SE LÈVE AVEC DES PUCES
n aurait ^aiiitMiienl ciiorclié, en l'an de 'P^ grâce 1584, depuis les collines du royaume W m| des Algarves jusqu'aux plaines d'Oporto, un cavalier plus content de sa personne %^^^ et s'estimant plus heureux (pie dom Bartholomeo-Henrique Gamboa , licencié de lUniversité de Coïmbre.
L'honorable doiii Baitholomeo-Henrique Gamboa était arrivé de la veille seulement dans la capitale du Portugal, (M déjà il se promenait sur les ri\es du Tage avec l'air d"nn
on SE corcHK avkc. dks chiens, v.tc. ll<)
ca\alirr qui a goùlr de lous les plaisirs (riiiic ^laiidc \ill(î.
Si le jeune «jçentillioinine avail répélé (oui haut les propos (pie sa peiisi'c lui redisait loul has, ou aurait enleiidu r(''(rau^<' discoius cpie voici :
— Parbleu ! si la vice-reine me voyait passer, ne me [)rendrail-elle pas pour un infant d'Espagne, tant j\ii l)ouue mine? Mon père, un digne lionnne, ma foi! me donne un hon cheval, vingt écus d'or, et une lettre pour Sa Seigneurie le marquis de Belcazer, grand d'Espagne, un des hommes les plus influents auprès de l'illustre Vasconcellos. « Va. me dit-il, et fais ton chemin dans le monde. » J'arrive à Lisbonne, et je descends à rhôtellerie des Trois- Mages, oii tout d'abord je rencontre un honnête ca\alier qui se prend d'amitié pour moi sur l'air de ma figure. Le seigneur dom César Mandurio , marquis de Torreal , m'invite à souper, et me conduit, après m'avoir fait boire les meilleurs vins, chez la senhoraDorotliea de Santa-Cruz. .le trouve chez cette aimable personne les gens qui peuvent le mieux me pousser à la cour; on fait de la musique, on danse, on joue, et je gagne cent écus d'or; je crois même que la senhora Dorothea n'a pas été trop insensible à ma tournure, si j'en juge par les regards qu'elle m'a jetés. J'ai eu l'honneur de prêter mon cheval au noble marquis pour faire ce matin une promenade jus([u'au.\ jartlins du grandinquisiteur, à qui il m'a promis de me présenter. Je l'attends |)our dîner chez le meilleur traiteur <le Lisbonne; je sin's habillé connue un fils de |)rince, et ce soir je rev«'riai la senhora Dorothea de Santa-Cruz!
Le seigneur Gand)oa en était là de ses discours intimes, lorsqu'une main s'appuya familièrement sur son épaule.
— Quoi! c'est vous déjà, Seigneur dom César? s'écria dom Bartholomeo. — Moi-même , grâce à votre cheval qui va comme une hirondelle. Quand vous voudrez vous en défaire, j'ai cent écus à votre disposition. Mais, pourrais-je vous demander, Seigneur dom Bartholomeo, quelle pensée vous occupait tout à l'heure? — Je revais, dit le jeune gentilhomme. — Je gage mon épée contre un niara>édi que vous songiez à la belle dona Dorothea de Santa-Cruz? — C'est la vérité; le souvenir de ses beaux yeux me suit partout. — Eh bien! seigneur cavalier, la fortune vous traite en enfant gâté; car la senhora, en brillante compagnie, a lait la partie de déjeuner ce matin au bord de l'eau. Si vous voulez me suivre, nous la trouverons dans ce bois d'orangers, à cent pas d'ici. — Vous suivre. Seigneur dom César? Mais, })Our voir la s(Mih()ra Dorothea, je vous suivrais jusqu'au cap des Tempêtes!
Cinq minutes après, les deux jeimes gens pénétraient sous un bosquet verdoyant, où deux ou trois dames et cinq ou six gentilshommes devisaient à l'abri des feux du jour.
— Mon ami le comte Gamboa, dit dom César en s'inclinant.
A ce titre de comte, dom Bartholomeo rougit de plaisir; un regard de la senhora Dorothea, qui aurait donné de la vanité à de plus modestes, acheva de lui faire perdre la léle. On s'assit sur l'herbe autour d'un déjeuner exquis. Les vins d'Espagne et d'Italie, i-afraîcliis (hitis la neige, circulaient de toutes parts; et , tandis (pie les coupes s'enq)lissaienl, la main de dom Barlholomeo cflleurail parfois la main de dona Dorothea.
— ■ De par saint Jacques de Composlelle, mon bienheU"
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