‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 25 sur 280 · Loc. cit., p · texte numérisé non relu

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PROJET DE RAYMOND LULLE l

Le projet de Raymond Lulle lui fut inspiré par les délibérations de Philippe-le-Bel et du Pape Clément V à Lyon. Son traité est intitulé : De natali paerï Jesu 2, daté de décembre 1306 et remis au Roi de France en 1307. La biographie Michaud nous apprend que « la proposition de délivrer les saints lieux de la domination des Turcs paraît au Pape celle d'un insensé. » Toutefois le Concile général de Vienne, en 1311, approuva ses idées : il supprima Tordre des Templiers, décida l'entreprise d'une nouvelle croisade et ordonna la collecte d'une dime pendant six ans.

Comme Hayton, dont nous nous occuperons bientôt, Raymond Lulle ne spécifie pas la manière dont l'Orient sera partagé entre les conquérants catholiques, mais pour faciliter la conquête il propose l'étude des langues orientales, principalement de l'arabe, ce qui permettrait à la foi catholique de se répandre plus aisément, au moyen de sermons 3. Saint-

1. Célèbre philosophe chrétien, connu par la méthode dite ars lulliana, né à Palma, tué par les Arabes à Tunis, en 1315, auteur d'un grand nombre d'ouvrages en latin. Cf. un article de Delécluze dans La Revue des Deux Mondes, t. XXIV (1840).

2. Le manuscrit original se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris, n° 3323 du fonds latin. Publié à Paris, 1499. Voy. les œuvres complètes, Strasbourg, 1598, 1617, 1651 ; Mayence 1721,10 vol. in-fol.

3. Saint-Marc Girardin. Loc. cit. « Lulle voulait soumettre les infidèles et les schismatiques en les convertissant. Au lieu de les écraser, pourquoi ne pas les convaincre ? » (Delaville Le Roulx, I, p. 27.)

Marc Girardin croit que les causes qui ont empêché l'Occident d'accourir au secours de l'Orient pendant le xv° siècle, sont au nombre de trois : 1° l'enthousiasme des croisades s'était éteint, il n'en restait qu'une tradition populaire et poétique ; 2° les Princes latins d'Orient s'entre-déchiraient, tout en ayant les Grecs comme ennemis communs 1 ; 3° le schisme séparait l'Église orthodoxe de l'Eglise romaine, les catholiques voulant imposer l'union avec la suprématie papale.

Raymond Lulle propose la formation de deux corps d'expédition, l'un devant passer par le Maroc, par la Tunisie et Tripoli, l'autre par Constantinople et la Syrie. Le chemin que devait suivre l'armée des croisés a varié chez tous ces utopistes : le Dominicain Guillaume d'Adam, qui écrivit entre 1310 et 1314 le Traité De modo Saracenos extirpandi, conseille la voie de Constantinople et la réunion d'une marine chrétienne au golfe Persique ; Brocard, dans son ouvrage Directorium, recommande la route de l'Italie et de la Serbie; Sanuto, comme nous le verrons au chapitre suivant, demande une expédition par mer 2.

Lulle exigeait également l'attaque, par terre et par mer, de l'Andalousie et, après sa conquête, l'armée chrétienne devait s'emparer de Ceuta en Afrique et de là s'avancer jusqu'à Tunis, pour pouvoir plus facilement prendre l'Egypte et la Terre Sainte. La flotte devait conquérir Malte et l'île de

1. En 1560, Guillaume Postel exprima la même pensée : « Et ne se faut fier que le peuple chrestien se levé pour nous aider » {De la République des Turcs, Poitiers, 1560, IIIe partie, p. 88). Gela n'empêcha pas plus tard la majorité des auteurs de projets de partage de compter sur le concours des chrétiens d'Orient. Postel prêcha aussi la croisade : « Pour résister à une telle puissance, il me semble qu'il n'est tel que d'user de sonbaston... et poursuiuir la victoire sans se départir quant elle est commancée et les aborder en lieu, s'il est possible, que les forces d'Asie et d'Europe ne se puissent joindre en occupant ce détroit de la mer... Et la principale chose est destre secret en affaire, car en dix ou vingt jours ils assemblent cent mille hommes environ à Constantinople, si peu soient-ils advertis. » (Ib. p. 87.)

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