‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 107 sur 156 · LA BREBIS SUR LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

LA BREBIS SUR LA MONTAGNE

riste , altoiulu qiR' depuis liiiit jours clic avait quitte la chambre qu'elle occiq^ait daus les conihles du palais pour se rcudre à la foire de Siuigaglia, où elle allait ligurer comme prima donna dans une (rouj)e d"o))éra i'raîchemcnt recrutée.

- H est donc écrit là-haut, dit le prince d'un ton de dépit, qu'uiu^ siiuple choriste me contrariera dans toutes mes volontc's! Ouoi ! je veux (pi'elle se taise, et elle chaule^ du matin au soir! je veux qu'cdle chante, et la soilà (pii s envole ! Décidément, il v a là quehpie sortilé«jiC.

(^inq on six années après celte aventure, le prince Agnolo- Bernardo Autivalomeni avait entièrement perdu le sommeil ; mais celte fois, ce n'était qu'à lui-même qu'il devait s'en prendre : malgré son âge, son embonpoint, sa perruque à quatre marteaux et la fierté de sa race, le prince s était laissé prendre d'amour pour une chanteuse qui faisait les délices du théâtre Sau-Carlo.

On représenl;ul alors un des preiuicrs opéras du fameux Léo, ce compositeur par excellence, dont nos grandsmères écorchaient encore par tradition quelques refrains. La chanteuse, qui jouait le principal rôle, enlevait tous les suffrages; elle rentrait chaque soir dans sa loge avec plusieurs volumes de sonnets que ses admirateurs avaient lancés à ses pieds. Quant aux bouquets, on les lui ])rodiguait avec tant dabondance, qu'elle se trouvait comme retranchée dans une enceinte continue de lis, d'œillets, de jasmins et de roses.

Le prince était l'adorateur le jdus passionné de la cantatrice en renom; mais il aNait en vain déclaré sa

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llamiiic |)ar Ions les inoyciis ciiiploys dans les annales (le la scdnclion : ses madrigaux Ini a\ai('nl rie rcnNoyi's cachclcs , ses hoiKincts rlaicnl consij^iu's à la |)()i'((' ; ses ('(•fins (Mi\ - nirincs n'aNaicnl |hi ohlcnir andicncc.

l n soir, après le spcclaclc , le prince n y tenait plus : — Janrai iviison , dil-iL de cette heante intraitable et t'aroiu'lie. N'est-ce pas nn scandale (pi'nne princesse de llieàtre ose rejeter les \œ\\\ d nn amant de ma (pialile'?. . .

Ti-ansporti'; d'amour el de dépit, il se lait ouvi'ir la porte de coinmiinicalion du théâtre, et se rend à la lo<^e de la prinifi dojina, qu'il trouve heureusement seule et dans tout l'éclat de son costume :

— Savez-Yous, ma reine, lui dit-il, qui vous l'el'usez? Savez-vous que celui ([ui vous recherche, (pii a perdu le sommeil pour vous, n'est autre que l'unicpie et dernier rejeton?. . .

— De la famille Antivalomeni, interronq)it eu riant la cantatrice. Eh ! mou prince, il y a longtemps que nous nous connaissons. N'avons-nous pas hahité sous le même toit"? Vous souvenez-vous de cette ])auvre choiasti' ([ui occn|)ait, il y a quelques années, une jx'tite ehainhre dans \olre |)alais?

— Onoi! vous seriez'/. . .

I^a signora Amalia Barati en jx'i'soime, (pii de choriste (prcllc était alors est devemie/;//////'/ (loiind. Mais en changeant de condition, je n'ai pas changé de caractère, je NOUS jure; j ai conser\é mon goùl pour I iiidependaiice . et la preiiNe, c'est qu(^ j'épouse demain l'ippo le l(''nor. Ah! ([ue de lois, mon prince, à l'épocpu; où \ous tenq)ètiez contre moi du l'ond de votre magnilique appartement, n'ai-je

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