‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 52 sur 280 · Lavisse et Rambaud, IV · texte numérisé non relu

Lavisse et Rambaud, IV

n'a pas été l'une des moindres causes de la grandeur de la France1 » Après la bataille de Mohacz (1526)2 et la prise de Bude, qui resta pendant cent quarante-sept ans sous la domination des Turcs, après le siège de Vienne, Charles-Quint proposait une alliance avec François Ier et le Pape contre les Turcs. Mais la première paix entre la Porte et l'Autriche fut signée le 22 juin 1533. François Ior expédia le Chevalier de la Forest (1535), qui obtint la conclusion du fameux acte diplomatique appelé capitulation et accordant aux Français de très grands privilèges dans l'Empire ottoman.

Il fut remplacé ensuite par Antonio Rincon, d'origine italienne, mort tragiquement le 2 juillet 1541, à Cantalla, victime de son devoir 3.

Dans ses luttes avec Charles-Quint, François Ier s'appuyait constamment sur les Turcs; après la déclaration de guerre de 1541, Soliman offrit sa flotte, qui, sous Rarberousse, fit sa jonction avec la flotte française à Marseille ; mais l'Empereur intervint et François Ie" fut obligé de refuser les secours des Turcs. Henri II fit également cause commune avec Soliman « son très cher et parfait ami », mais avec des défec-

1. Lavallée, p. 475. Voy. cette lettre dans Charrière, t. I, p. 117-119. Soliman II y dit : « Il n'est pas étonnant que les Empereurs sont défaits et deviennent prisonniers. Prenez donc courage et ne vous laissez pas abattre. . . Nuit et jour notre cheval est sellé et notre sabre est ceint. »

2. Voir sur la bataille de Mohacz la curieuse brochure : Hernach volget, der Bluthundts, des sick nennet eyn Turkischen Kaysev Gethatten, etc., 1526. s. 1. in-4° de 4 ff. (Bibliothèque d'Augsburg), traduite la même année à Genève, sous le titre : S'ensuyvent les faicls du chien insaciable du sang chrétien gui se nomme Lempereur de Turquie, etc., et dont il n'existe qu'un seul exemplaire, que M. de Lignerolles a payé 505 francs. Elle a été réimprimée à 30 exemplaires, à Genève, en 1894, in-i° dexiv-fl2p. (Bibl. de Lausanne, G, 1314). Elle accuse les Italiens d'avoir aidé les Turcs : « Item i! est aussi en Ungrie et Aultrice le commun dict que l'Italie et les Veniciens sont pas petitement cause du voyage qu'il a faict maintenant le Turch en Ungrie, car par devant de luy sont esté prins et trouvés en une escharmouche aulcuns Italiens » (p. 7). Cf. Lettre de Clément VI à François IaT sur la bataille de Mohacz, Charrière, I, p. 152-154.

3. Cf. plusieurs lettres de Rincon dans Charrière, I, p. 160-161, 170-176, 395-398; Ursu.

PROJET DE FRANÇOIS 1er, ROI DE FRANGE 59

lions et intermittences; le Sultan, de son côté, resta inébranlablement fidèle à l'alliance. C'est sous les fils de Henri II que cessa l'entente entre la France et la Turquie1.

Charrière 2 publie une lettre de François Ior, du 14 décembre 1515, adressée au roi de Navarre, pour rendre compte de son entrevue à Bologne avec le Pape, et où on lit :

Avons eu plusieurs propoz et communications ensemble, par lesquelles j'ai congneu le fervent désir et zèle qu'il a, comme bon pasteur de l'universelle Eglise, de obvier aux entreprises que les Turqs font contre les chrétiens et de remettre la Terre Sainte, autres pays que les infidelles tiennent, soubz l'obéissance des chrétiens... Dès l'eure que, moyennant la grâce de Dieu, fuce parvenu à la couronne de France et auparavant, ma vraye et naturelle inclinacion estoit comme encore est, sans fiction ni dissimulacion, d'employer ma force et jeunesse à faire la guerre pour l'onneur et révérence de Dieu nostre saulveur contre les ennemys de sa foi .

Mais pour pouvoir faire la guerre aux musulmans, François Ier demandait a qu'il y eust paix universelle entre les princes chrestiens. » Voilà pourquoi il fait appel au roi de Navarre, son cousin, comme il compte s'adresser aux autres Princes chrétiens. Il termine par une nouvelle profession de foi:

Tout mon cœur, affection et vray désir c'est à faire la guerre contre iceulx infidelles en l'onneur et louenge de nostre rédemption et augmentacion et exaltacion de la foy chrestienne.

En réponse à la lettre pontificale du 17 janvier 1516 dont

1. « La conséquence de cette entente avec la Turquie, née des circonstances dans lesquelles on se trouvait, a été de sauver la France de l'ambition do Charles-Quint. » (L. Rousseau, Les rel. dipl. de la Fr. et de la Turqicie au XVIII* siècle, Paris, 1908, p. 7.) « J'ouys dire une fois à M. le Connétable que les roys de France avoient deux alliances et affinitez desquelles ne s'en dévoient jamais distraire et despartir pour chose du monde ; l'une celle des Suysses et l'autre celle du Grand Turc. » (Brantôme, Vie des Grands Capitaines fr.).

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