‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 112 sur 156 · QUI VA CHERCHER DE LA LAINE · texte numérisé non relu

QUI VA CHERCHER DE LA LAINE

d'un bl(?ii nacré; quelques chaumières blotties au pied de la colline comme des nids d'oiseaux sous un buisson, trahissent leur présence par de minces filets de fumée flottant entre les arbres. Le vent se joue dans les feuilles, le grillon sous la luzerne , l'eau sur les cailloux.

Trois hommes sont assis autour d'une table , dans une maisonnette dont les fenêtres curieuses s'ouvrent sur la vallée. Des fleurs s'épanouissent dans des vases de porcelaine blanche, le linge est parfumé de lavande et de romarin, les carreaux sont luisants; tout est frais, propre, souriant dans ce réduit.

Les trois convives mangent de bon appétit; l'un d'eux surtout ne refuse rien de ce qui lui est offert; poisson , gibier, légume, tout est accepté avec le même empressement. Celui-ci est le plus jeune; cependant la souffrance et la fatigue ont déjà flétri son visage; les deux autres portent le costume aisé d'honnêtes campagnards, forts, dispos et gais. Ils regardent parfois leur camarade avec un sourire amical et doux.

— Yeux-tu, frère, cette aile de perdreau? dit l'un.

— Oui , mais je prendrai l'autre aussi. ■ — Cette caille dodue te plairait-elle?

- — Elle me plaît avec sa voisine.

— Trouves-tu que cette omelette ait bonne mine?

— Je croirais lui faire injure si je ne l'accueillais ])as aussi bien que ce brochet.

Et le jeune convive ne laissait pas ses dents oisives. Cependant au bout diiiic iieui'e son activité se raleiilil. 11 se renversa sur son fauteuil d osier.

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— \ Dilà , sécria-l-il , le nuMllour re[tas (jiic j'aie fait depuis luiigienij)s !

— l]t pouilaiil tu en as fait d'excellents à Paris?

— J'en ai pris l)eaucoup du moins , depuis Flieoleau jnscpiau Hocher de Cancale, depuis le père La Tuile jus- (pi'au (lafé de Paris, à dix-neuf sous et à cent francs.

— (lent francs! s'écria le plus âgé des convives; tu buvais donc le Pactole en bouteille?

— Penh ! je buvais le crédit. J'étais alors directeur-gérant d'une société en commandite pour l'exploitation des forets de cèdres de l'Atlas : superbe affaire sur le papier! Dix millions de capital, cent pour cent de dividende; maison à Medeah, comptoir à Bougie, agences à Bouffarick et à Coleah. Malheureusement la brouille avec le Maroc a fait peur aux actionnaires ; ils ne sont pas venus, et je suis parti.

— Et les dividendes?

— Ils sont sur pied, au col du Teniah. Cette gérance devait me rapporter vingt mille écus de bénéfices annuels , qui se sont soldés par vingt mille francs de perte mangés en prospectus. Mais j'ai souvent et bien dîné : dix cèdres au déjeuner, cinquante au souper; j'ai laissé une forêt chez Véfour.

— Tu as vendu le bois avant de l'avoir coupé; qu'as-lu gagné à ce commerce-là?

— L'expérience, mince capital que je vous apporte.

— Ce n'était pas la peine, nous l'avions déjtà.

— Que voulez-vous? on n'a pas deux fois vingt ans dans sa vie. Je m'étais mis en tête de faire fortune. Vous m'aviez compté en beaux écus ma part d'héritage, et je partis pour Paris. Nul ncst prophctc en son pays, me disais-je ;

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