‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 101 sur 156 · LE MIEL EST DOUX · texte numérisé non relu

LE MIEL EST DOUX

Daphnis. — Vos yeux sont doux.

Chloé. — Palémon me le disait hier.

Daphnis. — Voire bouche est divine.

Chloé. — Myrtil me le dira ce soir.

Daphnis. — \os joues ont l'éclat de la rose et la hlancheur du lait.

Chloé. — Chutl

Daphnis. — Quoi donc?

Chloé. — N'entendez -vous pas du bruit derrière la charmille ?

Daphnis. — Sans doute quelque nymphe vous aura vue, et, pleine de dépit, elle agite les branches en s'enfuyant.

Chloé. — C'est possible.

Daphnis. — J'ai dans mon étable quatre chevreaux qui ont à peine brouté le cytise du mont Aliphère.

Chloé. — Ah!

Daphnis. — Cinq génisses blanches comme la neige errent dans mes prairies.

Chloé. — Tiens! tiens! tiens!

Daphnis. — Mon oncle , le vieux Anaximarque , a pas mal de fonds placés sur la banque d'Athènes.

Chloé. — Où voulez-vous en venir?

Daphnis. — A vous offrir tout cela , si vous voulez me suivre.

Chloé. — Oii doue?

Daphnis. — A l'autel de l'hyménée. Crois-moi, Chloé, ni Palémon, ni Myrtil, ne t'aimeront autant que moi. Est-il dans la contrée un berger qui puisse mètre comparé? Apollon oserait à peine me disputer la palme du chant. Aux derniers jeux, n'ai-je pas remporté le prix du bâton?

MAIS LAIJEILLE PIOLE. 247

J'excollc à lancer au milieu des quilles un globe pesant, et les Nymphes elles-mêmes qui eancannent au clair de lune sur le mont (ivlliéron iTont pas [)lus de grâce ([ue moi lorsque je danse à la l'ète du village aux sons de la nuisette à pistons. Tu seras ma sultane, mon Andalouse, mon Albanaise au pied léger. \(Hix-tu me suivre? de grâce, réponds- moi.

Chloé. — Adressez-vous à ma mère.

DaPHN'IS, lui prenant la main. — Ah! divine Chloé!

Chloé. — Eh bien, Monsieur!

Daphnis, voulant lui prendre la taille. — Oh! délirante bergère !

Chloé. — A bas les pattes!

Daphnis. — Tu repousses ton époux?

Chloé. — Vous ne l'êtes pas encore.

Daphnis. — Laisse-moi prendre sur tes lèvres un baiser.

Chloé , le repoussant. — J'entends du bruit. . .

Daphnis. — C'est ce bois qui murmure de joie.

Chloé, se débattant. — Berger, que faites- vous?

Daphnis, l'embrassant. — Je cueille mon baiser; que le miel en est doux!

Chloé, le souftletant. — Oui, mais l'abeille pique.

(La joue de Daphnis se gonfle; la bergère s'enfuit derrière les saules. On les perd de vue tous deux. Artémidore sort de sa retraite. )

ARTExnDORE. — Palsembleu ! Les Muses me gâtent. C'est évidemment pour moi qu'elles ont conduit ces deux indi-

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