LA BKEBIS SUR LA MONTAGNE, ETC
pas, dans ma mansarde, composa des xarialions sur ces |)ai-(»l('s ([iii s(M-onl toujours de ciiToustance , lanl qu'il y aura dans ce monde des rois et des hergères, des priuecs et des cautatriees :
LA CllEBIS SUR LA MOMAONK EST PLUS HAITI-: Ql E LE TAlHEAi: DANS LA l'LAL\E.
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1 faut èlrc un fort grand seigneur, ou tout à X fait un manant, pour n'avoir pas appris (picl- |T que matin, par la voie des journaux, qu'un de vos amis , député plus ou moins éloquent , vient de gagner, au jeu de la politique , un portefeuille quelconque.
Pour ma part, j'y suis fait, et je ne ni'émeus guère plus d'une pareille nouvelle que de ces lettres banales par lesquelles une simple connaissance vous lait part de son
mariage , part de raccouclicnient de sa femme , ou part du baptême de son enfant; toutes choses, soit dit en passant, assez difficiles à partager.
Mais la première fois que je vis un camarade de collège promu aux fonctions de Secrétaire d'Etat, je tressaillis comme le coursier de Job aux accents du clairon. L'honneur fait à mon ami, à ce brave Charles que je tutoyais depuis trente ans, me grandissait à mes propres yeux de quelques coudées; et dès que je le jugeai installé, j'allai adorer à son zénith le soleil que j'avais vu se lever dans les humbles régions où je suis resté.
J'aime à croire que je ne dus pas à mon indépendance bien connue l'accueil obligeant que m'accorda le nouveau Colbert; mais je dois dire qu'il me serra la main d'une façon beaucoup plus franche, lorsqu' après l'avoir félicité je lui déclarai hautement mon inlention de ne le solliciter jamais, sous aucun prétexte, ni pour moi, ni pour les miens. Dès qu'il ne craignit pas d'avoir à m'ôlre utile, je lui fus tout à fait agréable. Et je ne m'en étonnai point, car je connais les hommes.
Le minisire daigna m'initier à tous les petits arrangements de sa position nouvelle; il m'expliqua le mécanisme de la maison qu'il allait tenir, et toutes les combinaisons do celte épargne fastueuse qu'il faut aux grands ofticiers du gouvernement à bon marché, pour soutenir, avec la moitié d'im Irailemciil déjà mesquin, le Iraiii h<)iu)ral)le qui leur est impos('' par ropinion; — riiuoiislance des temps et des porlefeiiilles oMigc (ont homme juiideiil à écoiu)miser l'autre moitié.
Si iugénieuses (|u"ellt'S hissent au premier coup dœil,
CdiinK cAi'i:. '1(\1
je II approiiNai pas . il sCii l'aiil . loiilcs les iiiNciilioiis (le nioii ami; j ciilrcvovais Irrs- bien les tristes laciiiios (lu luxe inciilciir (jiiil allait al'iiclicr, et je les lui signalais avec iiiii> iiu[)il(»\al)le iVaiieliise. A la longue, ceci le mit (le inanvaise Imnieur, et pour changer de conversation :
— Jai renvovi' , — nie tlit-il , — mon valet de chambre, mon l)rave Joseph, (le pauvre garçon est sans place; tn devrais l'en accommoder.
— Merci , Excellence , — répondis-je en m'inclinant ; — • mais, avant tout, je voudrais savoir pour quel motif tu t'es sépare de ce fidèle serviteur?
— Je te le dirai très-volontiers, car cela ne peut lui faire aucun tort. 11 avait trop d'esprit pour moi.
— Trop d'esprit!. . . m'écriai-je. —
— Ou, si tu le veux, trop de perspicacité. En ma qualité d'homme politique, je n'agis presque jamais qu'en vertu d'un système; et l'une de mes théories les plus arrêtées, c'est que pour avoir des instruments commodes et dociles, il ne Rvut jamais s'entourer que de gens au moins médiocres. Ceux-là seuls pratiquent l'obéissance passive, et ne mêlent pas indiscrètement leurs inspiralions aux vôtres; ils sont souples, dépendants, facilement effrayés... Bref, pour qui le connaît, c'est un véritable trésor qu'un indjécile. Je ne veux m'entourer que de cela.
— Tu me permettras alors , — inlcrrompis-je , — de ne pas venir voir trop souvent ton Excellence : je craindrais de passer pour un de ses favoris.
Nous bavardions encore sur ce texte plaisant, lorsque la
porte du cabinet s'ouvrit. Un jeune homme entra, dont le front élevé, les yeux perçants, la bouche intelligente, m'inspirèrent une sorte d'attrait sympathique. C'était le secrétaire de l'homme d'état que mon ami remplaçait; il venait proposer h la signature un travail pressé dont il avait été chargé, peu de jours auparavant, par son ancien patron. Charles y jeta un conp d'oeil distrait, improvisa d'un ton péremptoire quelques objections superficielles, et annonça son intention de faire recommencer cet exposé de motifs sur un plan tout différent, et d'après d'autres idées.
Le jeune secrétaire rougit légèrement, — on n'est jamais disgracié sans quelque dépit; — mais le sourire sardonique dont il accompagna l'offre de sa démission , m'apprit qu'il savait à quoi s'en tenir sur les dispositions méfiantes du nouveau ministre.
