Delaville Le Roulx, I, p
PROJET DE HAYTON OU HÉTOUM 1
Hayton dicta son ouvrage : Flos historiarum terrae Orientis à Nicolas Falcon, qui le rédigea en très mauvais latin ; en 1351, Jean Le Long d'Ypres le traduisit en français2.
Dans la quatrième et dernière partie de son ouvrage, Hayton s'occupe de l'opportunité de tenter une conquête de la Terre Sainte et des moyens de réussite dans cette entreprise : De passagio Terrae Sanctae. M. Paulin Paris, commentant cette proposition, dit avec raison : « Le moment assurément était mal choisi, pour convaincre les chrétiens occidentaux de la facilité qu'ils trouveraient à recommencer le terrible labeur des croisades ; on était encore sous la douloureuse impression de la mort de Saint Louis et des tristes résultats de ce dernier voyage d'Orient. »
Hayton demande qu'on attaque l'Egypte et la Syrie. Pour la marche à suivre, il propose trois solutions : 1° par la Berbérie ; 2° par Constanlinople, où les Tartares pourraient être d'un grand aide ; 3° par mer. Mais Hayton commit l'erreur
1. Delà famille des Princes de Lampron, Comtes de Corigos, d'un port d'Arménie appelé alors Curchi, aujourd'hui Corghos, en face de Chypre. Son oncle, Roi d'Arménie, avait été dépossédé par les Sarrasins, mais remis sur le trône par les Tartares. Présenté au pape Clément V, il s'établit à Poitiers, où il mourut en 1308. Cf. Legrand d'Aussy, p. 443-445; Biographie de Bergeron ; Paulin Paris, Hist. lit, de France, XXV, p. 479-
2. Publié dans L'Extrême-Orient au Moyen- Age, de L. de Backer, p. 221- 251 ; Cf. Historiens arméniens des Croisades, I, p. 469-470.
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de conseiller le Pape de commencer la conquête par l'Arménie ; le débarquement dans ce pays présentait de grands dangers, le climat était redouté au moyen âge. Le projet de Hayton ne fut pas pris en sérieuse considération *, de plus, il ne donnait aucune précision, quant à la manière dont on partagerait les dépouilles de l'Orient. Deux ans après sa mort, une grande agitation se manifesta dans les esprits. Par deux bulles : Niter taae (9 juin 1304) et In aeternitates perpétuas (27 octobre 1309), le pape Clément V appelle Philippele-Bel aux armes contre les musulmans. Le grand Maître de l'ordre de l'Hôpital Fouques de Villaret fait des préparatifs pour une nouvelle croisade. En 1311 se réunit le Concile de Vienne, où joua un grand rôle Guillaume de Nogaret, le conseiller favori de Philippe-le-Bel, dont il sera question au chapitre suivant.
Hayton attire l'attention sur sa patrie, l'Arménie, où l'on évitait généralement de débarquer et sur le fait que les Tartares seraient prêts à s'unir aux chrétiens contre les musulmans 2, pour envahir Alep, ce qui obligerait le Soudan de passer d'Egypte en Syrie ; Tripoli pourrait aussi être facilement occupé ; afin d'éviter des chocs entre les chrétiens et les Tartares alliés, les deux armées ne feraient point leur jonction : les Tartares prendraient Damas, pendant que les chrétiens se dirigeraient sur Jérusalem. Les croisés pourraient ensuite pousser jusqu'à Gaza et au Nil, par le désert ou par le littoral. Si l'ennemi refuse la bataille, l'armée chrétienne devra retourner par Tripoli, afin de ne pas laisser les Sarrasins sur les derrières.