PEU DE LEVAIN
Tous les trois étaient pauvrement vêtus ; mais la noblesse de leur démarche , leur ton l)rcf et résolu , leurs commandements brusques et hautains laissaient soupçonner en eux des hommes accoutumés à l'autorité. L'un d'eux surtout parlait à ses compagnons avec une impérieuse familiarité , dans une langue que ne comprenait point le Jiqfmeister, déjà inquiet. Voyant toutefois qu'il avait afAiire à des soldats fort habitués à se fiiire comprendre par gestes, il déploya pour les servir une activité remarquable.
Nonobstant ce bon vouloir forcé, les préparatifs du dîner qu'avaient commandé ses hôtes les effrayèrent quelque peu. L'impéritie culinaire du brave homme se révélait de reste à chacun de ses mouvements, et la propreté fort écpùvoque de ses mains ajoutait aux anxiétés des voyageurs.
— Par le ciel! sir Foulk, — s'écria celui d'entre eux qui donnait le plus librement son avis, — le drôle que voici , avec ses doigts gras et sa rustique façon d'apprêter cette oie , va me faire prendre en grand respect , non pas la cuisine, mais la Diète allemande.
Sir Foulk salua d'un grand éclat de rire cette plaisanterie, qui avait une portée politique. Se tournant alors vers son autre compagnon :
— Sir Thomas, — reprit le joyeux voyageur, — vous qui savez l'allemand, ne pourriez-vous donner quelques conseils à notre hôte? sa volaille ne sera pas mangeable.
Sir Thomas s'excusa de son mieux sur son ignorance profonde en ces matières.
— Par la sainte croix! — reprit alors le compagnon de sir l'oulk et de sir Thomas, — je vais donc moi-même lui
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ddiiiUM' imc Um'oii . et le iiiaiiaiil scia l)i(Mi surpris si jamais il sail (|ii('ll('s mains ont loiii'lu' sa laidoiic.
Sur ([iioi , sans pins tarder, riuconnn s'approclia du fb>)('r, rcponssa du {-onde l'incxpérimmlc'' cuisinier, et a\ec une dcxicrilc remar(pial)lc remania son travail incomjjict. Sir h'oulk , sir Thomas et lliotc liii-mcmc contemplaient cette scciie avec un étounemcnt (jui la rendait encore plus j)i(pianle.
Au plus vif de sa besogne, ce manipulateur impromptu lui dérangé par l'arrivée d'un nouveau témoin. Ce n'était rien moins qu'une Bohémienne errante, une Zingard. de quinze à seize ans au jdus. Si jeune qu'elle fi\t, on voyait à son teint hruni , et surtout à son costume oriental , qu'elle n'avait pas quitté depuis longtenqis la région hrùlante où les rayons du soleil avaient doré son cou, ses épaules et ses mains.
— Au diable l'Egyptienne ! — s'écria le maître ([uenx en fonctions, — vous voilà tous à la regarder connue^ une luerveille , et ma leçon sera perdue si elle reste.
Il croyait sans doute que ces dures paroles ne seraient pas entendues de la jeune tille ; mais elle s'avança vers lui d'un air moins intimidé qu'on ne lent pu croire, et dans la même langue dont il s'était servi :
— Un brave d'Angleterre, — lui dit-elle, — n'empêchera pas sans doute une pauvre tille de gagner sa vie.
A ces mots, le voyageur parut plus contrarié que jamais.
— Qui es-tu ? — demanda-t-il rudement à l'Egyptienne; — d'où es-tu? que nous veux-tu ? Va-t'en !
Ces interpellations huent faites d'une voi\ terrible, el