‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 46 sur 156 · SE LÈVE AVEC DES PUCES · texte numérisé non relu

SE LÈVE AVEC DES PUCES

l'i'iix palroii, s"(''i'ri;i un cavalior, jionrqiioi ne coiilicrioiisiioiis pas le l)iil (le uolrc réunion au sci^ut'ui- couilc (îainlxta? Il l'sl lioiuuic à (.■(>uij)r('ii(lr(' une j)laisan[(M'i('.

— jMais voiulra-l-il s'y associer? dit la sruliora Doiollica en jolanl au ^enlilhomuie une œillade ii'résislihle.

— Refuser d être où vous êtes! répliqua dom Barlliolonieo; mais, madame, je ne vous ai pas donné le droil d'insulter mon cœur et mes yeux.

— Voici de quoi il s'agit, continna un genlillionune en pourpoint de satin vert; un de nos amis, le martjuis de Belca/er. . .

— i\e le connaissez-vous pas? demanda l)rus(|uenieiil dom César à dom Bartholomeo ; il me send)le que aous m'avez parlé d'une lettre à son adresse?

— Je l'ai justement sur moi, s'écria (iand)oa.

— Le marquis de Belcazer, reprit le cavalier au poinj)oint vert, a parié que jamais il ne serait arrêté par les voleurs qui pullulent, dit-oji, aux environs de Lisbonne; mille écus d'or sont le prix de la gageure. Aujourd'hni même , il doit venir à son château ; ce château est si près de Lisbonne que le comte n'aura certainement pas pris la pn''caution de se faire suivre par des domestiques armés. Nous allons nous embusquer derrière un bouquet d'arbres, et, vers le soir, quand il sortira de ses jardins pour se promener en bateau sur le Tage, nous fondrons sur lui...

— Un bandeau tombera sur ses yeux, dit dom (-ésar.

— Mon carrosse le i-ecevra, reprit doua Dorollu'a; nous partirons au galop; deux heures aj)rès . nous aiii\erons à ma villa...

— Et le marquis de Belcazer se trouvera à table au

•milieu (le ses amis, sans barbues, sans bijoux, sans épée, s'écria le narrateur. N(; yous semble-t-il pas qu'il aura bien perdu ses mille écus?

— Sans doute, et c'est charmant! dit Gamboa.

— Il n'y a (pi'une petite difficulté, ajouta la senhora Dorothea de Santa-Cruz; tout est bien prévu, et nous sonnnes sûrs de nous emparer du marquis de Belcazer si nous pénétrons dans ses jardins ; mais quel moyen avonsnous de nous y introduire?

— Vous oubliez ma lettre, Madame! s'écria avec joie dom Bartholomeo; c'est un talisman qui nous ouvrira toutes les portes. Partons!

— Partons! répéta toute la troupe.

L'intendant du château avait jadis connu le seigneur Gamboa, père de dom Bartholomeo ; à la vue de ses armes imprimées dans la cire, il ne fit aucune difficulté de laisser passer le jeune gentilhomme et ses amis. Les dames, pour n'être pas reconnues, s'étaient couvert le visage de masques de velours noir ; les cavaliers avaient rabattu leurs chapeaux sur leurs yeux, et tous s'enfoncèrent dans les bosquets. Bientôt ils arrivèrent à l'endroit où la barque du marquis était amarrée. — C'est ici, dit dom César; cachonsnous derrière ces buissons , et attendons.

On se blottit au milieu des haies ; dom Bartholomeo était à côté de doua Dorothea de Santa-Cruz, si près, si près, qu'une feuille de rose u'anrait pu se glisser entre elle et lui. Le soir vint avec ses ombres mystérieuses. On entendit marcber dans les allées; le gravier craquait sous les j)ieds des promeneurs.

— C'est lui! dit doua Doiodien. Voyons, seigneur

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Gainl)oa, (■oiiimciil vous jouerez voire lole. Oserez-voiis r arrêter le premier'.'

— .rarrcHerais le vice-roi , si nous le vouliez.

Un soupir lui répondil; le marquis do Belcazer arriva sur la plage, et tlom Barlholomeo s'élança vers lui.

— Seigneur marquis, rendez-vous! s'écria-t-il.

Le marquis n'avait avec lui que quatre laquais sans armes; il voulut tirer son épée, mais dom César le désarma, tandis que ses amis terrassaient les valets; un st'ul parvint à s'enfuir, grâce à la nuit.

— Vite, dépêchons, dit dom César à voix basse; des quatre drôles qui accompagnaient Sa Seigneurie , je n'en vois que trois couchés sur le sahle ; craignons que l'autre ne donne l'alarme au château.

En un tour de main, le marquis de Belcazer fut dépouillé, garrotté et bâillonné. On le transporta dans le bateau, et la compagnie s'apprêta à s'embarquer.

— Il me semble voir de la lumière briller du coté du château, dit doua Dorothea; vite , informez-vous de ce que ça peut être , seigneur dom Bartholomeo.

Gamboa courut dans la direction que lui indiquait le doigt de la senhora. 11 ne vit rien, et se hâta de retourner vers la plage. Tout avait disparu, la barque, les cavaliers, les captifs et doua Dorothea. Tandis que dom Bartholomeo cherchait du regard autour de lui, il entendit un grand tumulte dans les jardins; vingt torches flamboyaient entre les arbres, où passaient les silhouettes noires do grands laquais armés de longues épécs. Le seigneur Gamboa rolli'chit qu'il était seul; do là lui vint la pensée de fuir. 11 se jeta au milieu des taillis qui bordaient le fleuve, et gagna.

à la laveur de la nuit, les murs du pare, qu'il escalada en s'aidant des espaliers. En ini quart d'heure, il arriva dans les faubourgs de Lisbonne, et se dirigea rapidement vers l'hôtellerie des Trois-Mages.

Le cheval qu'il avait prêté la veille au marquis de Torreal n'était pas rentré à l'écurie. Cette longue absence, jointe à la subite disparition de ses amis de fraîche date, ne laissa pas d'inquiéter le seigneur dom Bartholomeo. En se déshabillant, il s'aperçut que la bourse où reposaient les écus d'or, gagnés la nuit précédente chez la senhora Dorolhea de Santa-Cruz , s'était envolée de sa poche. Cette découverte augmenta ses craintes, et l'héritier du seigneur Gamboa s'endormit l'esprit plein d'images lugubres.

Au petit jour, un domestique heurta à sa porte.

— Seigneur, lui dit-il, voici un billet qn'un inconnu m'a prié de vous remettre.

Dom Bartholomeo ouvrit la lettre , et lut ce qui suit :

« Je vous remercie , seigneur comte, de riiimnble secours que nous nous avez prêté. Sans votre aide, jamais nous n'aurions réussi à nous emparer du marquis de Belcazer, qui vient de nous i)ayer une riche rançon. La senhora Dorothea de Santa-Cruz, qui porte aussi le nom de Sa|)hira la Gitana, vous prie d'agréer ses plus gracieux compliments, .le désire que le ciel me ménage une occasion de renouveler connai.-^sance avec vous, qui a])preudriez en ma compagnie ce ([u'on n'ap|)ren(l pas à l'Université de Coïmbre. »

« CiiRisTOVAL G.\LiER.\, ex-marquis de Torreal. »

Dom Bartholomeo se dressa sur son séant.

— Christoval (jiaUcra! s'écria-t-il, le lanieux voleur! —

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