ON SE COUCHE
ette maxime ne tend à rien moins qu'à :^y' nous faire envisager l'humanité comme un - "rè^ vaste dortoir en désordre. Pour une cou- Wr^^yi' chette bien entendue, dont les oreillers p^^ sont à leur place, dont la couverture est chaude et moelleuse, dont les rideaux, artistement fermés, arrêtent l'éclat du jour, sans gêner la circulation de l'air, combien de coussins disposés à contre-sens, et mettant le corps à la gêne! Combien de matelas inégaux et qui semblent rembourrés d'épines! Combien de lits mal faits, en un mot, et combien de gens dorment fort irial ! Damis, — brave et digue garçon d'ailleurs, — est remarquable par son excessive paresse, Le sort l'oA-iit doué d'nn
COMME ON FMI' SON MT, KTC. 7il\)
paliimoiiic Ixtriu' , mais siillisaiil aii\ besoins (riiiic cxisleiicc comme la sienne, aii\ e\i«;en('es d'nne ima^inalion lran(|iiille el inerte. Damis pouxail vivi-e liemcnx en province . eiilre nn cai'ré de tulipes cl une volière, i-àclant à loisir quelques uiélodies sur la guitare, et riniaid des madrigaux pour les (lydalises de l'endroit. Mais point du loul. Damis est venu à Paris ; il a voulu s'assurer les moyens d'y vivre sans profession ; il s'est jeté à l'étourdie dans la carrière des spéculations industrielles, celle-là même qui réclame les soins les plus assidus, et où son indolente nature, aux prises avec des luttes quotidiemies, devait lui valoir des revers quotidiens. Ou'est-il arrivé ? Sa modique foi-tuue s'est perdue. Le petit avoir, qu'il devait, avant tout, s'appliquer à conserver, il l'a détruit en voulant l'accroître, (le qu'il a fait dans l'intérêt de sa paresse, a tourné contre elle. Aujourd'hui Damis est soldat. Il se lève bien avant le soleil, travaille plus que l'ouvrier le plus laborieux, et pour (|uel salaire, et avec quelle espérance ! Damis reconnaît trop lard aujourd'hui qu'il s'est trompé sur son aptitude el sa vocation, r^ctte erreur loi coûtera le bonheur de toute sa vie ; — il a mal fait son lit ; il est mal couché.
Voyez au contraire l'inq^élueux Cléon. A celui-là convenait l'air parisien. Cléon ne dort jamais ; son ima<:i;inatiou , fiévreuse et créatrice, enfante chaque jour d^^ nouveaux ])rojets. Rien qu'à voir son regard si vif , rien qu'à suivre sa parole si animée, vous reconnaissez l'homme énergique, lait j)om- vivre à son aise au sein des plus terribles agitations. Cléon serait à sa place sur le tillac d'un navire, commandant la manœuvre par un gros tenq)s. Cléon serait encore à sa place dans la tribune parlementaire, un jour de crise politique, .letez Cléon sur la voie des grandes spécu-