Ib., carton 1455, n
par Ytalie, il semble que toute son armée se doit assembler à Chalon... Il faut faire provision audit lieu Egues-mortes, Nisse et Marsaille ou autre port de X ou XII grosses naves ou autres naviges... De l'autre partie des gens d'armes de Picardie iront par terre avec mondit seigneur. »
Il y avait ensuite YAdviz pour Allemagne : « Se monseigneur le duc se dispose pour ledit chemin, il semble que toute l'armée se doit armer et assembler à Raysbourg (Ratisbonne) et là environ pour delà en avant aler par la rivière de la Dunoë (Danube)... Item à savoir que pour aler tout par eaue de Raisbourg à Bellegrade, on y seroit en moins d'ung mois, et se partie va par terre et l'autre par eaue, il y faudra au moins six sepmaines. » On estimait les bateaux nécessaires à 300 ; chaque bateau devait prendre 30 chevaux et 100 hommes.
Suivent : Adviz pour lever gens et ce quilz cousteroné et état de l artillerie emmenée par le bâtard de Bourgogne dans son expédition ; Adviz pour le navige qui sera nécessaire si on prend le chemin de Ytalie ; on devait aussi emmener vingt monnayeurs pour la frappe du numéraire nécessaire pendant l'expédition.
Les circonstances politiques empêchèrent Philippe-le-Bon de donner suite à ce projet. A la fin de 1463, il fut sur le point d'aller, avec son armée, jusqu'à Ancone, se joindre aux troupes du Pape Pie II. Mais Louis XI le détourna de cette résolution, en lui promettant 10.000 combattants pour la croisade, s'il ajournait son départ. La mort de Pie II et les difficultés de réunir les forces des croisés empêchèrent cette fois, irrémédiablement, le duc de Bourgogne de partir pour la conquête de Gonstantinople.
Mais pendant que le duc de Bourgogne combinait ce beau projet, les Turcs s'emparaient, peu à peu, de toute la péninsule balkanique, où ils devaient régner en maître quatre cent soixante ans!
Aussi, à part l'entreprise avortée de Charles VIII, ne trouvons-nous plus, pendant le xve siècle, beaucoup de projets de partage de l'Empire ottoman. Les véritables plans de partage de la Turquie commencent à se dessiner à la fin du xvie siècle. « La bataille de Lépante (1571) remet en honneur les -idées de croisade, qui occupent de nouveau l'esprit des politiques, comme des rêveurs1. »
Je ne voudrais pourtant pas passer sous silence un écrit, dont il existe un exemplaire unique, découvert par M. Docen, en 1806, dans la bibliothèque des Jésuites à Augsbourg. et dont M. Stahl2 a fixé la date d'impression à 1454; je veux parler de : Eyn manag d. cristeheit widd. die Durke (un appel de la chrétienté contre les Turcs) de 6 ff. in-4°; c'est une pièce de 118 vers, qui somme le Pape Nicolas V de soulever les princes chrétiens contre les Turcs.
On connaît les efforts stériles du Pape Calixte III de provoquer une grande croisade (1455-58).
1. Nie. Jorga. Un projet rel. à la conquête de Jérusalem {Rev. de l'Or, lat., 1894, p. 184). Une mention spéciale est due à Giovanni di Caspistrano, né en 1385. qui prit part au siège de Belgrade de 1456. Ce moine septuagénaire avait, en 1455, parcouru l'Espagne, la France, l'Allemagne, la Pologne et la Hongrie, prêchant la guerre sainte :1e Pape lui avait fait remettre, par le cardinal di Sant'Angelo, une croix et un drapeau avec l'image de San Bernardino. Il mourut en octobre 1456, trois mois après la délivrance de Belgrade : « Avec lui, dit M. Jorga, disparaît à jamais le type saint du croisé » (Jorga, II, p. 77-79).