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accuse pas d'avoir inventé une mille et deuxième nuit. Nous verrons bientôt quel l'ut le moyen de guérisou que Sclieherazade fit adopter grâces à son apologue.
Pendant que le conseil délibérait, Schabriar se disait, en lançant au ciel l'odorante fumée de son nargbilé : J"ai promis à la sultane de respecter sa vie; mais je n'ai fait aucune promesse de ce genre au visir, ni aux ministres, ni aux grands de la cour; si je leur faisais trancher la tête pour me distraire? Comme il ruminait en lui-même cette pensée, les nu'nistres et les grands de la cour demandèrent à être admis auprès de Sa Haulesse. Scbahriar les lit introduire. Le visir se prosterna la face contre terre, baisa six fois les baboucbes de son maître :
— Fils du Prophète, s'écria-t-il , cœur de lion, trône de splendeur, mer de magnificence
— Assez! assez! interrompit Schabriar, que me Youlezvous?
— - Nous voulons , sublime sultan , chasser les nuages qui volent autour de ton front , ramener le sourire sur tes lèvres , et rendre la sérénité à ton auguste face. Nous avons découvert im nioven de te distraire.
— J'en ai trouvé un aussi ; si le vôtre n'est pas meilleur, je renq)loierai : je suis décidé à vous faire trancher la lête.
Un long frémissement parcourut l'assemblée. Le visir poursuivit son discours d une voix entrecoupée. En supprimant les citations, les métaphores, les épitbètes oiseuses, ce discours, qu'on a conservé dans les archives de la cour (le Perse, remplirait encore cinq livraisons de cet ouvrage. Nous pri\erons nos lecteurs de ce morceau d'éloquence; nous leur dirons seulement que Schabriar adopta le moyen
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do (lislractioii qu'on lui proposait, ce qui valut à la Perse environ trente tètes de plus, sans eonq)ter eelle du grandvisir.
Ce moyen, dû à riniagiiialiou fertile de Selielierazade, consistait à faire entreprendre un voyage au sultan dans le but de déeouvrir quel était l'honime le plus malheureux de son royaume; la philanthropie, employée comme passetemps, n'est pas une invention aussi moderne ([uon pourrait le croire.
Le premier jour de la lune de Cheval, Schahriar se mit en route déguisé en marchand arménien, n'emmcmant avec lui que le grand- visir, également travesti en marchand. Vers la treizième heure du jour, qui correspond à celle où l'on dîne, le sultan, dont la marche et le grand air avaient aiguisé l'appétit, proposa à son compagnon de frapper à la première habitation et d'y demander l'hospitalité. Ils se trouvaient eu face d'une chaumière d'assez mince aj)j)arence , et comme il n'y en avait pas d'autre dans tout le voisinage , ils furent obligés d'y entrer.
Assis sur un banc de bois, entouré d'alambics et de cornues , le maître de la maison s'aperçut a peine de la présence des vovaoeurs. 11 attisait le feu d'un fourneau situé au mdieu de la salle, et ne perdait pas de vue le récipient placé au-dessus du feu. Tout h coup les flammes s'éteignirent, un charbon noir remplaça le liquide qui bouillait; l'homme poussa un grand cri , et se roula par terre en s' arrachant les cheveux.
— Ou'avez-vous , mon ami"? lui demanda Schahriar avec bonté.
— Seigneur marchand, répondit-il, vous voyez le plus
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malheureux des hommes. J'ai trouvé le moyen de faire de l'or. Pour me livrer aux expériences nécessaires, j'ai aliéné mon héritage , et ma femme est morte de chagrin. J'allais recueillir le prix de mes sacrifices ; mais l'argent me manquait pour entreprendre l'expérience décisive; alors le démon m'a tenté, et j'ai vendu mon unique enfanta des marchands d'esclaves. Vous venez de voir échouer ma dernière espérance ; il ne me reste plus rien , pas même de quoi souper !
Schahriar ordonna au visir de prendre le nom du cherclieur d'or, et, après Tavoir inscrit sur un calepin, ils sortirent. L'alchimiste se nommait Nadir.
— ^ Voilà un homme hien malheureux! dit le sultan.
— Très-malheureux ! répondit le visir.
