AIME MON CHIEN
les vi(i-('s, ('t rnidit hiciilùl (ont (li;il()<j,iiP iin|)ossil)lo. Oii cIkmcIki h lapaistM', on lui lit respirer des sels aii<i,lais, ou lui bassina les tempes avec du vinaigre de la reine Poniaré ; rien ne put ealniei- ses cris ni ses nerfs. Le conj) était j)orté, et Aiivray vit hien qne le plus couit parti était de l'eninienei'. Il lit a|)pi'oelier une chaise à porteurs juscpu; sous le vestihide, et placer sur la banquette de derrière l'infortuné Murpb (jui continuait ses gauinies chromatiques.
Le soir même de cette scène, Mur})h hit pris dune fièvre violente qui ne lit qu'augmenter d'heure en heure pendant la nuit; et le lendemain, au point du jour, il se trouva si accablé, si affaibli, qu'on désespéra de le sauver. On eut beau lui prodiguer les remèdes les plus empressés et les plus tendres, on ne put parvenir à renouer la trame de ses destinées; quelques heures après, Murpli était devenu la proie de la Parque et de M. Gannal.
Je n'ai pu savoir en détail ce qui se passa dans la maisoji d'Auvray pendant les premiers jours qui suivirent la mort de son chien; je sais S(nilement qne sa porte hit fermée à tout le inonde. J'étais de tous ses amis le seul qu'il eût conservé; moi seul comprenais Murph; moi seul avais su respecter cette étrange passion. Mais le désespoir d'Auvray était si profond, ([ue ma vue seule eût irrité ses peines; comme la Matrone d'Ephèse, il était résolu à se laisser mourir dans une solitude complète.
Murph était mort depuis trois mois, et je me cro\ais à jamais séparé du sensible et malheureux Aiivray, que je regardais comme enseveli dans son deuil. lors(pi un matin je reçus un billet de notre ami commun, lillustre et spiri-
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liiol docteur B , qui m'invitait à me rendre chez Auvray
sur-le-champ.
Je fus introduit dans le boudoir où Murpli avait coulé jadis des jonrs filés de sucre et de vanille. (Jucl l'ut mon étonnement lorsqu'en entrant je m'aperçus que tous les portraits du chien avaient disparu , et se trouvaient remplacés par les armures orientales, les boucliers, les flèches et les pipes turques, qui garnissaient les murailles de cet asile avant que Murph n'eût remplacé tous les goûts dans le cœur de son maître, même le goût du tabac !
— 11 est guéri, entièrement guéri, me dit le docteur B — du plus loin qu'il m'aperçut, et c'est surtout à vous que nous devons cette cure ; vous avez compris que cette monomanie si étrange , que dans la médecine moderne nous appelons la cjuophilie , devait avoir son cours. Ce qui la rend si souvent incurable, c'est que, lorsqu'une personne idolâtre quelque caniche ou quelque épagneule , presque toujours on la heurte , on veut la railler, tandis qu'il faudrait au contraire entrer dans sa passion.
— Oui, je sais tout! s'écria Auvray en sortant précipitamment d'une pièce voisine : C'est vous, ô le modèle des amis! qui avez inventé toutes sortes de stratagèmes pour amuser à la fois et guérir ma faiblesse. J'aimais un chien, et vous m'aimiez encore!... Mais où donc avez-vous puisé tant de complaisance et d'abnégation?
— Tout simplement, lui répondis-je en souriant, daus le Li\re des Proverbes, où j'ai Irousé une vieille phrase qui m'a })aru être une excellente recette contre \otre folie.
— Oiielle est cette phrase?
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AIME M'OS ClIIS.
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