‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 27 sur 156 · CHAT GANTÉ · texte numérisé non relu

CHAT GANTÉ

et Olivarès; cl quelle modestie dans ses prétentions! son portefeuille, c'est une paire de bottes.

L'histoire a été bien injuste et bien froide envers le Chat Botté. Perrault, son historien, n'a pas même introduit son portrait dans ses hommes illustres. Ce même Perrault, qui a reçu de la main de PSicolas Boileau tant de coups de griffes, termine ainsi l'histoire de cet idéal des chats : « Le « chai devint grand seigneur, et ne courut plus après les « souris que pour se divertir. » Un si grand chat méritait mieux que cette insuffisante conclusion. Quoi! après qu'il a lait du fils du meunier un prince souverain , qu'il lui a constitué un marquisat avec tous les prés, champs, castels et hourgades qu'il rencontre sur sa route, y compris les gardes-champêtres; après enfin que son maître est devenu le gendre dn roi, deux lignes seulement sur la biographie future de cet immortel quadrupède ! Est-ce ainsi , je vous le demande, qu'on écourte l'histoire? Ce Perrault mériterait d'être traité comme le fut Racine à l'époque àHemani.

Cependant, à force tie fureter au milieu des souricières de la Bibliothèque du Roi, nous avons fini par arracher aux rats de la section des manuscrits (juelques renseignements relatifs au Chat Botté.

11 est certain qu'il florit dans la seconde moitié du XVII' siècle. Son maître , qui lui devait tant , l'avait comblé de biens; et, quoiqu'à la cour de Louis XIV on n'aimàl guère les bêles, le roi l'y voyait toujours venir d'un bon œil. 11 donnait lui-même des ordres pour qu'un Vatel ( moins le suicide) préparât au maître chat un repas composé des plus délicieuses souris parmi celles qui commençaient (lès lors à trotter dans les salles basses dn château de Ver-

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n'a jamais pris de sornis. 65

saillos. Mais ce qu'il y cul de irniarquahlr cluv, ce clial d'un si grand ])t)n sens, c'est (jucii venant à la cour il cul le soin de conserver le costume de son ancienne condilioii. (".ouuue.lean Bail a\ail gardé sa pipe; et ses habits de loup de mer, il avait, lui , garde' ses hottes.

Le Chat Botté eut donc en partage une grande simplicité de manières, unie à heaucoup de prudence. 11 transmit sa simplicité et ses hottes à son iils, lequel hérita à sa mort d'une innnense fortune , accrue encore par de nouvelles donations faites par la famille des Carahas, la même qui ^int s'éteindre sous la Restauration dans une chanson de Béranger.

Chat Botté lils continua à aller comme son père en hottes fortes , et sans que le régent songeât à s'en plaindre. Mais, sous Louis XV, il toniha en disgrâce complète, et le roi tinit môme par l'éloigner de sa cour et l'envoyer faire des rosières parmi les chattes de ses terres.

A quoi tiennent cependant les grandeurs humaines ! Savez-vous ce qui occasionna l'exil de notre héros? Ce fut le duc de Richelieu. Le vainqueur de Mahon et de madame Michelin avait hérité de l'aversion insurmonfahle qu'avait toujours eue pour les chats son grand-oncle h; fameux cardinal, qui n'avait absolument (pie cette faihlesse-là avec celle de la tragédie. Richelieu intrigua tellement auprès de mesdames de Chàteauroux, de Pompadour, Duharr\, et de toutes les chattes successivement blotties sous les coussins du trône de France, cpiil obtint que le Chat Botti' ne mettiail jamais la palle à Nersailles.

A rép0(|ue de la lévoluliou , de uou\eau\ uiallieurs allendaienl le descendaiil de I illustre premier miuisire du uiar-

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