‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 24 sur 156 · DEUX MOINEAUX SUR MÊME ÉPI · texte numérisé non relu

DEUX MOINEAUX SUR MÊME ÉPI

Un jour, un jeune cliardojnu'irt , qui était allé rendre visite à une alouette de ses amies, reneontra sur la lisière dun l)()is un oiseau dont le plumage lui était entièrement inconnu.

Cet étranjfer était perché tout en liant d'un arbre, et regardait au loin dans les champs. Mille perles blanches constellaient sa j"obe brune, et, quand un rayon de soleil glissait sur ses ailes moirées, on voyait luire un éclair chalovaut connne le rellet d'une émeraud(\ Le chardonneret s'approcha à tire-d'aile du bel oiseau, et, l'ayant salué , lui demanda s'il ne pourrait pas lui être bon à quelque chose.

— Ma loi, vous ine tirez d'un grand embarras, répondit laulre ; tel que vous me voyez, j'arrive d'un pays lointain, et voilà vingt-quatre heures que je n'ai rien mis sous mon bec.

Le chardounei'el invita poliment Toiseau à déjeuner, et tous les deux prirent en l'air le chemin du beau verger.

Le chardonneret était fort curieux d'apprendre le nom et les aventures du voyageur; mais, en personne discrète, il n'osait le questionner. L'oiseau n'imita pas cette réserve, et, chemin taisant, il ne se lassa ])as d'interroger son guide sur lesnueurs, les habitudes, le gouveriuMiieiit de son j)euj)le. Le chardonneret répondait à tout avec disecrnenicMil et civilil('\

nuaud on lut ai-ri\e au nid du chardonneret. 1 étranger se mit à manger d'un si grand appétit que son hôte fut bientôt à court de j)rovisions. Après avoir dépêché une dernière

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grappe de raisin, le voya^tuir sV'leiulit sur un tas de mousse à l'ombre.

— Voilà le meilleur déjeuner que j'aie fail dej)uis louf;temps ! s'écria-t-il.

— Il ne tient qu'à vous d'en faire tous les jours autant, reprit le ehardonneret; vous n'avez qu'à vous établir dans ce canton.

— Si mes frères les étourneaux se doutaient des repas qui les attendent ici, je crois qu'ils ne demanderaient pas mieux.

— Ab ! vous êtes étourneau ?

— De père en fils. Je suis né en Germanie; à six mois j'avais déjà vu la moitié de l'Europe. Me trouvant au bord delà mer, aux colonnes d'Hercule, j"ai prolité de l'occasion d'un coup de vent qui m'a conduit dans lîle de Calypso ; là, je me suis marié. Ma femme étant morte au bout de cinq semaines, j'ai repris mon vol. En Egypte, je me suis rencontré avec une compagnie d'étourneaux en train de faire le tour du monde; ils m'ont engagé à les suivre, et nous sommes partis il v a quelques jours. O'^-'^ntl ^^ii^ m'avez aperçu , je prenais le frais en attendant l'occasion de prendre autre cbose.

— Et vos camarades?

— Ils font la sieste dans le bois. Venez avec moi ; je vous présenterai à toute la bande, ((ui sera encbantée de faire votre connaissance.

Le cbardonneret n'avait jamais quitté ses bosquets; il croyait que toute la terre ressemblait à ce séjour qui faisait

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pallie jadis du jardin d'Eden, et qu'il n'y avait pas d'antre ll('u\c ([ue l"lMij)lirale. Les discours de Tétonmeau le renipliri'iit d'étonuemeut; les récits qu'il faisait des différentes contiées où habitent tant de races diverses, son langage ])ittoresque, les histoires merveilleuses qu'il racontait sur les mœurs, les goûts, les usages, les guerres, les amours de mille espèces d'oiseaux, inspirèrent an chardonneret le désir de retenir dans sa patrie de si gentils savants.

Il communiqua son projet à la tribu ; on discuta. Les vieux hochèrent la tête ; les jeunes crièrent à plein bec que les étourneaux donneraient à leurs enfants l'éducation qui leur manquait; que ce serait pour tout le monde une grande joie d'entendre l'odyssée de leurs voyages pendant les longues soirées d'hiver; que ceux qui ont beaucoup vu peuvent avoir' beaucoup retenu, et que, par conséquent, la présence des illustres voyageurs assurerait la prépondérance des chardonnerets sur les pinçons, linots, mésanges et grives du voisinage. Cet avis prévalut , et on envova une ambassade aux étourneaux pour les prier de s'arrêter aux bords de l'Euphrate.

Les étourneaux, étant quelque peu las, acceptèrent et se mirent en disposition de déménager du bois.

Cependant, quelques chardonnerets inquiets se rendirent chez une vieille pie qui avait bâti son nid dans un antique noyer.

Cette pie , qui datait du temps oii les anges se promenaient sur la terre, passait j>our sorcière dans le ])ays ; tous les oiseaux \enaient la consulter, et ses prophc'ties n'étaient jamais démenties par l'événemenl. La pie s'assit à l'entrée de son nid , les deux pattes apj)uvées sui' une b<''(piille

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qui lui S('r\ail à uiaiclicr; puis, a\au( ('coûte les cliardouneivls , elle caqueta cette répoiisi' syinl)olique :

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A])i'ès (ju'elle eut parlé, elle deuiauda deux douzaiues de li<;ues pour sa récompense, et rentra dans son doniicile.

— Bon ! il s'agit de moineaux ! s'écria l'un des oiseaux ; ça ne nous re<i;arde pas.

— Hum ! la lettre tue ! murmura un vieux chardonneret. Mais on ne l'écouta pas, et les étourneaux s'étaldireut

dans le jardin des chardonnerets.

Pendant les premiers jours, tout alla pour le mieux; les étourneanx racontaient leurs voyages ; on venait les entendre de tous les vergers, de toutes les prairies, de tous les hois d'alentour; on ne se lassait pas de les écouter. (Iliaque soir, c'était un nouveau plaisir, et l'on dausait après. Mais, tandis que les disconrs allaient leur train, les vivres diuiinuaienl à vue d'œil; chatpie étouriieau mangeait pour trois chardonnerets.

Il fallut songer aux provisions ; les chel's de la ti'ibn assemblèrent les plus forts, et ou fut à la picorée; celui-ci ra[)portait uue prune, celui-là une cerise; les plus vaillants Iraînaieut un abricot. Peudaut (pie la colonie s'épuisait en efforts, les étourneaux, qui restaient au logis, fiiisaient la cour aux [)lus jolies tilles de leurs h(')les. D'étranges ])erturbalious éclalèi-eut au milieu des nids; les chai'donuerets

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