‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 115 sur 156 · AU BOUT DE SIX MOIS EST PENDU · texte numérisé non relu

AU BOUT DE SIX MOIS EST PENDU

^ lusieiirs jeunes gens buvaient du llié , man- >di:^/^\ geaienl des sandAvich et fumaient dans un salon élégant de la Chaussée -d'Antin. Au laisser-aller de leurs diseours , à la désinvol- ^i%i ture de leurs poses, à l'animation de leur visage , il était ;iisé de eomprendre ([n'ils venaient de diner longtemps et bien. Ouekpies-uns d'entre eux effleuraient à peine leur majorité ; de blojules moustacbes ombrageaient mollement leurs lèvres, et sur l'ivoire poli

i^u\ V\OY vwvVu'tVïrv \\\a\ (V\v\\\\.

Ol 1 YKIT ÉTKE UlClll': EN UN AN, ETC. 280

(le leur IVciiil iiiillc ])('iiu' iTavait oncoro laissé (lacc (l(! son passage. I) aiidrs ('laiciil parvenus à cet âge où la l'orce égale le désir; deux ou trois, les moins jeunes de tous, passaient leur main distraite dans les flots d'une chevelure où les soucis et le travail commençaient à semer leurs fils d'argent. Ceux-ci regardaient avec un sourire grave et rêveur fuir les spirales bleues des panatclas embrasés; ils savaient cpie les belles années de la jeunesse passent connnc la lu niée.

Le vent sifflait avec force dans la rue, la pluie fouettait les volets clos , un feu clair pétillait dans la cheminée ; l'heure , le lieu , le temps , tout était propice aux causeries intimes.

— Ma foi! vive la joie ! s'écria un jeune homme nonchalamment couché sur une ottomane. Le matin je broche des vaudevilles avec les plumes du ministère , le soir je griffonne des feuilletons sur le papier du ministère, et le trente du mois j'émarge cinq cents livres au trésor public en qualité de chef de bureau : c'est doux et facile !

— Parbleu! mes chers, reprit un autre, blotti au fontl d'une ganache, on a calomnié l'existence. Parole dhonneur, elle est bonne personne. J'ai un entresol, dix mille livres de pension, trois mille écus de crédit et un cœur presque neuf; si tout cela ne fait pas le bonheur, le bonheur est un malotru.

— Et toi, que fais-tu? reprit un buveur de thé en sadressant à un gros garçon rose et jouldu ([ui avalait méthodiquement des verres de punch.

— Moi ?.J 'attends.

— Quoi?

Page 1