‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 13 sur 156 · IL FAIT AMADOUER LA POULE · texte numérisé non relu

IL FAIT AMADOUER LA POULE

qu'elle déplovti (F une main égarée par le désespoir. Elle tomba sur les p;issages les plus échevelés :

« 0 mon hiinge ! ô ma perle ! sais-tu bien (juc ma destinée est antièroment confondue dedans la tienne? Oui, jeune fille, tu est mon incendit, mon Nésuve! Grasse à toi, hange dessieu, mon existance est enivrante, haroniatique comme l'Arabie; il me semble que tout est autour de moi vanille, amande douce, crème de rose, Portugal....

« ZÉPHYRiN, artiste en cheveux. »

Enphrosine aussi était artiste; — artiste en corsets.

— Et il me trahit ! ajouta-t-elle , et pour qui?... Pour une personne qui pesait cent soixante-dix-neuf livres sept onces et neuf gros à la dernière fête de Saint-Cloud... Ah! le...

Elle n'acheva pas.

Elle ferma le tiroir aux lettres, boucha hermétiquement la fente de sa porte et sa fenêtre à tabatière , renversa la braise sur un fourneau, et quand tout fut prêt... elle prit son accordéon, et se mit à entonner le chant du cygne, en jouant dans les cordes lugubres de l'instrument, dans l'oc-. tave du canard.

L'accordéon se tut, et l'instrumentiste se décida à Ai\re encore une nuit; mais c'était la dernière, oh! oui, la dernière, à moins pourtant que...

Elle souilla sa chandelle et s'endormit.

Le lendemain, elle descendit à la boutique à Iheure ordmaire; mais elle eut beau regarder dans la rue. <li('rcliai!l a apercevoir Zéphyrin, elle n"aj)erçut rien, cl la [iiKlcur ne lui permit jtas de r<'sfer jilus lougtemjjs sur le seuil de la porte.

^ers les dix heures du malin, on \il paraître dans la

l'Ol |{ VVOIH I.KS IMilSSlNS. or)

lj(»iili(jvii' c'('llt> (jirKii|)Iii()siii{' appelait sa rivale, la radieuse madaine lîosailm Louehard, jeune veuve âgée de neuf lustre? et très-rigide dans ses principes.

Quelques mois an|iai'avaiit, il ne s'en était pas fallu de ré|)aisseur dini ehe\(Mi que madame Louehard ne eongi'diàt sa première ouvrière, mademoiselle Euphrosine, qui attirait dans le magasin un petit garc^'on coiffeur du voisinage, nommé Zéplivrin , qu'elle avait surpris im jour devant le comptoir, gesticulant, et faisant à mademoiselle Euphrosine une déclaration d'amour, tirée des profondeurs de sa poitrine d'homme, comme à rAmbigu.

Cependant, depuis quelque temps, madame Louehard trouvait Zéphyrin plus posé, et susceptible d'apprécier une personne d'éducation, quels que fussent son âge et son poids. Le bruit courait même dans le quartier que madame» Louehard songeait à se remarier; Zéphyrin n'avait rien, il est vrai; mais la maîtresse corsetière avait, disait-on, du foin dans ses socles; et pourquoi l'amour sans capitaux ne s'unirait-il pas à l'embonpoint inscrit à la Caisse d'épargne?

— Zéphyrin n'est pas encore venu? dit madame Louehard en caressant les mèches de son tour.

— Non, il n'est pas venu, murmura Euphrosine entre ses dents, vieille...

Elle n'acheva pas.

Au même instant, une apparition, sentant l'huile de Macassar, traversa la boutique comme un éclair : c'était Zéphyrin. Il s'élança d'un bond dans l'arrière-boutique, où l'attendait madame Louehard ; et là, il se mit à la coiffer, nu plutôt à coiffer son tniu'. comme on ne coiffe plus que

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