PREFACE III
et Alexandre, qui ont en vue des buts plus personnels. Des savants, comme Erasme, Leibnitz et Volney, n'ont pas craint d'esquisser des plans de partage. Erasme se borne, il est vrai, à une sorte de réquisitoire contre les Turcs dans des termes qui ne paraissent guère philosophiques. Les Turcs sont pour lui gens barbara obscurœ originis ; pour que le chrétien puisse exister, il faut abattre le Turc : Sic jugulare turcum ut existât christianus, sic dejicere impium, ut exoriatur pius. La fin surtout a lieu d'étonner. — Leibnitz a des vues politiques. Il voulait principalement détourner Louis XIV du projet de son expédition en Hollande et il lui soumit un mémoire pour l'engagera faire la conquête de l'Egypte : « Non seulement l'Egypte, mais tout l'Orient n'attendait pour se soulever que l'arrivée d'une force libératrice sur laquelle on puisse se reposer sans crainte. L'Egypte conquise, les destinées de l'empire turc sont prises, il croulera de toutes parts. » Leibnitz pensait que le roi de France s'entendrait facilement avec les autres rois chrétiens pour une entreprise contre l'empire ottoman ; dans son désir de tourner de ce côté les entreprises françaises, il supprimait un peu trop les difficultés. — C'est en 1788, au moment de la lutte de l'Autriche et de la Russie contre la Turquie, que Volney formule ses vues sur l'Empire ottoman dont il considère la déchéance comme irrémédiable. Les Russes ont l'avenir devant eux : « Dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique, lorsqu'une fois un corps s'est mis en mouvement, il lui devient d'autant plus difficile de s'arrêter qu'il a une plus grande masse. — L'attrait des pays