‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 66 sur 156 · LE LOUP LES MANGE · texte numérisé non relu

LE LOUP LES MANGE

ur les bords du Lignoii, ce beau fleuve au cours tortueux et sentimental près duquel tant d'amants ont vécu de soupirs et de larmes, un jeune berger menait paître ses brebis. 11 n'avait rien de comnum avec les bergers de \ uéstrée; il ne s'appelait ni Lindamor, ni Sylvandre . ni Alcidore , ni Artamène ; il s'appelait Guillot tont court, et ne |>urlait ni rubans à sa boulette, ni rose à son chapeau. H aNait dix-huit ans, et ce bouquet-là en vaut bien un autre; deux veux noirs, brillants comme deux

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soleils, et an milieu de (oui cela iiii air (l'innocence et de naïveté qui ne nuisait pas à la beauté de son visage.

Les jeunes bergères du voisinage, qui passaient leur temps à courir le long du lleuve en cueillant des tleurs et en récitant des vers, lui disaient sans cesse :

— Viens avec nous, Guillot, viens l'asseoir sous ces arbres touffus ; nous raconterons toin* à toiu' ([uelque bisloire d'amour, et quand nous aurons aclievé nos récits , nous nous mettrons à danser, et tu nous joueras tes plus jolis airs sur ta musette.

— J'ai bien le temps vraiment, répondait Guillot, d'aller avec vous danser et me divertir; et mes brebis, qui les gardera? Savez-vous bien que si je m'écarte un seul instant le loup peut venir et m' emporter la plus belle ?

A peine avait-il prononcé ces mots qu'il aperçoit sur la crête de la montagne voisine une brebis noire qu'il reconnaît pour être une des siennes. Il veut la rappeler, la contraindre à rejoindre le troupeau ; mais il est déjà trop tard . le loup paraît, l'emporte et s'enfuit de l'autre C(Mé de la montagne. Pauvre Guillot !

— Maudit loup! que ne m'emportes-tu avec ma l)rebis î s'écrie-t-il.

Le soir, il revint à la ferme abattu, consterné; Robin le fermier ne plaisantait pas quand il s'agissait de son troupeau : Guillot eut beau se jeter à ses genoux en pleurant, lui jurer que, si le loup avait emporté une de ses brebis, ce n'était pas faute de les avoir comptées ; tout cela n'empêcha pas que Robin ne l'attachât à un arbre et ne lui donnât autant de coups de bâton qu'il y avait de brebis dans le troupeau. Le pauvre Guillot n'entendait rien au calcul; mais il coniuil

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