Jifero, nom do mépris donné aux Itoiieliprs
Un i?AUi!ii:ii UASK i.'autiU'. o()/)
Jiic l;iil j)ili(''. liicii (|u"il lie soil j)as mon [)èrt!, jcluiis , coinuie la lilli' de Lolh , un voile sur sa laiblesso.
(11 reiii[)uil(' dans son aniiMi'-houtiquo. )
L'ai.CADE, arrivant à grands pas. — Bairiiio ! Bart'iiio ! .. . Où (liahlc se caclio ce; niaiulil sciciio?,.. Unit heures du matin, et pas de rapport encore!... Le corrégidor, que va-l-il dire? à (|ui demander?... Justement voici mon affaire. Seigneur Figaro! seigneur Figaro! je cherche le sereno du quartier; ne Tauricz-vous point vu, par hasard?
Figaro. — Nullement. Mais, toute la nuit durant, je l'ai hien assez entendu pour mes péchés. (Parodiant la voix do Barcino.) «Le temps est beau!... la nuit est belle!... » Pensez que j'avais un bon mal de dents , et que je donnais de bon cœur au diable votre importun crieur de nuit !
L'alcade. — Ainsi donc, après tout, le drôle n'a pas manque à ses devoirs... Mais ce matin, ce matin, seigneiu" Figaro, où diable pensez-vous qu'il soit?
Figaro. — Je l'ignore , illustre alcade ; mais je gagerais fort qu'il s'occupe de la sécurité publique. ()uq\ brave corchete vous avez là ! Personne ne s'entend comme lui h dépister nos drôlesses , et je l'ai vu un jour, à la porte de Xerez, désarmer à lui seul six fameux rulians, dont les épées passaient la longueur voulue par les ordonnances. Je restai stupéfait devant son audace, sa résolution et sa dextérité. C'était merveille que les coups qu'il portait d'estoc et de taille , ses revers , ses parades et son œil toujours au guet pour qu'on ne le prît point par derrière. Bref, ce nouveau Bodomont mena ses ennemis tambour battant, depuis la porte en question jusques au collège de maître
364 UN BARBIER RASE l'aUTRE.
Rodrigo, à plus de cent pas de là. Quel homme ! seigneur, quel homme !
L'alcade , avec orgueil. — Maîh'c Figaro, tous mes alguazils sont de la même trempe ; je me flatte d'avoir Fescouade la plus aguerrie de tout Séville. Si vous voyez Barcino , dépêchez-le-moi, je vous en prie.
Figaro. — Comptez sur moi, nohle magistrat.
( L'alcade sorL)
Barcino , passant la tète à travers la porte entrebâillée de l 'arrièreboutique. — Est-il parti?
FiGAROr — Sans doute, gros animal. Sa voix t'a dégrisé, ce me semble?
Barcino. — Quelle peur j'ai eue ! et quel cierge ne vous dois-je pas? Disposez de moi, seigneur Figaro; la nuit comme le jour, et le jour comme la nuit, je suis à vos ordres.
Figaro. — J'y compte bien , et je t'attends ce soir an coin de la Coslanilla, près de la maison du docteur Bartholo. Ne demande ni pour qui, ni pour quoi lu y dois être ; sois-y seulement, et je te tiens quitte. J'entends quelqu'un : sauve-toi.
Barcino, s'enfuyant. — J'y serai, n'en doutez pas. (Entre la Colindrès.)
La Colindrès. — Vous voyez une femme au désespoir.
Figaro. — Qui peut donc, gracieuse dame, vous troubler à ce point?
La Colindrès. — Mon mari est un monstre , seigneur Figaro.
Fhjaro. — Qui cela? riionorable alcade?
UN HAlUilKU IIASK I, AUTRK. 501)
La (-Ol.lNDUKS. — Lliuiioiahlc ulcado a passé la miil hors (le chez lui. Il trompe sa pauvre femme; cela est cerlain.
FicAHO. — - Vraiment !... Une j)auvre femme si fidèle!
La Colindhès. — Vous pouvez bien le dire. Ll |)our fpii?... Sans doute pour quelqu'une de ces nynqdies ([ui Youl étaler leurs grâces à la Sauceda, (pudqu'une de ces loueuses de lit qu'il est chargé de surveiller.
Figaro. — Mais êtes -vous sûre, au moins, de ce que vous dites là ?
La Colindrès. — Gomment voulez-vous que j'en doute? Qui aurait pu le retenir toute la nuit hors de chez nous ?
Figaro. — Etrange jalousie des femmes !... Et si je vous disais que nous avons passé la nuit ensemble , non pas , comme vous le soupçonnez , chez quelque nymphe ou quelque loueuse en garni, mais chez le corrégidor (!<> Séville , où nous servions l'un et l'autre de témoins?
La Colindrès. — De témoins ? à quoi ?
Figaro , gravement. — Ceci , Madame , est un secret d'état;... et je me repens déjà d'en avoir trop dit. Mais croyez -moi, votre mari n'est pas coupable... Qu'avezvous donc à pâlir et à regarder ainsi du côté de la rue ?
La Colindrès. — Seigneur Figaro, défendez -moi —
cachez-moi, seigneur Figaro ! Je suis une femme morte.
(Elle se jette dans rarrière-boutique. !
(Entre la Chicharona.)
La Chicharona. — Elle est ici; on m'a dit qu'elle était ici. Par le ciel, ne m'arrêtez pas ! Je veux lui arracher les yeux, lui déchirer le visage; de ce couteau, je veux la marquer au front.