‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 68 sur 280 · Ib., p · texte numérisé non relu

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latin publié plus haut, que Grandchamp laissait croire aux Turcs que la religion des huguenots se rapprochait de la religion musulmane.

Avant d'être obligée d'épouser le prince de Navarre, par raison d'Etat comme le disait le cardinal de Richelieu, Marguerite fut l'objet de plusieurs propositions de mariage : « Un biographe de Marguerite, sur le témoignage d'Hilarion de Coste, prétend que l'empereur Maximilien fit demander en mariage la sœur de Charles IX pour son fils Rodolphe1. » D'un autre côté, les cours de France et d'Espagne « avaient échangé de vagues paroles d'alliance entre la fille de Henri IV et l'infant don Carlos. » Enfin, on songea à l'unir au jeune roi Sébastien de Portugal, qui n'avait que dix-sept ans. C'est le pape Pie V qui proposa ce mariage, en 1569. Enthousiasmé de ce projet, le jeune Roi, dans une lettre de Lisbonne, datée du 20 décembre 1571, remerciait le Souverain Pontife de son affection particulière et l'assurait qu'il était prêt à entrer dans la Ligne sainte et à marcher contre les Turcs ; il concluait ainsi : « Pour faire connaître à Sa Majesté combien j'estime l'honneur de son alliance et pour témoigner à l'Europe la passion que j'ai à contribuer à retirer l'Eglise de l'opression des Turcs, je ne demande pour la dot de cette princesse que l'union du roi très-chrétien avec les autres princes déjà ligués avec Votre Sainteté. » Cette dot devait être agréable au Pape.

Mais Catherine de Médicis et Charles IX obligèrent Marguerite d'épouser Henri de Bourbon, prince de Navarre, plus tard le grand roi Henri IV ; le contrat de mariage fut signé à Blois le il avril 1572 ; le mariage fut célébré le 18 août de la même année.

Marguerite, qui aimait le duc de Guise, objecta qu'il

1 . Comte Léo de Saint-Poney, Histoire de Marguerite de Valois, Paris, 1887, t. 1, p. 89 et suiv.

lui serait pénible, à elle, une fervente catholique, d'épouser le chef des huguenots : « Je la suppliois (sa mère) de souvenir que j'étois fort catholique1. »

La reine de Navarre dans ses Mémoires2, ne parle que d'une de ces propositions de mariage : « Sur ce temps il se parla pour moy mariage du roy de Portugal qui envoya des ambassadeurs pour me demander... Le roy d'Espagne empêchoit que mon mariage ne se fist. » Gomme elle passe sous silence les autres projets de mariage, il n'est pas étonnant qu'elle ne fasse pas non plus allusion au projet de Granchamp de lui faire épouser le prince transylvain Zapolya3. Ce projet, d'ailleurs, n'était pas une invention de Granchamp ; c'était une ancienne idée, caressée par Catherine de Médicis, déjà sous le règne de Henri II :

Isabelle, mère de Zapolya, envoya Christophe Battori vers Henri II, roi de France, pour le prier de s'entendre avec Soliman, afin que les Turcs rendissent cette portion de la basse Hongrie dont ils s'étaient emparés et qui faisait partie de la Transylvanie. Henri renvoya, avec Battori, François de Martines, qui était chargé d'offrir en mariage une de ses filles* au jeune prince et d'assurer Isabelle et les états qu'il les protégerait efficacement.

1. Pie V écrivait, le 25 janvier 1571, à Charles IX : « Ce qui nous tourmente sans relâche, c'est que l'on presse le plus possible le mariage du Prince de Navarre avec Marguerite, votre sœur » {Lettres, p. 123).

2. Ed. de Guessard, Paris, 1842. Marguerite de Valois ou de France, reine de Navarre, était née à Saint-Germain-en-Laye, le 14 mai 1553 ; elle mourut à Paris le 27 mars 1615. Cf. Mongez, Hist. de Marg. de Valois, Paris, 1777 ; Kervyn de Lettenhove, Un mém. inédit de Marg. de Valois (Rev. d'Hist. dipl, 1891, p. 161-175).

3. Jean-Sigismond Zapolya, né le 7 juillet 1540, mort le 14 mars 1571, petit-fils de Sigismond, Roi de Pologne. Roi de Hongrie le 15 sept. 1540 sous la régence de sa mère Isabelle et de son frère Georges, Cardinal Martinuzzi ; après la prise de Bude parles Turcs (1541), ils quittèrent la capitale. En 1560, il reprit le titre de Roi, auquel il dut renoncer en 1568 par un traité signé avec Maximilien ; l'Empereur et le Sultan Sélim le reconnurent comme Prince de Transylvanie, avec la possession sur cette principauté et sur une partie de la Basse-Hongrie, jusqu'à la Theyss.

4. Henri II avait trois filles : Elisabeth, Claudie et Marguerite. Cf. Le Rapport du 15 janvier 1555, d'Erasme Haidenreich, adressé au Roi Ferdinand et publié par M. N. Jorga (Hurmuzaki, t. XI, 1900, p. 54).

Il devait aussi insinuer aux grands de la Cour que l'éducation du Prince était négligée; qu'ayant atteint sa dix-huitième année, il était temps qu'il fût introduit dans le conseil d'État et qu'il prît part aux affaires publiques. Isabelle parut d'abord très satisfaite de cette légation et de ses résultats; mais les seigneurs ayant touché ce qui regardait son fils et s'étant appuyé sur ce que la cour de France pensait à ce sujet, cette mère dénaturée ne s'occupa plus que d'éloigner adroitement l'envoyé de Henri II, ce qui produisit en Transylvanie un grand mécontentement1.

Le jeune prince Zapolya devait épouser, à sa majorité, Jeanne, la fille de Ferdinand, frère de Charles-Quint ; leurs fiançailles avaient même eu lieu en 1551. A la suite delà proposition de mariage de Henri II, Isabelle reprit les négociations avec Ferdinand, mais elle mourut le 15 septembre 1559. Maximilien succédant à Ferdinand accorda la main de V archiduchesse Jeanne, promise à Zapolya, à François duc de Florence. Zapolya étant de nouveau libre de tout engagement matrimonial, Catherine de Médicis agréait probablement le projet des Turcs d'unir Marguerite de Valois à Zapolya. On peut même se demander si Granchamps n'avait pas quitté la France avec des instructions dans ce sens.

Par une lettre, en date du 4 avril 1564, Zapolya avait demandé au Sultan la permission de se marier : « Rogo igitur et supplico Magnitudini vestrae ut ex innata sua clementia mihi benigniter concedere dignetur, ut inter Principes Christianos uxorem aliquam mea persona dignam ducere possim2. » Du rapport que Rym adresse à l'empereur le 7 novembre 1570, il résulte que Sélim considérait Zapolya comme un frère, puisque son père le sultan Soliman le traitait en fils : « ... eumque à Solimanno in filium, ab ipso vero Selimo in fratrem receptus sit », que par suite Zapolya ne saurait épouser que la princesse que lui indiquerait le

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