DEUX MOINEAUX SUR MÊME ÉPI
s'en aperçurent, et prièrent les étrangers de voler aux champs avec eux.
Les étourneaux se mirent à siffler de toutes leurs forces ; les plus roués d'entre eux chansonnèrent les pauvres maris, et plus d'un chardonneret dut s'esquiver au milieu des éclats de rire.
En attendant, les déjeuners, les diners et les soupers allaient de plus belle. Tout ce que récoltaient les pauvres chardonnerets disparaissait à mesure. Quand les travailleurs rentraient le soir, ils trouvaient les étourneaux frais, reposés, la queue bien peignée, l'œil brillant, les ailes lustrées, jouant aux jeux innocents de buisson en buisson , avec leurs sœurs, leurs filles et leurs femmes. Ce spectacle leur déchirait le ca^ur.
Un jour, un des plus fougueux chardonnerets surprit nu étourneau en conversation très-animée avec sa cousine, au plus épais d'une haie. Le chardonneret fondit sur l' étourneau, la cousine s'évanouit, etl'étourneau cria au meurtre; ses camarades accoururent. Quelques chardonnerets vinrent au secours de leur ami. Personne ne voulait avoir tort; plus on jacassait, et moins on s'entendait; bientôt les injures volèrent de bec en bec , et les coujis de pattes s'en mêlèrent. Les chardonnerets, depuis quelque tenq)s , faisaient maigre chère, ils étaient fatigués; ils furent battus.
En ce moment la vieille pie passait par là : — Tu las voulu, Georges Dandin ! dit-elle.
Les étourneaux chîuitèreul victoire, soupèreiit gaîmenl , et se couchèrent dans les nids de leurs hôtes.
NK SONT PAS LON(iTEMPS UNIS. 61
IMais, pciidaiil la imil , 1rs cliardoniuM'cMs, ornupôs sur un ^rautl chêne, linrent conseil. 11 lui décidé qu'une dépulation serait envoyée au paclia ([ui gouvernait la ])rovince , avec prière d'expulser les élrauj^ers. Ce pacha élait un vieux grand-duc ([ui hahitait le creux d'un sa[)in ; il était loil sage, tort expert, et ne se montrait presque jamais, à la manière des princes d'Orient. Après qu'il eut écouté la harangue des ambassadeurs , il fit appeler son connétable, et lui commanda de partir sur le champ avec un escadron de sa garde noire; c'était le nom ([u'on donnait à un régiment de merles, commandé par un l'ameux corheau revêtu du haut grade de connétable.
Les merles partirent à tire d'ailes, guidés par les chardonnerets.
Ouand leurs premiers rangs atteignirent le verger, les é'tourneaux dormaient encore. Les uns se laissèrent arrétcMsans opposer de résistance ; les plus nmtins furent garrottés ; et bientôt toute la bande , gardée à vue par les merles, prit la route des grandes forêts qui sont derrière l'Euphrate.
Mais, avant de quitter le verger, le connétable rassembla tous les chardonnerets autour de lui, et leur tint à peu j)rès ce langage :
— 0 chardonnerets inqu'udeuts! vous ave/ donc des oreilles pour ne pas entendre! Souvenez-vous de la r(''|)ouse de l'oracle. La pie ne vous a-t-elle pas dit :
DEUX MOINEACX SCK MKMK HPI NE SONT PAS LONliTE MI'S CMS.
Ce (pii s'applique aux moineaux s'appli(pie aux chardon-