‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 140 sur 156 · UN BARBIER RASE L AUTRE · texte numérisé non relu

UN BARBIER RASE L AUTRE

Figaro. — Malepeste, quelle fureur! Charmante gilana, qui doue cherchez-vous ainsi ?

La Chicharona. — Tu le sais bien , maudit barbier ; c'est madame l'alcade, c'est cette Cohndrès de malheur. Oii se cache-t-elle ? Je la veux anéantir !

Figaro. — Tout doux, tout doux, ma belle amazone; prenez garde à mes carreaux, et ne gesticulez point de la sorte. Je n'ai jamais, que je sache, logé madame Colindrès. Mais, pour Dieu, que vous a-t-elle fait'?

La Chicharona. — Ce qu'elle m'a fait ! Elle veut me prendre ce que j'ai de plus cher. Elle écrit des billets doux à mon brave toréador. Jour de Dieu! Don Ramou n'est pas pour elle. Mais c'est assez qu'elle y ait songé; je l'arrangerai de la belle sorte. Encore une fois, où est cette femme?

Figaro. — Je n'en sais, ma foi , rien... Cependant vous m'étonnez fort, Chicharona, et j'aurais soupçonné quelque autre belle d'en conter h Don Ramon.

La Chicharona. — Une autre! dites-vous. Et qui cela, s'il vous plaît?

Figaro. — J'ai là-dessus mes petites idées... (Feignant de se raviser.) Ce billet dont vous parlez, l'avez-vous encore?

La Chicharona. — Sans doute. Je l'ai gardé pour le faire avaler à celle qui l'a écrit.

Figaro. — Voyons-le, par grâce. (Elle le lui donne.— Après l'avoir parcouru : ) Justement... Je ne m'étais pas trompé.

La Chicharona, étonnée. — Quoi? comment?... Cette femme... ce n'est pas?...

Figaro. — Au contraire : c'est celle que je pensais... Prenez garde , Chicharona , la colère vous aveugle , ma bonne amie.

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La ( illli.llAUONA , indi'cise. — Mais Doii llainoii lui iiièine a\ail lair do diiv...

Fu;ar(\ — Ali 1 Don Haiiion avait ce! air-là... Je nous plains, Chicharona. Don Ranion trame qiielquo perlitlio : il cherche à détourner \os soupçons.

La Chicharona. — Vraiment! si je le croyais!... Au surplus, je le saurai bientôt.

(Elle sort en couriint.)

Figaro, riant aux éclats. — Gare à toi, Don Ramon, cl ]y,\ir cette botte. (A la ColindnV : Vous pouvez sortir, Madame, la tempête est déjà loin.

La ColindrÈS, encore toute émue. — Seigneur Figaro , je vous dois l'honneur, et peut-être la vie... Un esclandre public... une marque ignominieuse... Oh! dites-moi , ne puis-je rien pour m' acquitter?

Figaro. — Si fait, certes. (A voix basse) : Cette nuit, chez vous...

La ColindrÈS, offensée. — (Jue signitie...

Figaro, souriant. — ?S^on, vous vous trompez ; je sais tort bien que je ne suis pas Don Ramon... Cette nuit, chez vous, disais-je , il faudra donner asile , pour quelques heures seulement , et dans le plus grand secret , à une jeune fugilive que je protège.

La ColindrÈS, étonnée. — Mais vraiment, Figaro, j'ignore... si...

Figaro. — Vous oubliez que sans moi, tout à llKuire...

La ColindrÈS, vivement — Non, non... .Je ncuv, je dois me montrer reconnaissante... A cette nuit donc.

Figaro. — .Jusque là, motus !

'Elle sort. — Apres un instant l'alcade paraît au bout de la rue)

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