QUI VEUT ÊTRE RICHE EN UN AN
— Voyons le projet.
Léopold se pencha et parla tont bas cà l'oreille d'Etienne. Etienne fronça le sourcil.
— C'est illégal, dit-il.
Léopold haussa les épaules.
— Et c'est dangereux, reprit-il.
— Qui ne risque rien n'a rien! répondit Léopold.
— J'en étais sûr ! Vous m'avez demandé un conseil ; donc vous étiez décidé. Permettez -moi seulement une question.
— Faites.
— Avez-vous lu Do?i Quichotte?
— Oui, sans doute.
— Alors souvenez-vous d'un proverbe qui, s'il ny est ])as, devrait y être : Qui veut être riche en un an, au bout de six niais est pendu.
— Bah! on a supprimé le gibet! s'écria Léopold en riant.
A quelque temps de là, un touriste qui parcourait les provinces basques rencontra sur le quai de Sàntander Léopold de Brus en habit de matelot.
— Eh! mon cher! s'écria le Parisien, que (\utes-vous dans cet équipage ?
— Je vais m'embarquer. Voyez -vous ce beau brick dont la vau:ue caresse amoureusement les flancs noirs, il va m'emporter avec lui vers les côtes de la Sénégambie et du Congo; peut-être même pousserai-je jusqu'au royaume de Zanguebar.
— Les lauriers du capitaine Marryat vous (Mnpèchaient donc de dormir?
AU IIOIT l)K SIX M(HS EST PENDU. 295
— Point; mais j'ai loil ('inic de laiic le (■(>iiiiii('rc(> de la j)oii(lr(' d'or cl des d(>nls d'i'lc'pliaiils ; un le dil livs-lucialir. Adi(Mi ; 011 viciil de lircr le canon, ccsl le signal dn (lcj)art, el la Mdiyuesd d .imacLu^ni naticnd j)lns qnc moi j)om' lover l'ancre.
Léopuld s'élança dans mi canot que dirigeait un mai'in de haute taille, gagna le brick, et une heure après la Marqnesii d'^niaegui disparaissait à Ihorizoïi.
— C'est étrange, disait le touriste en regardant la blanche voilure du navire fuir comme l'aile d'un oiseau , il me semble avoir vu le capitaine du canot au dernier dîner où se trouvait Léopold , à Paris !
Sept à huit mois après, les journaux IVançais contenaient , sous la rubri([ue de Londres, la traduction d'une nouvelle extraite du fiines :
Porlsmoulh, ce 20juillcl 18i4.
La corvette de S. ^I. Brit;itini([iie le Basilic, est entrée hier dans notre port; le lieutenant Thompson de la marine royale, qui la commande , vient d'adresser à l'amirauté im rapport fort intéressant. Il résulte de ce document que la corvette, naviguant au sud des des du ("-ap Vert, reconnut un brick qui faisait route à l'ouest, i^e brick, loin de répondre aux signaux de la corvette, changea de roule et mit le cap au nord. Le lieutenant Thompson donna l'ordre d'appuyer le pavillon anglais d'un coup de canon et de poursuivre à toute voile le navire suspect «pii cherchait à l'éviter ; la chasse dura quatre à cinq heures. Le brick était bon voilier; mais le Basilic, étant d'une marche supérieure, atteignit enfin le fugitif et le menaça de le couler s'il n'amenait pas. Le brick , virant de bord, hissa pavillon espagnol et ouvrit le feu. Le combat fut vif, et durant une demi-heure il eût été impossible de prévoir, au milieu des nuages de fumées qui flottaient sur l'eau , auquel des deux navires resterait la victoire; mais une bordée du //as/Z/c ayant abattu le grand nuU du brick , force fut à celui-ci de se rendre. On reconnut alors qu'on