En causant ainsi , ils rencontrèrent un vieillard qui venait de puiser de l'eau à la rivière; il marchait péniblement, s'arrèlant à chaque instant pour déposer son vase et le reprendre ensuite. La vieillesse indigente excite la pitié des âmes généreuses : ce spectacle émut Schahriar, il voulut connaître l'histoire du vieillard.
— Je m'appelle Ghaour, dit l'homme à la cruche; depuis cinquante ans je m'occupe de la nature des choses et de l'essence de l'âme. J'étais riche, et un incendie a dévoré tous mes biens ; je ne regrette ni mes palais , ni mes meubles , ni luon argenterie, mais seulement ma bibliothèque. La vérité est dans les livres, comme vous savez; et pour en acheter je suis obligé de boire de l'eau, de manger des racines, et de me servir moi-même; je ne puism'empècher parfois de me trouver bien malheureux.
Le visir nota le nom de Ghaour sur sc^s tablettes.
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Dos sanglots qui partaient diin l)ois voisin gnidrrcnt le sultan vers nn pauvre paysan qui pleurait abondamment, assis au pied d'un arbre. Schahriar s'informa des causes de sa douleur.
— Hélas! répondit le rustn», j'aimais Fathmé, la jdus belle lille du village; en l'épousant je lui ai fail donation de mes biens; maintenant qu'elle n'a plus rien à attendre de moi, elle me bal, elle me cbasse de la maison pour faire chère lie avec d'autres, et quand je veux me plaindre on me rit au nez; tout le monde se moque du pauvre Fernicli !
Le nom de Ferrueh prit place à côté de ceux de Nadir et de Ghaour. En sortant du bois, ils virent s'avancer vers eux un individu déguenillé qui marchait en tournovant sur lui-même avec une rapidité effrayante ; on eût dit un tourbillon vivant. Schahriar l'appelait en vain depuis plusieurs minutes; l'individu ne se serait point arrêté, si un obstacle qu'il n'apercevait pas au milieu du chemin ne lui eût fail faire une cabriole dans la poussière.
— Pourquoi tournez-vous ainsi sur vous-même d'une façon si bizarre? lui demanda Schahriar, en laidant à se relever.
— C'est ma manière de voyager. Je suis le derviche Ahmet, et pom* une faute que j'ai commise on ma condamné à aller ainsi jusqu'à la grande mosquée d'Ispahan. J'ai encore quinze jours de marche; laissez-moi partir, car si je n'arrive pas à l'époque fixée, je suis perdu!
Ahmet reprit sa course, en laissant le sultan et le visir aussi surpris qu'affligés d'une telle infortune.
Nous ne parlerons pas des autres malheureux que rencontrèrent nos voyageurs philanthropes. Schahriar, embar-
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rassé pour décerner le prix du malheur ^ résolut de les réunir à sa cour, de les interroger séparément, afin de prononcer avec connaissance de cause. Le sultan rentra dans Bagdad, et son premier soin fut de donner des ordres pour taire arrêter Ahmet partout oii il tour])illonnerait.
Au jour fixé pour l'épreuve, Schahriar, entouré de toute sa cour, ayant à son côté Scheherazade , ordonna qu'on fît entrer successivement les malheureux qu'il avait découverts dans sa tournée. Aucun d'eux ne répondit à l'appel. Nadir avait vendu sa cahane, et sûr de réussir avec cet argent, les plaisirs de la cour ne pouvaient tenter un homme qui allait frUre de l'or. Ghaour, sur le point de découvrir l'essence de l'àme, n'avait pas le temps d'interrompre ses méditations. Ferruch avait pardonné à sa femme; il l'aimait trop pour la quitter un seul instant. Ahmet, saisi au passage, s'était échappé des mains des gardes, disant qu'il aimait mieux mourir que de renoncer à un pèlerinage qui devait lui assurer le ciel. Les autres malheureux mirent en avant des prétextes semblahles pour ne pas renoncer à leur malheur.
Schahriar commençait à trouver que pour se disirai rt^ il aurait mieux valu faire couper la tète au visir, aux ministres et aux grands de la cour, lorsque Scheherazade se tourna vers lui, et hii dit avec cette voix douce que les poêles lauréats de Bagdad comparaient au murmure d'une fontaine : — Prince, que ceci vous serve de leçon ; il n'y a de malheureux que ceux qui n'ont pas de désirs : alchimie , philosophie , amour, dévotion, tout ce qui remplit le cœur contrihue à la félicité.
— Ces gens-là ne se trouvent pas mallieureux, reprit