‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 137 sur 156 · PET DE LEVAIN · texte numérisé non relu

PET DE LEVAIN

avec un regard qui eût fait ])àlir les plus braves. La jeune iille pâlit en effet , mais l'assurance de son regard ne se démentit point ; il demeura fixé sur la figure de l'homme brutal qui la chassait ainsi. On eût dit, ou qu'elle cherchait à le reconnaître, ou qu'en véritable sorcière elle liû jetait le Mauvais OEil.

— Je viens, — lui dit-elle, — de la Terre-Sainte; je viens de Saint-Jean-d'Acre et d'Ascalon, mon hardi soldat; mais, vous qui parlez, ne fûtes-vous jamais en Palestine?

— Que t'inqoorle? — répondit plus irrité que jamais le voyageur inconnu; — me crois-tu lait pour deviser avec loi ou avec tes pareilles? Hors d'ici, maudite païenne! — Et vous, Thomas, — et vous, Foulk, — reprit-il, s adressant à ses compagnons , — à quoi songez-vous de laisser ici cette mendiante? Jetez-lui quelque argent, et (pielle parte !

L'ordre ainsi donné fut exécuté sur-le-champ ; mais la Bohémienne repoussa l'aumône qu'on lui faisait avec tant de dédain, et, sans attendre les violences dont elle était menacée, elle sortit, l'œil fixé sur \c discourtois soudard {[uï l'avait si mal accueilhe.

Deux heures après, tandis que les trois voyageurs savouraient avec un appétit remarquable le dîner préparé jîar l'un d'eux, cinquante hallebardiers vinrent investir l'auberge où ils tenaient table. Le secrétaire du duc d'Autriche et un capitaine des gardes avaient pris le commandement de cette escouade. Quand ils entrèrent dans la salle, les trois convives, par un seul (>t même niouvemeut. se levé-

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iciil pour saisir leurs armes accrochées à la mmaille; mais le secrétaire, olant sa harelle cl sincliiiaiil a\ec un respect proloud :

— Sire , — (lit-il , — vous êtes reconnu. Messcigneurs , ne tentez point une délense inutile ; nos ordres sont |)récis. Morts ou vils, le duc mon nuiîlro vous veut avoir.

Un coup d'oeil aux fenêtres convainquit en effet les Aoyageurs (jue toute résislanct' serait superllue. Sir Foulk d'Oyley, sir Thomas Mullon et Uichard (i(eur-de-Lion rendirent en frémissant leurs épées.

En sortant de l'auberiie ils virent, derrière la triple rangée de soldats ([ui allait les envelopper, la petite Egyptienne aux yeux méchants, dont leur capture était l'ouvrage. Cœur-de-Lion , toujours violent, étendit vers elle sa main gantée de fer; mais la Zingara, conservant sur ses lèvres un sourire vindicatif :

— Souviens-toi , — lui cria-t-elle en anglais , — du drapeau de Saint-Jean-d'Acre !

Elle faisait allusion à l'ordre insolent donné par Richard de jeter dans un égoût la hannière allemande, ])laiitée sur une tour dont le duc Léopold s'était emparé.

Pour ces deux insultes, — toutes deux d'assez peu d'importance,— IVichard passa quatorze mois dans la forteicsse de Worms. 11 hit cité devant la Diète (îermanique, et ohlige de répondre à des accusations de meurtre. Son royaume tout entier s" épuisa pour fournir les cent mille marcs de la rançon exigée. Enlin la couronne d" Angleterre fut doiihlement humiliée devant le sceptre inq^érial et (le\ant IMiilij)pe-Auguste; — (iceur-de-Eion d'vme part, et Jean-

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