PROJET DE RENE DE LUSINGE
La considération de l'honneur s'esgare le plus souvent sous le prétexte du bien de leurs affaires; nous nous attacherons donc seulement au profit que nous pouvons nommer interest. Or cet interest. auquel chacun (comme on dict) attache son asne, ne peut estre semblable ny esgal entre les Princes chrestiens, entreprenant concordamment la guerre contre le Turc, car ils confinent diversement l'un de l'autre à cet ennemi commun et ceste diversité diversifie la résolution et l'interest.
Faisant la critique des ligues de 1537 (entre le pape Paul III, l'empereur Charles-Quint et Venise) et de 1571, Lusinge formule, avec précision et tact politique, la considération suivante, qui mériterait d'être méditée par ceux qui ont 1b tâche de conclure des alliances :
11 faut dont contracter la ligue tout à loisir et en temps de paix et en saison que les associez ne soient conviez par aucun urgent danger à entreprendre ains volontairement et d'une gaieté de cœur (p. 268).
Au point de vue stratégique, Lussinge partage les vues de Sanuto et veut que l'attaque se passe par mer et non par terre :
On peut plus aisément assaillir le Turc par mer que par terre
Comme La Noue, Lusinge ne discute pas la manière de partager les dépouilles ottomanes, en cas de réussite. Il est persuadé que la puissance des Turcs est sur le point de sombrer et que l'Empire ottoman s'effondrera sous l'action des causes internes. Sur ce point, l'ancien ambassadeur du duc de Savoie a vu juste, et si longtemps à l'avance.
M. L. Drapeyron ! estime que le projet de Lusinge n'a pas obtenu un bien grand succès, parce qu'il lui manquait un plan d'exécution bien défini.
1. Un projet de conquête de l'Empire ottoman aux XVI* et XVII* siècles, dans la Revue des Deux Mondes du 1er novembre 1876.
Ranke loue « la vertu, la piété, la vie exemplaire, les habitudes austères » de ce Pape ; « il aimait le travail et c'était une de ces natures qui acquièrent de nouvelles forces par le travail2. »
A peine monté sur le trône pontifical, il fit appel, le 25 juillet 1592, à l'empereur Rodolphe de se lever contre les infidèles 3.
1. Hippolyte Aldobrandini, né le 24 février 1535, Pape le 19 janvier 1592, mort le 3 mars 1605. Le 17 septembre 1595, il donna l'absolution à Henri IV. On trouva dans les manuscrits de la Bibl. Doria, à Rome, quarante-sept lettres autographes de Henri IV, traitant d'une alliance des chrétiens contre les Tares. Cf. Cicarella, De vita démenti VUI; de Thou, Hist. sui temp.; Artaud de Montor, Hisl. des Souv. Pontifes romains, t. V, p. 33-J63; Amiratto Scipione, Orazione a Clem. VIII, detta Clementina 1, Firenze, 1594, 1595, 1696; Id. Orazioni a diversi principi intorno ai preparamenti che savrebbono a fare contro la potenza del Turco, Firenze, 1598 ; Gerardi (F.), Biogr. di Cl. VIII {Album VI, p. 273); Z.-F. Mathaus-Voltolini, Die Beteiligung des Papstes Clemens VIII an der Bekàmpfung der Tilrken in den Jahren 1592-1595 [Rômische Quartalschr., 1901, p. 303-326, 412-24); A. Rossi, Di una controversia ira la Repubblica di Venezia e Cl. VIII {Archivio venelo, 1.889, fasc. 74;; L. Wadding, Vita Clem. VIII, Romse, 1723; B. Zeller, Henri IV, le S.-Siège et l'Esp. (1594-1598), Paris, Hachette, 1889, p. 184; G. -M. Verdigotti, In démentis VIII P. O. M. coronationem Carmen, Venetiis, 1592; Ciaconius, Vitse et res gestse Summorum Pontif. Rom., Romse, 1601-1602; Francolini, Ip. Aldobrandini, che fa Clémente VIII, Perugia, 1867; Reumont, Gesch. der Stadt Rom., III, 2, 599; Brosch, Gesch. des Kirchenstaates, 1880, I, 301.