Cette démission fut acceptée immédiatement, et lorsque, après le départ du jeune homme, j'en témoignai ma surprise à Charles :
— As-tu donc oublié, — me dit-il, — les principes dont je t'ai fait part? Le travail de ce jeune cadet révélait autant de talent que sa physionomie en promet ; c'est pour cela que je l'ai refusé sans hésiter. Avec un pareil acolyte , je perdrais bientôt la responsabilité de mes idées; on dirait que j"ai un faiseur, et véritablement j'en aurais un, car sur bien des points, je ne pourrais faire adopter mes opinions a un petit entêté si sûr des siennes.
J'avais cru jusque-là que l'apologie des sots, dans la boiulie de mon ami, n'était qu'un ingénieux paradoxe. Dès
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(jnc je \c lui \is preiulic au séntuix;, je m'en alarmai (oui de bon, et ne négligeai rien pour lui (Mer muc idée aussi eoulraire au bon sens ([uii ses véritables inlércMs. iMais j'avais affaire à trop forte partie, ou du moins à un bomme trop eonvaiiK'u de son infailliljilité, pour que mes paroles ])ortassent coup.
— (^c que je le disais en riant, à propos de mon valet de eliaud)re, — reprit Cbarles, — est une théorie très-démontrée pour moi, et à laquelle j'ai subordoimé les principaux actes de ma vie politique. Dernièrement encore , appelé à donner mon avis sur la composition du ministère dont je fais partie, j'ai mis en pratique l'idée qui te send)le si paradoxale. Au lieu de choisir mes collègues parmi les hommes les plus émincnts de l'opinion parlementaire qui me portait au pouvoir, je n'ai appelé dans le cabinet que les notabilités secondaires, les talents d'un ordre inférieur. C'était le seul moyen de donner de l'unité à notre administration, de concentrer sa force et de. . .
— Et de t'assurer la prééminence, — ajoutai-je en souriant. — Tu es comme beaucoup d'honnêtes gens, qui ne voient d'autorité" homogène que là où ils dominent sans contestation.
Cette remarque effaroucha mon ami, qui, d'un air trèsimposant, plaça son pouce dans l'entom-nure de son gilet. Après quoi il me déclara, dans les termes les plus polis thi monde, que mon intelligence n'allait point jusqu'à saisir la portée de certaines vues, le mérite de certaines tactiques. Je le trouvai quelque peu impertinent, et, j)renant tout aussitôt congé de lui :
— Au revoir, dans un an ! — lui dis-je. — Nous repriMi-
drons noire discussion, le jour où les affaires pul)liques t'en laisseront le loisir.
Malheureusement c'était à coup sûr que je me donnais les gants d'une prophétie politique ; sept à huit mois après la conversation que j'ai racontée, les mômes journaux qui m'avaient appris la nomination de Charles , m'apportèrent l'ordonnance royale qui le rendait aux douceurs de la vie privée. Ce jour-là même, j'allai le chercher dans la retraite oii il fuyait les regards des honnnes. Il me fallut assez de peines pour pénétrer jusqu'à lui; son grand hutor de valet de chamhre ne voulait jamais comprendre que certaines consignes absolues ne concernent jamais la véritable amitié.
Je trouvai Charles, comme je m'y attendais, dans un accès de misanthropie fiévreuse. Il voulait affecter une parfaite résignation ; mais son désappointement éclatait malgré lui en traits amers lancés contre ses antagonistes et contre ses adhérents politiques.
— Tu as sans doute lu , — me dit-il , — le beau discours auquel je dois ma chute; le grand homme d'état qui la prononcé n'en est pas même l'auteur; il l'avait commandé un mois d'avance à un join-naliste de l'opposition.
— Vraiment! — m'écriai-je, — et le nom de cet habile écrivain?
Charles satisfit à l'instant même ma curiosité. — Oi' je reconnus, — mais sans oser en faire semblant, — le petit secrétaire si dédaigneusement congédié dans le journaliste puissant et redoutable.
— II faut avouer, — repris -je, — que si ce discours
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a (lu )ii(''iil(', il ('(ail ccpeiulaiil Iticii l'arih' à rélorciiicr.
— (<erlaiii('in(Mit, — s' ('("l'ia Charles; — inais([ii(> veiix-lu"? j'étais ce jour-là même retenu à la Chambre des pairs, et le ministère n'avait pour représentants, devant nos qualn^ cent cinquante-neui' souverains électil's, que cet ignorant de B***, ce l)avard de C***, cette poule mouillée de D***. Conunent voulais-tu (juils prévalussent contre une argumentation si capticHise et si serrée ?
J'aurais pu rappeler à Charles que M. B***, M. C***, M. D***, ne devaient pas à d'autre qu'à lui leur élévation au ministère , et que par conséquent il était responsable de leur incapacité : mais ceci n'eût fait qu'ajouter à son désespoir, et je gardai un respectueux silence. Lui, tout au contraire, revenait avec une espèce d'acharnement sur tous les incidents de sa défaite.
— Figures-toi, — me dit-il, — qu'après cet infernal discours, rien n'était encore compromis. Du Luxembourg où j'étais, et où l'on m'avait apporté la nouvelle de ce qui se passait à l'autre Chambre, j'avais écrit au président de celle-ci pour qu'il réservât jusqu'au lendemain le droit de répondre qui nous appartient toujours, comme tu le sais. Par malheur, — et tu concevras cette distraction dans l'état de trouble où j'étais, — je n'avais mis sur mon billet que le nom de M. S'**. Or, mon imbécile de valet de chambre a perdu deux heures à courir d'hôtel cji holcl après ce grave et bénévole personnage qui, durant ces deux heures, laissait se consommer le vote inq)révu au(juel nousde\ons notre ruine.
iiélas ! pensai-je , ceci ne serait point arrivé si l'adroit Joseph eût été chargé de la missive.
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