valaque 2. » Tel encore Saint-Marc Girardin, qui écrivait, quatre ans plus tard : « De nos jours encore, que de foisai-je entendu chercher à qui appartiendraient les populations chrétiennes de la Turquie. Serait-ce à la Russie, à l'Autriche, à la France ? Et quand quelques rêveurs répondaient : « Ces populations s'appartiendront à elles- « mêmes » quelle risée ! quelle pitié d'une pareille utopie 3 ! » Mais ce n'étaient là que boutades d'hommes d'esprit. Les hommes politiques continuaient à chercher cette nouvelle quadrature du cercle : le partage de la Turquie au profit et au contentement de toutes les grandes Puissances.
Il y a pourtant un homme politique, feu M. Constans, ancien
4. G. von Sax, Geschichte des Machtverf ailes der Turkei, Wien, 1008, p. 118. Dans sa proclamation du 23 mars 1711, Pierre le Grand disait aux chrétiens d'Orient : « Je vous appelle dans mon armée... Venez et, avec l'aide puissante de mon épée, vous trouverez la paix et vous serez délivrés des Turcs ». Le chevalier de Gentz, en 1807, trouvait l'avenir « plus sombre qu'un tombeau »; avec une perte de 200.000 hommes, la Russie devait s'installer à Constantinople.